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Une confiance qui se ternit

L’éthique des affaires

Faut-il réviser les conditions d’application des règles éthiques ?

dimanche 13 avril 2008, par Picospin

L’affaire récente des actes commis par un employé de la très sérieuse banque de la Société Générale, pourtant considérée pour son excellente gestion et la qualité technique de son organisation est venue ternir l’image qu’en avaient les milieux financiers. Au moment où éclatent dans tous les secteurs des activités des affaires et du commerce des scandales qui alimentent largement la presse et semblent irriter la bonne conscience des médias et des bien-pensants, il n’est sans doute pas inutile de revenir sur les réflexions et la nécessité de réviser le contenu de l’enseignement éthique réservé par les dispensateurs de ces disciplines.

Pas d’enseignement officiel de l’éthique en France

Contrairement à ce qui se passe en France où on ne veut pas entendre parler d’enseignement de l’éthique ni a fortiori de Professeurs d’éthique, cette spécialité fleurit aux Etats-Unis et au Canada sinon dans d’autres pays. En voici quelques exemples. L’éthique des affaires consiste en l’adoption de normes de comportement dans le milieu de travail et avec les clients et les partenaires. Les entreprises reconnues comme faisant état de normes élevées en matière d’éthique ont un code d’éthique qui prescrit un traitement digne, la transmission exacte des informations et un respect scrupuleux des règles et des règlements. Le sens moral amène les entreprises à adopter des pratiques commerciales efficaces, qu’il s’agisse de ventes, de rétention du personnel ou de réduction des frais de litige et de règlementation. Les gens sont prêts à payer très cher un produit pour avoir l’esprit en paix. Les entreprises qui adoptent un code d’éthique attirent de bons employés qui sont disposés à travailler plus pour une moindre rémunération. Les entreprises qui présentent un comportement éthique sont moins exposées au regard scrutateur et coûteux des tribunaux et des organismes de contrôle. Les gens n’adoptent pas un comportement contraire à l’éthique lorsque les motivations à le faire sont minimes. Ils auront tendance à le faire si les motivations sont importantes. Un comportement contraire à l’éthique alimente le même genre de comportement : le fait de dissimuler un premier accroc amène habituellement à une série d’autres méfaits. Pour certaines entreprises comme Enron, ce peut être le début d’une spirale qui les mènera à leur perte.

Conditions du comportement moral

Un comportement moral doit prendre appui sur une infrastructure sociale qui favorise l’application de comportements conséquents. C’est à la direction de l’entreprise à donner l’exemple. Une structure formelle incitant les gens à se conformer aux normes en vigueur favorise l’adoption d’un comportement moral. La communication de ces normes à tous les intervenants est essentielle parce qu’une entreprise doit montrer aux parties intéressées que l’adoption d’un comportement moral est une chose sérieuse, ce qui donne plus de poids à ces normes. Un plan de mesures incitatives peut à la fois stimuler et réduire un comportement contraire à l’éthique. Des mesures incitatives alléchantes peuvent favoriser un tel comportement. De plus, un régime de sanctions peu sévères — régissant des méfaits difficiles à détecter et entraînant de petites punitions — est terriblement inefficace et peut corrompre les régulateurs normaux du comportement comme la culpabilité. L’imposition de petites amendes visant à réduire l’apparition de comportements défavorables (comme les retards au travail) tend à créer l’effet inverse. Des sanctions sans conséquence et l’improbabilité de se faire prendre la main dans le sac peuvent influencer le processus décisionnel qui n’est plus régi par la morale, mais par des considérations d’ordre économique. Voilà pourquoi les normes et la culture sont si importantes.

Importance de la culture

Les personnes occupant des postes de pouvoir tendent à être plus égocentriques que les autres. Cela nuit à leur faculté de comprendre le point de vue d’autres personnes, lequel pourrait leur être utile. Toutefois, une entreprise éthique qui apprécie la contribution de ses employés a plus de chances de privilégier et de réussir l’innovation. Cette posture nuit à leur faculté de comprendre le point de vue d’autres personnes, ce qui pourrait leur être utile. L’éthique des affaires est essentielle pour les membres du conseil. Ces personnes devraient faire preuve d’un grand sens moral. Dans certains cas, les membres d’un conseil d’administration fermeront les yeux sur des problèmes émergents, ce qui tend à aggraver la situation. Il arrive souvent que les membres du conseil éprouvent beaucoup de difficulté à se conformer à des responsabilités morales. Les membres de conseils d’administration qui font preuve de zèle lorsqu’ils doivent montrer leur respect envers leurs obligations morales font souvent l’objet de sanctions qui consistent à les écarter des conseils d’autres entreprises. Il faut légiférer pour forcer certains comportements moraux aptes à aider à libérer le marché d’un comportement anticoncurrentiel et à protéger les intervenants comme les partenaires, les clients et les investisseurs. Les transactions de deux organisations peuvent entrainer des répercussions sur d’autres intervenants. Les coûts sociaux, pour emprunter la terminologie des économistes, sont parfois mieux modulés par une règlementation. Les valeurs centrales d’une entreprise devraient être mises en pratique, sans égard au lieu où les transactions commerciales sont effectuées. Les différences culturelles et la variété des pratiques exemplaires à travers le monde peuvent représenter un défi d’ordre éthique. Cependant, dans certaines régions, des entreprises tournées vers l’avenir ont pu améliorer leurs conditions d’exercice sans compromettre pour autant leur compétitivité. Les principaux problèmes concernant l’éthique et la technologie ont trait à la sécurité et au respect de la vie privée. Les entreprises éthiques ne ménagent aucun effort pour protéger les actifs de l’entreprise sans pour autant enfermer les gens dans un carcan. Cet équilibre est capital pour l’innovation et pour la créativité.

Questionnement :

1. Est-ce que la maladie qui consiste à poser un voile pudique, moral sinon financier sur les négociations actuelles entre institutions publique et privées est contagieuse ?

2. Si oui, tout médecin connaissant sa profession et ayant gardé une certains conscience professionnelle se doit d’intervenir pour en rechercher les causes, les soigner, en prévenir la récidive et l’extension en bon épidémiologiste qui sait qu’il est plus difficile de limiter l’extension d’une endémie que de l’éradiquer complètement.

3. A peine avions-nous terminé la rédaction du présent article qu’a été publié (Le Monde 8 avril 2008) un texte qui s’interroge sur la destinée de l’argent de la formation professionnelle. Une autre affaire ? Une déviation ? Une dérive des moeurs ?

4. Dans cette perspective, on aurait découvert "de grosses failles dans la gestion des fonds", ce qui a obligé les pouvoirs publics à placer les employeurs sous l’oeil de la Cour de Cassation présidée actuellement par Philippe Séguin dont on connaît la carrière politique longue et riche en rebondissements. Tout cet armement défensif contre les abus et fautes professionnelles n’empêcherait pas l’Etat d’avouer que son contrôle a été des plus inefficaces puisqu’il n’aurait pu vérifier que 1% des organismes et à peine plus de 2% des fonds qu’ils gèrent. Quelles propositions peut-on faire pour améliorer une situation paralysante et inefficace ?