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L’éthique des tueries

vendredi 21 décembre 2012, par Picospin

Ils font semblant d’être sceptiques lorsqu’ils entendent du matin au soir les prédictions catastrophiques des Mayas qui ne sont pas tous d’accord sur la réalité et la véracité du message. Les mauvaises nouvelles s’accumulent en cette fin d’année pour faire de notre pauvre globe si malmené et si controversé depuis que le génial Polonais a expliqué qu’il tournait sur lui-même et autour du soleil.

Prédictions et précautions

Pour cette autre prédiction devenue réalité dès lors qu’elle a été acceptée comme vérité par les instances internationales lui a valu l’opprobre d’une société entièrement tournée sur elle-même, sur son conservatisme, ses croyances, se traditions, ses convictions religieuses. C’est au nom des mêmes que des tueries s’organisent, que les armes sont affutées moins pour tuer le mal que des enfants dans leur innocence. C’est aussi sous la couverture d’une étiquette médicale autrichienne que des cerveaux pleins de riches réseaux neuronaux inventent les guerres, détruisent des villes entières pour les reconstruire à l’identique quelques semaines après, à l’instar de ce qui s’est passé pour de nombreuses cités enfouies sous les bombes pendant la 2è guerre mondiale qui a « nettoyé » l’Europe de 80 millions de ses habitants sous le prétexte de l’urgence d’un autre nettoyage, ethnique celui-là, qui lui aussi, sous une autre forme, et avec d’autres protagonistes s’est déroule tous les jours de 8h à 16h, le temps de lever les hachettes et de prendre le thé de la réconciliation la plus provisoire.

Asperger, un Viennois

Cette fois ce n’était plus le syndrome d’Asperger, trouble du spectre autistique qui se caractérise par des difficultés significatives dans les interactions sociales, associées à des intérêts restreints et des comportements répétés. Le langage et le développement cognitif y sont bien représentés par rapport aux autres troubles du spectre autistique. Bien qu’elles ne soient pas retenues pour le diagnostic, une maladresse physique et une utilisation atypique du langage sont souvent rapportées1,2.Ce syndrome a été nommé après les travaux du pédiatre autrichien Hans Asperger qui décrit en 1943 des enfants chez lesquels on constate un déficit de communication non verbale, une diminution de l’empathie, et une maladresse physique. Ses causes exactes sont encore inconnues. La Classification internationale des maladies publiée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le codifie et le désigne en tant que « syndrome de validité nosologique incertaine, caractérisé par une altération qualitative des interactions sociales réciproques, semblable à celle observée dans l’autisme, associée à un répertoire d’intérêts et d’activités restreints, stéréotypés et répétitifs.

Un certain autisme

Il se différencie de l’autisme essentiellement par le fait qu’il ne s’accompagne pas d’un retard ou d’une déficience du langage ou du développement cognitif. » Les sujets présentant ce trouble ont une intelligence normale, mais ils sont habituellement maladroits. Les anomalies persistent souvent à l’adolescence et à l’âge adulte et ne semblent guère influencées par l’environnement. La tuerie de Newtown commise par un jeune adulte et ayant abouti à la mort de 26 personnes dont 20 enfants, interpelle. Les tueries scolaires apparaissent sporadiquement dans les années 1970 et prennent de l’ampleur à partir du milieu des années 1980, et alimentent ensuite l’actualité à partir des années 1990. Leurs auteurs sont de jeunes garçons qui s’attaquent d’abord aux membres de leur famille comme pour effacer toute trace de leurs origines, briser toute histoire personnelle dans une volonté de gommer une intolérable version de soi, et ils poursuivent leur cheminement aléatoire en tuant en toute indifférence ceux qui se trouvent sur leur passage, sachant qu’ils seront abattus à leur tour par la police ou qu’ils se tueront.

Histoires de vie

Le contexte en lui-même n’explique rien, sinon une mise en relation avec des faits qui se conjuguent avec une histoire de vie, la singularité d’un parcours. Les jeunes adultes auteurs de ces crimes sont dans un profond mépris des autres, par lesquels ils pensent être rejetés. Ils ruminent un sentiment de rancoeur de ne pas être reconnus comme ils le souhaitent, discernent une sorte de conjuration à leur encontre et s’installent dans une sorte de paranoïa ordinaire. Incapables de s’identifier aux autres, dépourvus de toute empathie, ils ne peuvent contenir une rage qui explose à partir d’un détail et se répand sans mesure. Ces jeunes tueurs ne se sentent pas à leur place dans leur existence, le monde leur paraît sans intérêt et contestable au regard du manque d’attention qu’on leur porte. Mais ils entendent se suicider en entraînant avec eux le maximum de leurs semblables pour leur faire payer leur indifférence ou leur mépris. Ils souhaitent exister à travers leur acte, mais aussi dans la douleur de leurs victimes et de leurs familles. Ils veulent forcer la reconnaissance de ce qu’ils sont, moins dans l’agrément collectif, qu’à travers l’effroi qu’ils entendent attacher à leur nom qui, grâce à ce message adressé au monde ou à des destinataires inconnus et mal identifiés bénéficiera à leurs yeux d’une formidable notoriété.

Toute puissance

Illuminés par leur sentiment de toute-puissance, ils ne voient plus la mort comme un fait tragique et irréversible mais comme un accomplissement glorieux qui leur permet de se dissoudre dans l’action, de vivre un moment intense et de s’arracher à la banalité de leur quotidien. Par delà les supputations d’ordre sociologique largement reprises par les spécialistes de la sociologie, de la psychiatrie, voire de la psychanalyse, et plus encore à cause de ces implications, la question qui brûle les lèvres est en priorité celle du suivi médical de ces patients pour peu que leur comportement et leur profil psychologique ait été dûment repéré par les instances médicales de prévention chargées de cette mission de détection, de prévention et de précaution comme diraient les partisans de cette manière de nommer le futur. Un autre point de vue préfère accuser la détention d’armes d’assaut et de fustiger les mouvements involontaires, automatiques des doigts au bout de gâchettes trop facilement mobilisables et qui tuent avant d’avoir eu le temps de réaliser que cet événement allait et devait se produire.

Puissance des lobbies

A cet argument, les lobbies n’ont pas tardé à répliquer que la self défense est le plus efficace des moyens de prévention et qu’il vaut mieux tuer un innocent si on se débarrasse des coupables. Ce raisonnement était celui des pionniers d’une Amérique en train de se constituer et dont la constitution, inaliénable, allait encourager sinon autoriser le port d’armes, y compris pour les mineurs. Ce rappel à 200 ans de distance n’est pas inutile pour qui veut comprendre la possession d’une arme à feu par un petit garçon de 11 ans dans une école située non loin de celle de Newtown…