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L’éthique fait une apparition tonitruante dans le monde de l’industrie pharmaceutique

dimanche 10 mai 2015, par Picospin

-  « De l’Institut National du Cancer » répondit-elle comme si elle s’attendait à ce que cet organisme l’appelle souvent en raison des liens étroits qui s’étaient tissés depuis longtemps entre cet organisme et son patron.
-  -« Très bien » répondit le Pr Caplan qui avait l’habitude de recevoir de nombreux messages émanant depuis longtemps de ce département.
-  Il ajouta : « Dois-je rappeler et si oui, dans quels délais, comme si il subodorait déjà qu’il pouvait s’agir d’une affaire importante.
-  Il se rassit, réfléchit une seconde puis s’interrogea sur les motifs de cet appel. Il s ‘attendait à être mobilisé instantanément sur une nouvelle affaire émanant de l’imagination débordante de certains membres de cette institution. Ils étaient devenus fort anxieux sur les implications potentielles de l’industrie pharmaceutique dans le domaine du cancer.
-  Plongé dans ses pensées, le Pr Caplan se mit à imaginer les initiatives qui pouvaient flotter dans l’imaginaire des collaborateurs du centre du cancer en particulier lorsqu’il s’agissait de traiter des problèmes de plus en plus délicats de la fin de vie, issue malheureusement trop fréquente de la maladie cancéreuse contre laquelle se battait avec toute sa vigueur cet éthicien de longue date, venant d’atteindre l’âge de la retraite et qui entrevoyait le moment de quitter ses fonctions d’expert sans que n’ait pu être résolu de façon satisfaisante le problème particulier de la mise sur le marché des médicaments les plus originaux pour traiter les cancers les plus virulents et les moins enclins à recevoir une solution thérapeutique et – pourquoi pas ? – préventive à la prise en charge efficace des problèmes oncologiques posés aux médecins impliqués dans cette discipline.

Des réflexions

Plongé dans ses pensées, il se demandait une fois de plus comment il allait se comporter dans une question dramatique qui allait mobiliser son énergie, sa diplomatie et ses responsabilités envers les innombrables malades qui s’accrochaient à son téléphone, son secrétariat et son équipe d’éthiciens, en quête d’une réponse pertinente à la question de savoir si les autorités américaines allaient enfin autoriser la mise sur le marché de produits capables de ralentir le développement des métastases cancéreuses et de faire susciter dans l’esprit des malades un certain espoir de survie.
Cette discussion avec ses collègues des Comités d’Éthique, il l’avait déjà amorcée à plusieurs reprises. Il s’était heurté à une certaine hostilité manquant trop souvent d’aménité dans les débats qui l’avaient mis aux prises avec certains de ses collègues. Dans cette approche, il n’y avait pas que la discussion académique entre partisans et adversaires de la mise à disposition anticipée de certains médicaments au prix d’un risque supplémentaire de survenue d’effets délétères mais aussi des positions réelles et honorifiques qu’il occupait dans de nombreuses associations telles que le Hastings Center, a NY Académie de Médecine ou l’Association Américaine pour l’Avancement des Sciences.

Traiter ou s’abstenir ?

Au fur et à mesure qu’avançait sa réflexion sur les avantages entre une mise à disposition rapide des traitements modernes et ses inconvénients, il devint plus serein. Il se disait qu’il ne pouvait passer sa vie à prendre seul des responsabilités d’ordre éthique sur le développement trop rapide, voire incontrôlé des médicaments anticancéreux . Il fallait que des experts comme lui se joignent à cette réflexion pour former un groupe d’experts, moins au niveau d’une grande compagnie pharmaceutique que dans le cadre d’une organisation nationale capable de rassembler les représentants de tous les fabricants potentiels d‘anti-oncogènes et des équipes médicales capables d’en manipuler les dérivés en leur donnant un sens stable de leur destinée et de leur action sur l’évolution des différentes formes de cancer susceptibles de porter atteinte à tel ou tel tissu. Pris dans l’étau d’une controverse sensible et d’une âpre discussion discussion sur les mécanismes d’action des oncogènes, le Pr Caplan se mit à interférer dans le débat portant sur les capacités de persuasion des familles des victimes du cancer d’autoriser l’accès précoce des patients à des traitements anticancéreux porteurs éventuels de quelques espoirs d’efficacité thérapeutique. Ce qui n’empêcha pas la victime de ces débats éthiques de mourir cette année après que sa famille eut échoué à persuader les compagnies pharmaceutiques de permettre un accès anticipé à leurs produits.

Usage compassionnel

La société impliquée a déclaré que M. Caplan qui a publié de nombreux articles sur le sujet en termes d’utilisation compassionnelle serait prêt à superviser un débat entre médecins, éthiciens, et avocats de malades réunis en vue d’examiner les requêtes exigeant pour un groupe restreint de malades de pouvoir bénéficier des avantages et inconvénients d’une telle étude expérimentale. Le programme pilote pourrait être couvert financièrement par les fabricants mais que les règlements des frais médicaux pourraient être versé directement à l’université, M. Caplan se réservant le droit ou le privilège de ne pas percevoir de rémunération. Il ajoute que l’industrie doit bénéficier d’un règlement plus juste de ces problèmes permettant de jeter un regard plus équilibré entre ce qui ne va pas bien dans cette voie et ce qui pourrait aller mieux.

L’exemple du SIDA

La question se complique du fait que dans le passé, des initiatives avaient été prises pour fournir un traitement à certains malades atteints du SIDA mais aussi que les compagnies pharmaceutiques sont prises en étau entre leur désir de soigner et celui de disposer d’une quantité suffisante de produits pour traiter tout le monde. Cette question vient de se poser aussi à l’occasion de l’épidémie provoquée par le virus Ebola lorsque le corps médical et scientifique manquait sérieusement de traitement pour éradiquer le fléau, heureusement maitrisé actuellement. Devant les réponses incohérentes des pouvoirs publics et des autorités sanitaires, quelques patients et leurs familles se sont lancés dans une campagne vigoureuse sur les réseaux sociaux pour faire honte aux compagnies.

Attitudes incohérentes

C’est ainsi que des appels ont été lancés sur Facebook ou Twitter pour trainer dans la boue des sociétés qui développaient des traitements antiviraux avaient refusé de donner suite aux appels d’aide de la part des malades et de leur famille. Parfois, les appels sont entendus et ont abouti à des résultats positifs lorsqu’ils ont été entendus à temps. C’est pour toutes ces raisons qu’il est possible de considérer l’attitude récente de J&J comme compassionnelle et positive en tant que modèle de conduite éthique. D’autres soulignent le fait que si dans certains cas, des autorisations de mise sur le marché sont attendues avec impatience, d’autres blocages dans ces situations désespérées proviennent du comportement incohérent ou non éthique des laboratoires pharmaceutiques. Cette attitude incohérente s’est aussi manifestée chez le malade décédé depuis la fin mars 2013 lorsque son cas avait été considéré avec bienveillance par le laboratoire puis avait rencontré une opposition à un essai thérapeutique peu après la survenue d’une occlusion intestinale, suivie d’ailleurs par une action de groupe ayant comporté le recueil de 500.000 signatures.

Faut-il jouer Dieu dans cette médecine ?

En guise de conclusion à cette affaire, écoutons les conclusions émises par les dirigeants de l’une des compagnies impliquées dans ces stratégies imprécises quand ils affirment que toute décision concernant la libération d’un strict encadrement des usages de ces médicaments est certes difficile et complexe à mettre en route même s’ils méritent d’être incorporés dans la stratégie générale de la société y compris celle de la part commerciale. Ce qui n’empêche nullement certains de penser que ces fabricants ne souhaitent pas jouer Dieu dans ces affaires.

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