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Cinéma

L’étrange histoire de Benjamin Button

Une étrange histoire, un bon metteur en scène et d’excellents acteurs

lundi 16 février 2009, par Picospin

On nous dit que la nouvelle de Scott Fitzgerald d’où est tiré le film est une des plus courtes de cet écrivain américain, né en 1896 à Saint-Paul dans l’état du Minnesota au nord des Etats-Unis et mort en 1940. Chef de file de la Génération perdue et émouvant représentant de L’Ère du Jazz, il est aussi celui qui lance la carrière d’Ernest Hemingway.

Vie privée, vie publique

Il se marie avec Zelda Sayre Fitzgerald en 1920 qui publie le roman « Accordez-moi cette valse » en 1932 et fut une source d’inspiration constante pour son mari. Ils eurent une fille, Patricia Frances, qu’ils surnommèrent « Scottie ». Les parents de Scott, se révélant incapables de satisfaire son appétit intellectuel et ses besoins de gloire, Scott les considèrera toujours avec mépris. C’est au prix d’importants sacrifices financiers que ces derniers accèdent aux caprices de leur fils, et l’envoient dans une des toutes meilleures universités du pays, Princeto où le jeune Scott allait connaître ses premières grandes désillusions du fait de sa prétention et son immaturité qui l’excluent de la société estudiantine alors que ses efforts pour intégrer l’équipe de football de l’université se révèlent vains, échec qui le marquera toute sa vie. Ce n’est que lors de sa deuxième année dans le New Jersey que le futur écrivain parvient à se faire des amis, ainsi qu’une place dans les journaux de l’université. Scott participe à l’écriture d’une comédie musicale du Princeton Triangle Club et offre sa plume au magazine humoristique Princeton Tiger et au Nassau Literary Magazine... Comme les poètes qu’il est obligé d’y étudier coemme Butler, Byron, Coleridge et Keats deviennent vite trop envahissants, Scott néglige ses études au profit d’une autre forme de littérature ce qui l’amène à quitter Princeton sans aucun diplôme.

Engagement dans l’armée

À l’époque, c’est l’armée qui est la plus à même de réaliser ses rêves de gloire. Il s’y engage en 1917, à l’entrée en guerre des États-Unis lors de la Première Guerre mondiale et, en juin 1918, est envoyé à Camp Sheridan, près de Montgomery (Alabama), en tant que sous-lieutenant. C’est là qu’il tombe amoureux de l’excentrique Zelda Sayre, pleine d’esprit et pour laquelle il écrit l’ébauche de ce qui sera son premier roman : Le Romantique Egotiste. Rejeté deux fois par Maxwell Perkins, il est finalement accepté en juillet 1919 sous le titre de l’Envers du Paradis (This Side Of Paradise), et paraît en 1920. Le roman connaît un énorme succès, et fait de son auteur le représentant de toute une génération, celle de L’Ère du Jazz. Les retombées financières permettent à l’écrivain d’épouser Zelda et d’émigrer en France, à Paris et sur la Côte d’azur. C’est là qu’après "The Beautiful and Damned" (Les Heureux et les Damnés), il écrit son premier grand roman, "Gatsby le magnifique", dont il fait lire le manuscrit à Ernest Hemingway à la terrasse de La Closerie des Lilas, la fameuse brasserie de Montparnasse. Malgré les bonnes critiques, les ventes de cet ouvrage ne décollent pas, mais lui rapportent cependant un somme suffisante pour survivre. Fitzgerald est forcé de continuer à écrire des nouvelles, que le Saturday Evening Post et d’autres journaux lui achètent encore à prix d’or. Ses tentatives pour atteindre la célébrité - peinture, danse, littérature - sont méritoires mais se révèlent vaines, et sa schizophrénie commence à apparaître. En 1926, Scott est appelé à Hollywood et Zelda, qui commence à présenter des troubles psychiques, est hospitalisée en Suisse. Son propre alcoolisme, les dépressions psychologiques et les soucis financiers sont décrits dans « La Fêlure » , ce qui n’empêche pas l’auteur d’écrire "Tendre est la nuit", aujourd’hui considéré comme son chef-d’œuvre.

Misère

C’est dans la misère que Francis Scott Fitzgerald meurt à Hollywood en 1940, alors qu’il exerce la profession détestée de scénariste. Il laisse le fort prometteur Dernier Nabab (The Last Tycoon) inachevé. Sa femme meurt quelques années plus tard dans l’incendie qui ravage le sanatorium d’Asheville, où elle est internée. Le temps a fait de Fitzgerald l’émouvante incarnation du talent gâché et incompris. De son vivant, les critiques n’ont souvent vu dans ses romans que le reflet de la vie insouciante de leur auteur, passant au travers de leur grande force tragique. La capacité de Scott Fitzgerald à capter l’instant, à définir les atmosphères, dans le style visuel et hautement lyrique qui lui est propre - en somme : son génie - est aujourd’hui pleinement reconnu. Le filme raconte l’histoire étrange d’un être humain qui parcourt sa vie dans le sens opposé à celui des autres hommes. Il nait vieux et rajeunit jusqu’au moment où il retrouve une véritable jeunesse qui lui fait découvrir la vie d’enfant, d’adolescent puis d’adulte avec tous les avantages et les inconvénients de l’existence. Cette Métaphore permet aux auteurs du film de jouer avec le temps, les relations humaines qui se nouent et se dénouent tout au long de la difficile existence que nous menons avec ses points forts qui ponctuent la destinée, qu’elle soit déterminée ou non, par l’amour, les rencontres les plus désirées, les plus passionnantes et les plus passionnées.

Les jeux du temps et de la mémoire

Le scénario se prête parfaitement à ce jeu du temps, des hasards, des retrouvailles, des affrontements, des confrontations, des rencontres fortuites, ou du passage du temps. Seulement, ce dernier peut être vécu selon divers modes, à l’endroit, à l’envers, dans le sens habituel ou dans le sens contraire, selon les accents que le sujet mais aussi les autres veut placer sur ces moments d’existence, qu’ils constituent des rêves, qu’ils se perdent dans l’imaginaire, l’angoisse de la mort, d’une fin immanente, à laquelle on ne saurait échapper ni par les subterfuges d’un scénario hollywoodien, aussi bien réalisé soit-il. Et en effet, celui que nous commentons l’est parfaitement avec sa photographie intimiste, son travail d’archéologue du temps écoulé, de l’espace à parcourir, des indispensables évasions vers les océans, la guerre, les navires en collision, les motos qui libèrent les distances, les trajectoires, et grâce auxquelles on atteint si facilement le cosmos, les étoiles et les galaxies. Ce qui n’empêche personne de se poser la question cruciale de "l’après" et de ce qui s’y déroule. Même si on la chance d’être accompagné dans ces aventures par des artistes aussi exceptionnels que Bras Pitt et Cate Blanchett et de se mouvoir sous la direction d’un metteur en scène aussi talentueux que David Fincher.

Questionnement :

1. Est-ce que l’éthique a sa place dans cette histoire, dans ce film et si oui, par quelle entrée peut-elle s’introduire dans le déroulement du temps, le labyrinthe de l’histoire et du passé ?

2. Est-ce que le parti pris des auteurs de jouer avec les séquences du cours du temps favorise la réflexion sur le rôle de la mémoire, des souvenirs, des confrontations successives avec la jeunesse et avec la vieillesse sinon avec la folie ?

3. Est-ce que les épisodes relatifs aux combats sur mer relèvent du vécu, de l’imaginaire, ou des deux ?

4. Est-ce que le montage particulier de ce film qui présente les évènement marquants d’une vie sans logique de temps ni de chronologie représente-t-il l’écoulement de la mémoire qui est moins séquentielle qu’un patchwork ?