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L’excellence : quelle définition ?

mardi 9 octobre 2012, par Picospin

Cette autosatisfaction vient d’être renforcée, sinon confirmée par l’attribution du Prix Nobel de Physique à un Membre du Collège de France récompensé pour ses travaux en physique quantique. Mardi, le prix Nobel de Physique 2012 a été décerné au Français Serge Haroche et à l’Américain David J.Wineland pour leurs travaux en physique quantique, a annoncé mardi le comité Nobel.

Une belle récompense

Le jury les récompense pour « leurs méthodes expérimentales novatrices qui permettent la mesure et la manipulation des systèmes quantiques individuels ». Serge Haroche, 68 ans, avec son collègue de l’Ecole normale supérieure (ENS) Jean-Michel Raimond, a en 2008 réussi à observer le passage du quantique à la physique classique sur un petit paquet de photons, des grains de lumière. Il est ainsi le dernier des lauréats français de la prestigieuse des récompenses dans le domaine scientifique mais avant lui, 54 autres Français en ont déjà ramené un d’Oslo. L’une d’elles, Marie Curie, en a même reçu deux. Depuis la création du comité Nobel et de la remise de ses fameux prix, la France s’est particulièrement distinguée en physique, la discipline dans laquelle est aujourd’hui Serge Haroche. Avant lui, douze autres français ont reçu le Nobel de physique. Est-ce que tout va aussi bien dans les sciences, l’enseignement et la transmission du savoir en France si l’on en croit les récents rapports établis par la Cour des Comptes au sujet de la direction, de l’administration, des Finances et de la gestion de certains établissements français de haut niveau.

Cour des Comptes

Dans son prérapport, la Cour n’y va pas par quatre chemins. Elle juge que " la politique de développement de Sciences Po n’a pu être mise en oeuvre qu’au prix d’une fuite en avant financière et d’une gestion peu scrupuleuse des deniers publics ". Le réquisitoire est cinglant. Il appelle une remise en ordre que la direction, toujours provisoire, de Sciences Po s’engage d’ailleurs, dans ses réponses à la Cour, à mener sans tarder sur plusieurs points. L’enjeu - pour la prochaine direction - sera de consolider cet acquis par une gestion plus vertueuse - et mieux contrôlée. Cette injonction est souhaitable pour éviter de confondre vertu et qualité de l’enseignement, sinon émoluments personnels et bénéfices auto-alloués et résultats de la formation des élèves. Question argent, Richard Descoings obtint des augmentations substantielles de ses crédits. Des crédits plutôt que des enseignants, autrement dit plutôt que des universitaires relativement indépendants. Cela lui donna à la fois une autonomie de recrutement et un pouvoir discrétionnaire de rémunération. Cette évolution profita d’abord à son directeur et à ses principaux lieutenants, dont les augmentations furent considérées comme un alignement sur les salaires des business schools. Ce fut la réponse immédiate de Richard Descoings, - ancien et dernier directeur de l’École, prématurément disparu pendant un voyage d’affaires à New York, - citant Harvard quand la presse dévoila le montant de sa rémunération.

Public ou Privé ?

En oubliant de remarquer que les établissements de référence étaient privés et non publics, comme Sciences Po. L’ancienne autorité du directeur, auparavant autolimitée, s’est ainsi transformée en toute-puissance marquée par l’arbitraire des rémunérations et les foudres et faveurs d’un proconsul, depuis le licenciement jusqu’à la suprême récompense d’un geste affectueux. C’est dans cette atmosphère complexe que le Président de la République apparaît à la Sorbonne pour proposer au peuple une réforme de l’éducation nationale. L’école aime les symboles. C’est dans l’enceinte de la Sorbonne, lieu qui depuis 700 ans incarne l’histoire de France, l’excellence, le savoir et sa transmission, que le chef de l’État devait présenter mardi 9 octobre ses priorités pour l’école et ce qui sera la " feuille de route " de son ministre de l’Éducation Nationale. L’objectif est de transformer en profondeur l’école française et contribuer ainsi au " redressement " du pays. Aux impatients, François Hollande rappelle que " la refondation s’inscrit dans le temps ". Aux dubitatifs, il assure que la rentrée 2013 sera celle du retour à quatre jours et demi de classe en primaire, de la mise en place d’une nouvelle formation des enseignants, du lancement d’une e-éducation et de la création d’une " instance légitime " pour écrire les programmes.

Réformes

Au premier rang des réformes de la rentrée, se situe celle des rythmes scolaires qui ont suscité tant de débats et de joutes contradictoires moins pour dégager les rythmes biologiques les plus favorables aux enfants quant à leur réceptivité à l’apprentissage que les intérêts des autres citoyens de la République qui se situent quelque part entre saisons touristiques, déplacements, commerce ou climat, voire restauration et hôtellerie ? Cette réforme de la semaine de quatre jours et demi doit pouvoir, après concertation, être effective dès la rentrée 2013 à condition que les divers groupes de pression parviennent à s’entendre sur un calendrier commun efficace et pas trop nuisible à l’apprentissage des enfants. Il n’était pas indispensable de s’attarder avec autant de durée à l’examen des capacités bio-psychologiques des enfants puisque cette question est depuis longtemps résolue dans e nombreux pays à la satisfaction des parente et des enfants qui disposent maintenant d’un temps suffisant pour leur permettre de se consacrer à d’autres activités épanouissantes que le seul apprentissage des langues, des mathématiques ou des sciences.

Rythmes scolaires

La rentrée scolaire 2013 doit marquer la première étape de l’amélioration des rythmes scolaires, autour de la semaine de quatre jours et demi, de l’allégement de la journée et de la mise en place d’un temps éducatif complémentaire. " D’autres évolutions doivent suivre qui permettront d’associer les collectivités territoriales afin que la diminution de la journée de classe se conjugue avec des temps éducatifs forts. Mais plus question de réduire les vacances d’été, alors que c’était une des propositions du rapport issu de la concertation ce qui montre si besoin était que les fameux groupes de pression restent largement présents sur le terrain des calendriers et que priorité serait moins conférée à l’avenir de la jeunesse, espoir du pays qu’aux satisfactions d’autres catégories de la société revendiquant leur part du gâteau aux vacances, aux plaisirs des jeux aquatiques, aux voyages en pays inconnu ou à la restauration de qualité même à des prix incompatibles avec la situation économique du pays. Priorité sera accordée au primaire dès la rentrée : 1. La boîte à outils pédagogiques se dira favorable à trois propositions issues de la concertation. 2. Les redoublements doivent être limités - ce qui oblige à penser autrement le traitement de la difficulté scolaire. 3. La notation doit " indiquer plus un niveau que sanctionner " et 4. Les devoirs " être faits dans l’établissement plutôt qu’à la maison pour accompagner les enfants et rétablir une égalité compromise si l’on en croit les rapports de l’OCDE qui place l’école française parmi les plus inégalitaires du monde.

Maternelles

Cela passera, estime le chef de l’État, par un retour de la scolarisation en maternelle des moins de trois ans, dès la rentrée 2013 dans les territoires difficiles. Dans ces toutes petites classes, l’accent sera mis sur le travail oral. Quant à la " pédagogie nouvelle ", elle vise à endiguer les premiers retards dont les victimes sont souvent les enfants de milieux défavorisés car le chef de l’État se veut le garant de l’acquisition d’un socle commun par tous les enfants de la nation. Les zones d’éducation prioritaires devraient laisser place à " une aide personnalisée aux établissements ". Les collèges pourraient se voir attribuer des moyens en fonction " des spécificités territoriales, scolaires et sociales ". Plus ils accueilleraient d’enfants défavorisés en retard, plus ils auraient d’heures d’enseignement, et ce, sans l’effet de seuil du passage du collège " normal " au collège de ZEP. En terre difficile seraient missionnés des enseignants expérimentés sur la base du volontariat ".

Enseignement : un métier

En parallèle, sera ouvert le dossier de l’évolution du métier d’enseignant, dont la formation sera renforcée, reprise et professionnalisée moins dans ses contenus que dans la formation. Connaître ce métier, c’est d’abord maîtriser sa propre discipline. Mais le savoir, évidemment indispensable, ne peut suffire à préparer les futurs enseignants à la réalité de leur exercice professionnel devant les élèves, qui exige un certain savoir-faire ". Les lycées professionnels qui sont largement concernés par les propositions de réforme sont aussi cités comme devant être le lieu d’une formation au blason redoré. La définition d’une carte des formations, que les régions prépareront en dialogue avec l’État, devrait y contribuer. Il était temps qu’un certain ordre fut restauré dans le chaos qui s’était donné à voir à l’occasion des multiples changements de titulaires dans les Ministères de l’Éducation Nationale affiliés au précédent gouvernement et où les responsabilités relevaient plus de l’amateurisme que d’un véritable professionnalisme que seul incarnait un ancien Professeur d’Université. La boucle était ainsi fermée. Il était temps…

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