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Un pari

L’explication de l’univers en provenance de Genève

Celui de Pascal ou celui du CERN ?

mardi 30 mars 2010, par Picospin

Le moment est d’autant plus attendu qu’une de ces maladies de jeunesse avaient retardé sa mise en route. Une machine de cette importance, de cette complexité se fait naturellement attendre comme le dirait ou l’aurait dit Edgar Morin s’il avait participé à l’élaboration de ce géant de la physique que le monde attend.

Angoisse ou impatience ?

Comment l’attend-il ? Avec angoisse, curiosité, impatience ou colère ? Ces états d’âme n’ont rien d’étrange si l’on se réfère aux questions que la mise au point et le fonctionnement de ce montre d’intelligence et de technologie tentent de résoudre. Cette fois, il n’est plus question de reculer pour savoir ou ne pas savoir. A quelle sauce serons-nous mangés ? Comment vont se comporter les éléments nés de la naissance de l’univers qu’on préfère appeler actuellement Big Bang, phénomène de plus en plus unanimement reconnu comme celui de la véritable création du monde. Celle-ci ne résulterait plus du souffle d’un dieu insaisissable éternellement caché et qui parle quand il en a envie mais d’une succession de phénomènes physiques progressivement mis à nu par les esprits les plus agiles dans le maniement des concepts, de l’imaginaire et des représentations.

Enthousiasme

Dans l’enthousiasme des acteurs de cet évènement d’importance planétaire, c’est le cas de le dire ou de ne pas le dire, les protagonistes de cet exploit historique – pour peu qu’on veuille bien lier le temps de l’histoire à celui de l’espace – les manifestations de joie explosent en attendant celles consécutives aux extraordinaires collisions préparées par la bête ingénieuse créée à l’image de l’homme. Les comptes-rendus instantanés délivrés par le CERN ne cessent pas de se congratuler avec force bulles de champagne sur le succès de l’entreprise après une longue période au cours de laquelle les petits détails ont créé de grandes difficultés, de longs moments de découragement. Et de s’écrier que les premières expériences ont déjà permis d’enregistrer des milliers d’évènements, ne serait-ce qu’en analysant les faits observés pendant la première heure au cours de laquelle les « scientifiques » comme on les appelle maintenant avaient eu à leur disposition plus d’une heure de « rencontres » entre éléments et rayons à des énergies fantastiques. Le pari est risqué comme dans toute complexité et toute expérience.

Un pari

Faut-il ou fallait-il le prendre devant les milliards de spectateurs conscients ou pas encore conscients qui peuvent maintenant accéder directement à l’expérience unique qui prétend ou accomplit la simulation des commencements ? D’aucuns ont critiqué les coûts considérables de la machine, de sa mise au point, de sa maintenance et de son fonctionnement régulier. Ils n’ont pas eu à forcer leur talent de moralisateur, d’éthicien, de philosophe pour avancer les équivalences avec les soins des enfants, les constructions de logements pour les pauvres, la prise en compte de la faim dans le monde, la pauvreté en général, l’équilibre de l’environnement. L’homme est ainsi fait qu’il est dans sa nature de rêver et de préférer cette action à celle du contact avec la réalité. Qui doit prendre les décisions conformes à l’éthique ? Qui, dans ces conditions de plus en plus difficiles et périlleuses peut se targuer de posséder la vérité ou de s’être approprié l’exclusivité de la véritable connaissance et de la vertu ? Qui peut deviner aujourd’hui les bienfaits pour l’humanité et les inconvénients et malheurs susceptibles de résulter d’une recherche forcenée dirigée vers l’inconnu ?

Connaissances de demain ou d’après-demain ?

Qui peut dire aujourd’hui ce que demain risque d’apporter par les connaissances concernant le fracas des particules élémentaires lancées, en sens contraire, à une vitesse frôlant celle de la lumière, dans le but de faire jaillir de nouvelles particules et recréer des états de la matière qui existaient aux tout premiers instants de l’Univers, quelques millionièmes de seconde après le Big Bang. Et ainsi, peut-être, lever un coin du voile sur quelques-uns des mystères cosmiques les plus vertigineux. Un pas de plus et nous aurons franchi la frontière qui sépare la physique de la métaphysique. De quoi sont faites la matière noire et l’énergie sombre qui forment 96 % de l’Univers, dont nous ne connaissons qu’une infime partie ? Qu’est devenue l’antimatière qui, à l’aube de l’espace-temps, a sans doute été produite en même quantité que la matière, mais dont il ne reste plus trace ? Pourquoi les particules ont-elles une masse, et pourquoi certaines sont-elles lourdes et d’autres légères ? Le boson de Higgs, postulé par la théorie mais jamais observé, est-il la clé de cette masse ?

Soupe primordiale : bonne à manger ?

Comment la "soupe primordiale" de l’Univers s’est-elle transformée, en quelques millièmes de seconde, en protons et en neutrons qui allaient donner naissance aux noyaux, aux atomes, puis aux étoiles et aux galaxies ? Existe-t-il des dimensions cachées, comme l’imagine un étrange scénario selon lequel les particules fondamentales ne ressemblent pas à des points, mais à des cordes en vibration ? Nul ne sait si le LHC résoudra ces énigmes. Il s’agit bien d’un pari, comme chaque fois que l’homme est confronté à la découverte et à l’explication de son univers. Peut-on vivre sans parier ? La vie n’est-elle pas un pari permanent contre la mort ? Le 19 mars, - c’était hier - des faisceaux séparés ont été accélérés à 3,5 TeV. Restait le test crucial, tenté ce mardi : faire se percuter les faisceaux de protons, pour atteindre 7 TeV. Si tout va bien, le LHC sera exploité en continu, avant de monter en régime jusqu’à son énergie maximale de 14 TeV. Deux escadrons de sept moustiques chacun se heurteront de plein fouet pour le progrès de la science.

Énergie de l’homme et de la matière

Cette débauche d’énergie n’a d’autre finalité que l’avancée de la connaissance avec l’espoir de voir naître une physique aux lois encore inconnues et obligeant à repenser notre représentation du monde. "Les premières collisions de protons à haute énergie sont un événement exceptionnel pour les physiciens du monde entier, pour lesquels de nouveaux horizons scientifiques s’ouvriront". Nous sommes ici dans un pur sanctuaire de la recherche fondamentale. Le LHC va collecter une masse de données équivalant à une pile de CD haute de 20 km –, les expériences n’auront pas nécessairement une retombée pratique immédiate. "La recherche fondamentale a toujours des applications, mais on ne sait jamais quand ni dans quel domaine », ajoute le directeur actuel du projet.

Voir article du Monde