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Portrait d’un penseur

L’héritage de Vaclav Havel

Disparition d’un véritable intellectuel

vendredi 23 décembre 2011, par Picospin

Havel a formulé une éthique à partir de la dissidence et proposé une forme de société civile comme fondement du politique et d’une espace public démocratique.

Formes de totalitarisme

Le totalitarisme primitif, si l’on peut dire, reposait sur la terreur de masse alors que celui qui en est sorti visait la soumission et la résignation en imposant la répression sélective et le mensonge institutionnalisé. Ces caractéristiques avaient revêtu le masque de l’accoutumance, de l’assimilation et de l’adaptation à la menace. Ils circulaient sous la forme de stratégies de repli et tenaient lieu de lien social. La peur comme mode de gouvernement et instrument d’atomisation de la société servait de support à son asservissement spirituel, politique et moral. Au lieu de chercher l’adhésion collective à une vision idéologique du changement révolutionnaire, le totalitarisme modernisé part à la découverte des moyens de démoraliser et de faire perdre tout espoir de changement. Le comportement conforme tente de remplacer une idéologie exprimée par un mode de ritualisation destiné à légitimer l’adhésion à la rencontre historique de la dictature et de la société de consommation.

Clivages

La ligne de clivage abandonne la trace entre état parti et société, dominants et dominés pour passer par chaque individu qui devient victime et support du système. La dissidence avait moins l’ambition de conquérir le pouvoir et de rejeter la politique en tant que technologie que de devenir un contre-pouvoir à la conquête progressive et non violente d’un espace public libre. Havel était un disciple fidèle et loyal de Jan Patocka. Pour lui, la domination d’un pouvoir hypertrophié, bureaucratique et impersonnel représente moins une aberration du despotisme oriental qu’un avatar de la modernité industrielle occidentale présentant sa face du scientisme, du fanatisme de l’abstraction et de la poursuite effrénée de la consommation, idée résumée sous la dénomination de « croissance de la croissance ». Les régimes totalitaires sont le miroir grossissant de la civilisation dans leur totalité. Cette constatation implique que la fin du communisme ne modifie en rien les types des réponse que l’on pourrait donner à l’éventualité et la perspective de sa disparition. Dans la perspective de cette annonce, une invitation à la parlementarisation et la fédéralisation de l’Europe est prononcée pour asseoir des institutions pérennes.

Qui rédige ?

Il n’est pas précisé si l’auteur de ces perspectives européennes se porte candidat pour rédiger lui-même le texte de ces projets ou s’il préfère en laisser l’initiative à un groupe représentatif issu du parlementarisme ou des représentants des corps constitués européens. En réalité, l’idée sous-jacente aux propositions sinon aux rêves de Havel exprime sans doute son désir de se mettre sous la protection d’un initiateur, d’un fondateur, d’un « commencement » à l’instar d’une dérive du créationnisme quitte à y ajouter une poignée d’ingrédients destinés à creuser les sillons pour un évolutionnisme de type darwinien sans les avatars du darwinisme social. Si l’auteur de ces prophéties n’avait pas prédit une chute aussi imminente du communisme, il en avait envisagé les modalités sous forme d’une allusion à l’entropie, perte constante et généralisée d’énergie par laquelle le système du créationnisme stalinien était condamné à la destruction, au collapsus et à la disparition, par incapacité au renouvellement et au rajeunissement. Tôt ou tard, l’effondrement des structures sur elles-mêmes surviendra comme annoncées par les prémisses de la chute du mur de Berlin, au terme d’un long processus de conquête de la liberté « dont l’héritage dans la pensée politique reste pertinent pour l’Europe d’aujourd’hui ».