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Une intéressante histoire de détective

L’histoire du Titanic n’est jamais terminée

Histoire d’une autopsie

jeudi 17 avril 2008, par Picospin

Les découvertes récentes ne s’orientent pas dans le même sens et mettent fortement en question la qualité des matériaux utilisés pour la construction de ce géant des mers qui devait révolutionner le transport maritime des passagers. Il semble maintenant que la vérité est toute différente. Les responsables de la construction du navire se sont battus parait-il pendant des années pour obtenir de leurs fournisseurs des matériaux de qualité et en particulier des rivets de haute qualité.

Mauvais matériel

Finalement, n’ayant pu les obtenir, ils durent se contenter d’un matériel médiocre qui a fortement compromis la qualité de la construction. Cette situation était d’autant plus périlleuse que les responsables de sa construction avaient projeté de mettre en chantier en même temps deux autres navires considérés comme les sœurs de ce géant des mers nommément l’Olympique et le Britannique. Pendant des années les historiens ont défendu la thèse selon laquelle ce bateau a coulé très rapidement après avoir heurté un iceberg parce que des rivets de mauvaise qualité avaient été utilisés qui ont laissé éclater leurs têtes ce qui a ouvert des voies d’eau permettant à des tonnes d’eau glacée de pénétrer dans le bateau où 1500 personnes moururent. Quand, il y a une dizaine d’années, la sécurité et l’étanchéité des rivets a été remise en question, les responsables ont fait semblant de ne pas s’intéresser à cette question et ont affirmé qu’ils manquaient de documents à leur disposition pour vérifier cette accusation. Maintenant les historiens avancent un autre argument contre les ingénieurs responsables de l’élaboration du navire, Harland et Wolff à Belfast en Irlande du Nord. Chacun des navires avait besoin de 3 millions de rivets qui ont agi comme si c’était de la colle pour maintenir l’ensemble. Le manque de ces objets devenait crucial au cours de la construction ce qui a stressé considérablement les responsables qui insistaient de façon répétitive sur la nécessité d’embaucher davantage de personnel. Ce projet atteignit des objectifs qui allaient largement au-delà des capacités de l’entreprise te de la disponibilité en sous-traitance aussi bien en main d’œuvre et en matériel. Au lieu de se procurer du matériel de première qualité, ce sont des rivets de qualité moyenne qui furent livrés parce que cet équipement coûtait moins cher.

Une affaire de rivets

Quand les générations de plongeurs examinèrent les restes du bateau, ils s’aperçurent que les rivets étaient couverts de scories ce qui facilite le processus de fracture du métal. La compagnie eut aussi à faire face à un manque d’ouvriers spécialisés capables d’utiliser les rivets de façon correcte. Ce fait conduisit le président de la compagnie à insister sur la nécessité de recruter du personnel de qualité. Parmi les scientifiques chargés de l’enquête, certains étaient de véritables métallurgistes qui insistèrent sur la nécessité de chauffer les rivets à la bonne température. Le rivetage avec des matériaux en fer exigeait beaucoup plus d’expérience et d’habileté ce qui a conduit les responsables à passer aux rivets en acier dont l’installation avec des machines est bien plus solide. Le bateau était maintenant équipé avec des rivets en acier et des rivets en fer. C’est avec ces derniers qu’on équipa la proue et la poupe, là ou justement le destin a voulu que le navire rencontre l’iceberg. Et c’est là aussi où les experts constatèrent les brèches les plus profondes et les plus étendues ; à l’endroit exact où s’effectua la transition entre les rivets en fer et ceux en acier.

Fer ou acier ?

Ces constatations furent loin de résoudre l’énigme du désastre puisque aussi bien un des bateaux sœurs a continué de naviguer avec le même équipement pendant plus de 25 ans. Pourtant ce navire de lux avait tout ce qu’il fallait pour rendre le voyage merveilleux depuis une piscine, des terrains de squash, des bains turcs, ce qui n’a pas empêché le naufrage qui prit moins de deux heures et demi pour couler. On finit par conclure que les rivets explosèrent le long des lignes de soudures ce qui a entraîné la pénétration de l’eau sous forte pression. Une dernière expertise finit par trouver une forte quantité de scories, bien plus importante que celle qu’on découvre habituellement sur des rivets en fer. Longtemps après ces analyses successives, de nouvelles enquêtes furent lancées qui mirent à jour une société à la limite des ses possibilités pour avoir voulu construire trois bateaux à la fois. C’est dans cette ambiance que les constructeurs abandonnèrent l’idée de tester le fer utilisé pour les rivets car ce matériau était considéré comme fiable à l’inverse de l’acier qui à cette époque commençait à peine à voir le jour. Si l’histoire du Titanic fut une tragédie, tel n’était pas le cas des détectives qui ont conduit une enquête passionnante à la manière de médecins légistes pratiquant une autopsie sur des rivets.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que les vices de fabrication détectés tardivement sur le Titanic sont liés à un problème d’éthique ?

2. Quelle est la responsabilité de l’entreprise dans la qualité médiocre fabrication médiocre du navire ?

3. Est-ce que le manque de main d’oeuvre qualifiée et de matériaux de qualité peut être avancée dans la culpabilité éventuelle de la société maitre d’oeuvre dans l’élaboration du navire ?

4. Est-qu’à l’inverse l’allusion fréquente au cours des réunions du staff au cours desquelles a été largement évoquée la difficulté de trouver une main d’oeuvre qualifiée et les matériaux appropriés pourrait servir à déculpabiliser les fabricants ?

5. Comment se pose le problème de la découverte un siècle après le drame des éléments qui mettent en cause les moyens de fabrication du Titanic ?

6. Est-ce que les dommages infligés aux victimes de la catastrophe dont il s’est avéré un siècle plus tard que la faute en incombait aux constructeurs peuvent être liés aux circonstances défavorables que ces derniers ont rencontré au cours de la construction du bateau ?

7. Est-ce une circonstance aggravante ou au contraire un alibi suffisant pour déculpabiliser ?


SOURCE : The New York Times

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