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L’évolution de la société

L’homme moderne doit-il travailler le Dimanche ?

Conservatisme, tradition et innovation

mercredi 8 juillet 2009, par Picospin

A l’orée de sa campagne présidentielle, en juin 2006, alors qu’il n’était pas encore officiellement candidat, prononçant à Agen un discours adressé à "la France qui travaille dur, qui est à la peine", il avait fait de ce thème un des éléments de la "revalorisation du travail". Dans la lettre de mission envoyée à Christine Lagarde, le chef de l’Etat avait fixé à la ministre de l’économie, des finances et de l’emploi l’objectif d’autoriser le travail le dimanche pour les salariés volontaires".

Liberté chérie !!

Selon M. Sarkozy, la possibilité de travailler le dimanche est constitutive de la liberté du salarié. "Pourquoi continuer d’empêcher celui qui le veut de travailler le dimanche ?, insistait-il, en novembre 2008. C’est un jour de croissance en plus, c’est du pouvoir d’achat en plus. Il faut quand même penser aux familles qui ont le droit, les jours où elles ne travaillent pas, d’aller faire leurs courses dans des magasins qui sont ouverts et pas systématiquement fermés." Aussi, depuis, s’emporte-t-il à chaque nouveau retard pris par la proposition de loi qu’il a inspirée. "Pour moi, c’est un marqueur, rappelait-il, en décembre 2008, alors que la majorité s’interrogeait sur l’opportunité de ce texte. Si on ne le fait pas, on sera comme tous les présidents de la République qui ont cessé de faire des réformes au bout de deux ans. Notre recul sur le travail du dimanche serait un symbole." L’ouverture dominicale des commerces répond, aux yeux de M. Sarkozy, à une certaine vision de la société. Pour lui, la législation doit s’adapter à l’évolution des modes de vie, notamment en milieu urbain, et privilégier l’intérêt du consommateur". Partisan d’une libéralisation "sans tabou", il invoque les exemples étrangers et se fait le héraut de l’ouverture dominicale des magasins. Ainsi, lors de la visite en France, début juin, du président des États-Unis, Barack Obama, et de son épouse, est-il intervenu directement pour que cette dernière puisse faire du shopping dans les magasins parisiens.

Faire du shopping le dimanche

"Est-il normal, a-t-il expliqué à la presse, que le dimanche, quand Mme Obama veut avec ses filles visiter les magasins parisiens, je dois passer un coup de téléphone pour les faire ouvrir ?" Cette intervention, a été jugée abusive dans l’opposition et dérogatoire aux "principes républicains". Le texte initial a été revu de manière à apaiser les craintes dans les rangs de la majorité. Ainsi, le nombre de dimanches pour lesquels un maire peut demander chaque année des dérogations d’ouverture a-t-il été maintenu à cinq. Le texte recouvre plusieurs aspects, regroupés en un article unique, ce qui a eu pour effet d’entretenir la confusion. Il concerne à la fois :
1. L’extension des dérogations permanentes et sans contreparties dans les "communes touristiques ou thermales" et les "zones touristiques d’affluence exceptionnelle ou d’animation culturelle permanente",
2. Les dérogations temporaires dans les agglomérations de plus d’un million d’habitants et l’autorisation d’ouvrir le dimanche jusqu’à 13 heures pour les commerces de détail alimentaire. Le droit du travail garantit un repos hebdomadaire d’au moins vingt-quatre heures consécutives le dimanche. Il existe cependant 180 dérogations à ce principe :
a. Des permanentes, pour les établissements dont le fonctionnement ou l’ouverture est nécessaire pour les besoins du public ou des contraintes de production ;
b. des conventionnelles, dans les activités industrielles nécessitant un travail en continu.
c. plus de 3 millions de salariés travaillent habituellement le dimanche et 4 millions occasionnellement (enquête INSEE)
3. Dans les communes et zones dites touristiques, l’autorisation d’ouverture le dimanche sera collective sans distinction d’activité, permanente et de plein droit. Il existe 3.500 communes touristiques, 523 stations classées et "un potentiel d’environ 6.000 communes à vocation touristique". Ainsi le quartier d’affaires de la Défense, aux portes de Paris, a-t-il été récemment classé zone touristique par arrêté préfectoral. Les villes qui ne sont pas classées communes touristiques ou thermales mais qui connaissent néanmoins une affluence exceptionnelle ou une animation culturelle peuvent entrer en "zone touristique".
4. Les "périmètres d’usage de consommation exceptionnel" peuvent bénéficier de la part du Préfet de dérogations d’une durée de cinq ans ce qui pourrait concerner les agglomérations de Paris, Lille et Marseille et exclure celle de Lyon.
5. Le volontariat n’est pas la règle dans les communes et zones touristiques puisque les dérogations y sont "de plein droit". Seuls les salariés ayant explicitement donné leur accord pourront travailler y travailler le dimanche. Cependant, la question du "libre choix" du salarié auquel l’employeur demande de travailler le dimanche n’est pas résolue, compte tenu du lien de subordination de l’un à l’autre. Les salaires seront doublés pour les salariés volontaires qui accepteront de rendre ce service particulier mais dans les communes touristiques, le travail dominical ne donnera lieu à aucun doublement de rémunération ni repos compensateur. Ce n’est qu’en l’absence d’accord collectif, si l’autorisation a été accordée à la suite d’une décision unilatérale de l’employeur, que le salarié privé du repos du dimanche pourra bénéficier d’une rémunération double.

Une structure mentale en élaboration

La structure mentale de M. Sarkozy est complexe. Elle l’est d’autant plus que c’est un très jeune Président de la République qui n’a pas encore eu le temps de se former et de former son opinion auprès des vieux loups qui sont assis sur les bancs de l’Assemblée ou du Sénat depuis de nombreuses années et qui ont vu défiler présidents et ministres depuis de nombreuses années sinon plusieurs régimes politiques et constitutions. Sa curiosité l’a conduit des Etats-Unis pour lesquels il manifeste une grande empathie et un vif intérêt vers d’autres pays européens ou situés en dehors de ces limites et dont il rapporte des modèles, qu’ils soient économiques, politiques, financiers et surtout sociologiques. Son tempérament vif, son besoin de bouger, modifier, réformer, changer à toute vitesse le conduit à adopter très vite des coutumes, des organisations sociales, des modes de vie en perpétuelle évolution comme on peut les observer dans des pays où la tradition est forte mais le désir de modernisation côte à côte aussi impérieux en raison de l’adoption dans les mœurs d’un capitalisme actif, incandescent et qui cherche à passer au-dessus des préceptes religieux, conservateurs, traditionnalistes s’effaçant volontiers sous la pression de l’intérêt financier, des désirs de réussite et de construction d’un capitalisme actif avec lequel cohabite harmonieusement le respect des acquis sociaux mais aussi un laxisme dans ce domaine propre à laisser sur les côtés une frange de la population assujettie à vivre dans une misère à l’instar des descriptions de Dickens au siècle dernier.

Difficultés de la vie

La description des conditions de vie de ces couches de la population a été reprise aussi par des cinéastes britanniques « dits de gauche » qui ont trouvé en France un écho amplifié de leur imagerie populaire. C’est assez rapidement que le conservatisme britannique et américain a laissé tomber les cérémonies religieuses, souvent sacralisées du dimanche pour délaisser les églises au profit des stades de football, de rugby, de base-ball et de basket ball. Est-ce cet exemple et ce bouleversement des mœurs qui a impressionné le Président de la République sinon son épouse, habituée à se produire sur scène à l’heure où les enfants de la bourgeoisie sont au lit depuis longtemps et leurs parents prolongent les soirées dans pubs ou night-clubs ? Si par surcroit, cette nouvelle organisation de la société est capable de remplir des caisses de plus en plus vides, il ne parait pas immoral de proposer une activité professionnelle les jours et heures où une bonne partie de la population active tourne autour et avec les magasins et centres d’achat pour contribuer à doper les ventes et de ce fait la collecte des taxes et impôts.