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L’homme qui cherchait la vérité

jeudi 26 avril 2012, par Picospin

Tout le monde cherche une certaine vérité à condition que cette dernière ne se révèle pas trop difficile à entendre, trop menaçante pour celui qui l’appréhende et trop décevante à écouter. Dans cette activité, est-ce qu’il importe de connaître la vérité, de la découvrir ou bien la recherche en elle-même suffit à combler la curiosité de l’investigateur ? Qui veut connaître la vérité ? Est-ce que tout le monde est capable de la connaître, quitte à être déçu, attristé, déprimé par la vérité qui se dégage de l’enquête que mène le chercheur ? Ou bien, est-ce que seule importe la recherche de la vérité, d’une vérité, de plusieurs vérités au choix qui maintient la tension, tient en éveil et excite la curiosité comme le ferait le récit d’une intrigue, le dénouement d’une histoire policière ou le questionnement posé par la recherche d’un meurtrier, d’un criminel ou d’un délinquant ?

Énigmes

Il se passe peu de jours sans que ne surgisse le récit de meurtres en série, de découvertes macabres d’apitoiement sur des familles endeuillées par des morts brutales, des disparitions soudaines ou des meurtres en série ayant exterminé une famille entière sans qu’aucun mobile n’apparaisse à la sagacité des policiers, enquêteurs, procureurs ou médecins légistes. Qui a vraiment envie de connaître la vérité sur tel ou telle énigme policière sinon celle décrite avec profusion dans la littérature de gare ou celle qui récompense les auteurs les plus méritants par des prix célèbres à l’instar du Goncourt, du Renaudot ou autres attributions distinguant les meilleurs des plus médiocres ? Quand on enquête sur le ou les sens de la vérité, on tombe infailliblement sur des énoncés, des propositions, ou des connaissances vraies qui constitueraient des vérités. Il s’agit parfois de vérités cognitives, de connaissances ou de vérités mathématiques ou historiques. On manipule aussi des vérités morales qui concernent la sphère de l’action et qui entrent dans la catégorie des vérités pratiques comme celle d’injonctions morales sans l’application desquelles la vie sociale devient difficile à s’accomplir.

Vérités morales ?

Il s’agit ici moins de vérités morales que d’une adéquation des énoncés au réel, de la cohérence du discours. Un écueil à la conformité entre réel et vérité se situe dans le scepticisme, le relativisme ou son inverse, le dogmatisme qui estime que tout ce que l’on pense, affirme ou déclare est vrai au point de ne jamais envisager que des erreurs peuvent être commises, des réalités peuvent être dissimulées, déformées ou effacées. La remise en cause se soustrait alors à la critique ce qui laisse libre cours au déroulement effréné d’aberrations intellectuelles ou cognitives toujours susceptibles de figer en vérité ce qui ne serait qu’hypothèse, produit de l’imagination ou rêveries inconsidérées à partir d’une imagination débridée par le retrait de toute censure. En ce cas, le glissement vers le doute systématique conduit tout droit à la suspension de tout jugement serein et équilibré jusqu’au retrait de toute action, seule preuve de la volonté de survie de l’individu sinon de la collectivité. Tout se passe comme si le chemin d’une vérité à l’autre menait du terrorisme idéologique au relativisme, conséquence inéluctable du scepticisme toujours prêt à accueillir les doutes sceptiques dont la réalité n’a produit que relativement peu de réactions hostiles, même pas celles des sophistes.

Utilités de l’erreur

Ces derniers voyaient dans leur position un avantage capable de promouvoir l’erreur utile dans la mesure où cette dernière ne constituait ni un mal irrémédiable ni une conséquence tragique pour la poursuite le l’existence mais une chance de promouvoir et entretenir la vie, à conserver, voire à améliorer l’espèce. Cette ouverture offre l’occasion d’une entrée triomphale dans la voie de l’utilité, sous les auspices d’un arc de triomphe consacré à l’utilité par les effets du pragmatisme à la suite de la réussite d’une hypothèse dont les effets permettent de déterminer la valeur. Ces considérations ne signifient nullement que la possession de la vérité soit irréductible à celle de l’utilité, acquisition qui libèrerait de toute contrainte. Sur ce chemin d’autant plus facile à suivre qu’il descend, se dresse la figure de Spinoza qui estime que la vérité est normativité d’elle-même et du faux, grâce à laquelle il est possible de distinguer un jugement faux d’un vrai.

Vérités à divulguer ou à cacher

Reste que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, ne serait-ce que celles qui ont trait à la subjectivité de l’être, en particulier lorsqu’il se trouve dans la situation d’une menace, d’une angoisse de mort ou de toute situation de vulnérabilité ou de dépendance où l’assistance de l’altérité est réclamée pour assurer des instants de survie. C’est en particulier la situation des soins palliatifs où la parole du soignant doit être filtrée en laissant passer les fréquences du réconfort, de l’empathie, de l’encouragement et de l’instillation de l’espérance.