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L’impossible conversion

mercredi 8 avril 2015, par Picospin

Sous le titre de Requiem pour un empire défunt, il y décrit l’Histoire de la destruction de l’Autriche-Hongrie. Cet empire se serait dissous dans la fin du conflit de la première guerre mondiale qui marquait aussi celle de l’année civile 1918. Cette allusion à une fin de vie figure en tout cas dans une note envoyée par le gouvernement français au président américain Wilson. Elle signait la désagrégation, le démembrement et la disparition d’un assemblage hétéroclite d’états qui avaient subi des défaites avec les conséquences habituelles qui marquent cette issue malheureuse de guerres successives ayant fini par gommer de la carte un empire qui jusqu’alors administrait avec plus ou moins de bonheur le centre de l’Europe, laissant un territoire amputé, des réparations à acquitter et la sensation insupportable de la défaite encaissée et avec elle, celle de l’humiliation .

Description d’un naufrage

Longtemps après sa parution, j’avais commencé à feuilleter ce livre parce qu’il décrivait les restes d’un pays où j’étais né, où j’avais passé les premières années de ma vie et dans lequel j’avais vécu avec ma famille avant d’en avoir été chassé par les occupants qui y étaient entrés sous la direction d’Adolf Hitler en mars de l’année 1938. J’y avais abandonné non seulement une partie de mon histoire d’enfant mais aussi ma langue maternelle, mes premiers souvenirs, mes moyens de communication avec mes semblables et les biens que possédaient mes parents dans un quartier excentré et touristique de Vienne, Grintzig, très fréquenté par les joyeux lurons qui voulaient s’y amuser sous l’emprise du vine blanc qui y coulait à flots, déliait les langues en modulant des chansons à boire avec un accent rendant leurs phrases incompréhensibles parce que prononcées avec un dialecte typiquement viennois. Je ne le comprenais pas malgré ma fréquentation de l’école communale située à proximité de cette banlieue dans laquelle je rencontrais mes camarades des premières classes primaires et qui eux, avaient appris à utiliser ce dialecte que mon père comprenait, parlait et chantait.

Des enfants cachés qui ne le resteront pas longtemps

J’ouvre au hasard – mais est-ce bien un hasard – le Kindle book qui m’offre la lecture de « Les enfants cachés en France » . Au moins, avec ce livre je reçois un appui qui me permet une identification avec une face de ma vie qui, elle aussi, est restée cachée, ou tout au moins se déroulait dans l’ombre d’une autre vie officielle, conforme à la version officielle, agréée par l’État français. Ce dernier m’avait entr’ouvert ses portes sous la dénomination encore en vigueur au moment où mes parents et moi avions franchi la frontière qui séparait l’Italie d’où nous venions par train et la France, encore vivante sous la 3è République. Par une sorte de prévision qui ne se produit qu’aux moments les plus dramatiques d’une vie, ma mère avait eu un pressentiment qui tenait lieu de programme de vie à mon intention, celui de m’inscrire dans une école religieuse catholique. Cette décision, prise pratiquement à la descente du train qui nous avait mené de Vienne déjà occupée par les Nazis à la suite de l’Anschluss, à Nice, ville toute proche de la frontière, devait infléchir une grande partie de ma jeune vie et la poursuivre dans une même direction jusqu’à l’adolescence et bientôt la vieillesse. Il paraît que c’est le hasard qui aurait bien ou mal fait les choses.

Un hasard heureux ou malheureux

Cette occurrence a été dictée par un précieux message venu de je ne sais où et selon lequel il existait dans cette école dite « libre » une institutrice qui parlait l’allemand. Cette information fut décisive pour le choix de l’établissement qui allait décider de toute mon éducation et de ses dépendances pendant mon séjour en France ce qui représente près de 95% de ma vie dans ce pays. Pendant longtemps, on me considéra comme un gentil garçon assez renfermé, peu épanoui, timide et peu bavard. On m’accueillait avec gentillesse, bonhomie en insistant sur mes qualités de discipline et certains aspects de mes capacités à assimiler la langue française dont je n’avais disposé, lors de mon arrivée en France d’aucun rudiment. En quelques mois, je m’appropriais cette nouvelle langue tout en abandonnant la mienne d’autrefois, langue maternelle allemande que j’employais de plus en plus rarement pour communiquer avec mes parents. Ils étaient restés figés dans leurs deux modes d’expression habituels, l’allemand et le polonais dont je ne comprenais que quelques bribes. Je n’y avais eu qu’un accès des plus restreints car mes parents se servaient de ce code secret pour moi avec une minutie qui m’empêchait d’en connaître suffisamment de mots pour rétablir la compréhension des phrases. De la sorte ils avaient transformé ce moyen de communication en un système de relation ésotérique dont, au fil du temps, j’avais réussi à extraire certains signes. Ils me permettaient de reconstituer a posteriori ses signifiants les plus communs.

Une maitrise

J’étais sur le point de maitriser 3 langues ce qui à cet âge constituait une performance honorable, encore que banalisée par la circulation des cultures à une époque de larges migrations mises en mouvement par les exactions qui frappaient de larges pans de populations visées par l’opprobre, la haine et la stigmatisation. A force de les subir, les plus faibles, les plus vulnérables et les plus fragiles, parce que jeunes et en pleine période de formation, courbent l’échine pour recevoir du haut de leur domination les messages fortement ritualisés en provenance de l’establishment religieux qui se trouvait être celui de l’Église catholique. Cette emprise n’a rien d’étonnant puisque la démarche de soumission pour les descendants des immigrés avait été accomplie par leurs familles qui avaient cherché à les faire échapper à l’emprise des dogmes tout en manifestant leur quête d’allégeance à la religion majoritaire. Celle-ci s’empressait de profiter de l’aubaine pour confisquer à son avantage une spiritualité disponible qui ne demandait qu’à se mettre au service du plus fort, sinon du courant dominant. Cette captation n’était pas anodine et pouvait avoir influencée des comportements, des prises de position allant jusqu’à l’acquisition de nouvelles convictions politiques, sociologiques et philosophiques. Nul étonnement qu’à partir de cet équilibre instable se soient installées des opinions variées, oscillant entre plusieurs appartenances le plus souvent fortement marquées et prêtes à bondir dans toutes les directions les plus extrêmes. Ces parcours chaotiques eurent tôt fait de motiver de la part des observateurs et des populations d’accueil d’amples mouvements d’adhésion ou au contraire d’hostilité qui avaient du mal à tenir compte de l’ambiance dans laquelle ils s’étaient installés. Celle-ci était rarement établie ce qui encourageait la recherche d’idéologies sur lesquelles les plus jeunes sautaient comme cabris sur près en fleurs.

Butiner ou sauts de moutons

Ces sauts de moutons n’avaient pas que des inconvénients. Ils permettaient de butiner d’une croyance à une autre, d’un rite à un autre et d’acquérir ainsi une culture polysémique qui élargissait leur spectre, fournissait les moyens d’écouter autrui et d’accepter sans sourciller les thèses les plus novatrices et les plus opposées au conservatisme le plus rigide. Je ne sais si le passage d’un judaïsme pâlot à un christianisme imposé par un environnement plus que persuasif s’est amalgamé dans mon esprit avec une harmonie propice à l’éclosion d’une vision complexe de la vie et des religions qui y circulent. Je pense plutôt que ce n’est guère le cas. J’avais fait connaissance avec le judaïsme dans ma première enfance lorsque mon grand-père m’avait emmené à la synagogue à l’âge approximatif de 5 ans. Cette parcimonie de la rencontre avec la Torah était due au fait que je n’étais venu à Vienne que trop rarement pour avoir eu l’occasion de rencontrer mes grands-parents dans leur vie quotidienne. Mon premier contact avec la religion dont j’étais issu a été plutôt catastrophique. Elle avait pris une couleur plus proche de la terreur que de la joie. Jusqu’à ce jour, je n’ai pas réussi à comprendre cette réaction négative d’autant plus qu’elle ne s’opposait pas nécessairement à celle qu’aurait pu me donner les ors et dorures flamboyantes de la majesté catholique. Je n’avais jamais eu l’occasion d’être englouti par elle, faute d’avoir visité la moindre église viennoise (comme la fameuse Église St Étienne) et, a fortiori, celle qui eut pu me donner une impression de grandeur, de hauteur inaccessible ou de dimension à la mesure du Dieu qu’elle ambitionnait de célébrer.

Majesté des Églises ou discrétion des synagogues ?

J’aurais pu à ce moment comparer ces proportions majestueuses à l’intention d’un Dieu unique en trois personnes à celles, nettement plus exigües, des synagogues, lieux de rencontres et de conversations plus que d’adoration envers un monothéisme pur et dur même s’Il a fait appel à un enfant trouvé dans un couffin sur le Nil pour conduire le peuple en esclavage vers la liberté, en pays de Canaan. Je ne sais si l’histoire de ce prophète peut se comparer à la mienne car, comme on ne verra, plusieurs points de ressemblance peuvent être dégagés de cette fantastique histoire. La première a lieu au décours de l’épisode de l’Anschluss. On sait que sous cette dénomination qui signifie rattachement, s’est déroulée l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie le 12 mars 1938 pendant que je résidais encore à Vienne, au bord d’un fleuve qui n’était pas le Nil mais plus prosaïquement le Danube. Ma famille et moi-même ne vivions pas en esclavage mais sous le joug commençant du 3è Reich allemand. Avais-je pour mission déjà à cette époque de conduire mes parents de la tyrannie vers la liberté ? C’est en tout cas un épisode du même type qui s’est déroulé au moment où, au terme de 3 mois de voyage à travers le sud de l’Europe, nous avons traversé à partir de l’Autriche, les états yougoslaves puis l’Italie pour franchir sa frontière avec la France à Vintimille puis à Nice, terme définitif et décisif à un exode initié à partir de l’esclavage naissant en Europe pour s’étendre à travers ce continent avant d’atteindre sa première étape, devenue plus tard sa destination définitive dans ce que nous considérions comme le pays de la liberté et des droits de l’homme.

Sécurisation

Voilà qui nous rassurait et devait nous mettre à l’abri de tout danger, celui-là même qui avait poussé mes parents et nombre de leurs amis à fuir devant les menaces qui pesaient sur notre peuple. Il avait commencé pour eux dès la fin du 19è siècle en Galicie, plus exactement dans une ville encore incertaine de son nom de baptême qui oscillait de Lvov à Lviv et à Lemberg. On sait que cette première étape s’était arrêtée à Vienne, ville la plus accessible à l’immigration en raison de la vie culturelle, artistique et intellectuelle qui y régnait en maitre et de la bonhomie engendrée par la gouvernance laxiste de l’Empereur François-Joseph. Cette situation était d’autant plus favorable aux Juifs émigrés fraichement sortis des conditions désastreuses d’une vie émaillée de pogroms en Pologne que le dit empereur régnait sur son immense empire avec paternalisme, familiarité sinon une tendresse qui se manifestait particulièrement envers la Galicie reprise aux Russes ce qui ne favorisait pas un traitement privilégié mais devait aboutir plus tard à une attitude bienveillante par François Joseph qui avait manifesté son intention de la maintenir dans un cadre particulier en promettant une large autonomie. Rassurés par ces promesses optimistes, mes parents et leurs compagnons d’infortune devaient s’installer confortablement dans une grande ville, devenue une capitale de l’Europe qui avait pris le leadership dans un tas de domaines y compris ceux de la médecine, de la musique, de la littérature si ce n’est aussi celui de la philosophie et des sciences humaines sous l’égide de génies comme Freud et d’autres scientifiques et écrivains comme Stefan Zweig, Reiner Maria Rilke, Hugo von Hofmannsthal, Theodor Herzl, inventeur du sionisme, des compositeurs comme Brahms, Beethoven, Richard Strauss. Mon grand-père possédait un appartement en plein centre de Vienne, non loin de celui habité par l’inventeur de la psychanalyse, Sigmund Freud, dont je devais rejoindre le mouvement thérapeutique et philosophique plusieurs années plus tard. Ce fut en l’an de grâce 1970 lorsque les effets de la Shoah avaient fait leur oeuvre destructrice sur mon attitude psychique face aux évènements de la vie quotidienne, qu’elle fut d’ordre affectif, relationnel ou professionnel que je me décidai à entrer dans les ordres de la psychanalyse. Cette décision qui m’avait depuis longtemps obsédée finit par entrainer mon adhésion à cette école de pensée et aux promesses qu’elle s’efforçait de tenir sur certains résultats d’ordre thérapeutique.

Effets de la psychanalyse

Une fois de plus, je fus trop naïf de croire que la mobilisation de l’inconscient et son exhumation des profondeurs de la psyché allait résoudre favorablement tous les problèmes qui s’accumulaient lentement au long de ma vie. Je pensais à Zorro et c’est un autre moi-même qui se construisait dans les larmes et la souffrance à partir des séances de 45 minutes qui m’avaient été proposées par un psychanalyste du carrefour de l’Odéon à Paris. Il avait bien voulu me consacrer les dernières années de sa vie, tant il paraissait fatigué, sinon exténué par ses longues années passées à écouter les malheurs et turpitudes des autres. C’est au point qu’il finissait par s’endormir souvent pendant les séances dans le fauteuil jouxtant le fameux divan indispensable à l’exercice de l’art psychanalytique. Lorsque je lui fis avec une certaine agressivité le reproche de cette attitude, il me rétorquait sans pudeur que c’était moi, mes propos, mon discours qui l’avaient endormi plus que son état de fatigue et d’ennui consécutif aux discours sans intérêt que je lui servais.

Anthropologie en Europe centrale

Ce que fut ma situation anthropologique à Vienne pendant les 7 premières années de ma vie peut être appréhendée plus facilement et plus complètement dans des ouvrages d’histoire que dans ma mémoire. On sait que cette dernière ne se développe complètement qu’à partir de la 3è à la 5è année de notre existence. Il est de mon devoir d’historien novice et débutant d’en rapporter les évènements à l’aide de ma propre bibliographie qui en révèle les détails avec plus de précision que je ne saurais le faire à l’aide de mes réminiscences personnelles ou de celles qui auraient pu m’être rapportées par mes proches. Plutôt que puiser dans mon inventaire sur des faits dont je ne comprenais guère le sens au moment où ils furent enregistrés par mon cerveau, je préfère plonger dans mes souvenirs d’enfant, quitte à ce qu’ils m’apportent des informations mêlées de fantasmes et des fruits de l’imaginaire infantile. Cette position leur enlève une une grande partie de leur authenticité mais en compense la valeur et la signification par une approche plus réelle des réminiscences et de la coloration mnémonique qui les accompagne. Je sais au moins quels amis mes parents fréquentaient à Vienne, au moins dans une partie de leur vie privée. Ce fut celle qui a trait aux fréquentations qu’ils entretenaient dans notre villa de Grintzig, cette banlieue bourgeoise dans laquelle mes parents avaient élu domicile par l’intermédiaire de mon grand-père paternel qui – je devais l’apprendre bien plus tard – avait pris la charge de l’acquérir.

Une déportation

De même avait-il fait à l’intention de mon oncle, frère ainé de mon père dont la vie devait s’achever bien trop tôt lorsqu’il fut déporté de Nice à Auschwitz à l’âge de 40 ans après dénonciation de voisinage et bataille engagée avec les sbires nazis qui étaient venus s’emparer de sa personne en même temps que de celle de son amie. Il avait acquis à son intention un snack à Varsovie où il se rendait de temps en temps pour surveiller ce qu’il s’y passait. Lui-même n’avait qu’un gout modéré pour le travail régulier qu’il préférait remplacer par d’infinies conversations dans les cafés viennois où il lisait la presse locale dont la lecture était facilitée par une rigidification du papier journal à l’aide d’une attelle rigide en bois qui facilitait le maintien correct des exemplaires de la presse. Cette coutume se retrouve dans la plupart des pays germanophones de l’Europe où les séjours dans les cafés se prolongent indéfiniment autour d’un excellent café crème, un Schlagoberst, - « Bitte, bringen Sie mir ein Schlagoberst, danke sehr » - fierté de ces établissements qui faisaient à peine payer ce service rendu pendant des heures à une clientèle fidèle, silencieuse et concentrée sur la lecture d’articles bien plus développés que ceux que l’on trouve habituellement dans la presse des pays de l’Europe occidentale.

Les champs de l’éthique

Où que l’on soit, que l’on ait posé ses pieds pour y asseoir son corps épuisé par la longue marche touristique, c’est le champ normatif de l’éthique et du politique qui tend à dominer la scène de la philosophie, tant dans son histoire académique que dans sa réception culturelle. Après ou à la suite de l’effondrement des idéologies sociopolitiques, à l’exemple des courants ou des enrôlements forcés, l’éthique est devenue un point de passage obligé quand elle ne tient pas lieu de slogan pour nos sociétés. L’interprétation de la philosophie kantienne est modifiée par une modernisation des éléments axiologiques les moins rationnels sous l’influence de la remise à l’honneur des moralistes anglais utilitaristes à côté d’un courant qui revalorise au contraire le désintéressement et le don de soi. Le déclin des idéologies incite à un renouvellement de la pensée démocratique associée à l’économie capitaliste qui agit sur les conditions sociales de la vie et suscite des crises dans les institutions politiques, en particulier celles qui sont dérivées du libéralisme tel que réactualisé, à partir de la pensée de Tocqueville par des auteurs comme Manent ou Gauchet ou d’un côté, des adeptes encore accrochés au post-marxisme et de l’autre un libéralisme politique qui promeut la protection des libertés et des droits de l’homme. Les expériences négatives des idéologies totalitaires qui ont submergé les continents ont engendré des contre-courants à la recherche d’expériences nouvelles centrées sur la participation citoyenne aux décisions publiques à un moment où les élites politiques issues de communautés multiculturelles refaisaient surface pour relancer la modernité de la question religieuse dont on craint que son exaspération ne conduise à des véritables conflits d’autant plus sanglants que leur retenue a été longtemps sublimée.

Épilogue

Izieux ou le devoir de mémoire

Le Président de la République vient de se rendre dans un lieu dont il est difficile de dire s’il est sacré ou s’il a été sacralisé par les évènements qui s’y sont déroulés. Ce fut en l’an qui n’était pas de grâce de 1944 lorsque 44 enfants âgés de 5 à 17 ans et leurs 7 moniteurs furent emmenés par des soldats allemands, sur ordre de Klaus Barbie et sous la direction protectrice de leur institutrice âgée de 21 ans qui n’assiste pas à la rafle en ce début de vacances de Pâques. Ce jour-là son monde s’effondre d’autant plus qu’elle n’avait pas eu conscience du danger que couraient les enfants de la colonie. Modest, discrète, elle se réfugie dans le silence d’un chagrin jusqu’à la date du procès de Barbie 43 ans plus tard. Ce n’est que bien après cet événement qu’elle pourra porter le deuil de ses enfants morts à Auschwitz où ils avaient tous été déportés pour y mourir ensemble dans un génocide que d’aucuns ont appelé « accident de l’histoire ». Ce fut le 6 avril 1944 au petit matin que la Gestapo (Geheime Staats Polizei) ou Police d’État secrète s’arrête devant la maison d’Izieux et y rafle 44 enfants et leurs 7 accompagnateurs. Tous ces enfants juifs, réfugiés depuis mai 1943 dans ce village de l’Ain sont envoyés à la mort programmée par Klaus. Du groupe primitif, l’un parvient à s’échapper qui a réussi à passer d’Izieux en Suisse dès juillet 1943 et qui a survécu à l’Holocauste et toujours en vie, réside dans la région parisienne. L’autre, né en Autriche en 1935 a été assassiné à Auschwitz, suivant ainsi le destin que l’idéologie nazie lui a imposé ainsi qu’à 6 millions de ses coreligionnaires. Ces deux parcours, un de vie, l’autre de mort résume les desseins d’une providence qui marque de ses choix hasardeux des lignes intentionnelles opposées selon des facteurs encore largement inconnus, mystérieux pour la plupart où la chance, le hasard, la négligence, l’inorganisation jouent une partition qui se termine pour les uns en alléluia, pour les autres en un requiem qui invite à un devoir de mémoire d’autant plus impérieux que la plupart des témoins de ces épisodes disparaissent et que cette disparition donne libre cour aux fantasmes et à l’imaginaire de ceux qui nient la réalité des faits dans une unité appelée négationnisme toujours vivace malgré les preuves évidentes de la véracité de ces faits. Il s’oppose radicalement aux trois réalités à considérer séparément que sont le fait, l’événement et la vérité. Ils sont liés entre eux par un besoin qui s’énonce sous une forme séquentielle logique à partir des impératifs de la raison qui ne sont pas inspirés par la recherche de la vérité mais par celle du sens alors que ces deux derniers termes ne sont pas équivalents.