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Quelles visions ?

L’inné et l’acquis sous le regard d’un médecin député

Quelle liberté ?

mardi 26 avril 2011, par Picospin

Le test payant reste accessible aux Français pour une somme d’une dizaine d’euros. Les sociétés proposant ce type de services sont pour la plupart basées aux Etats-Unis. Si en France la commercialisation des tests génétiques est interdite – on s’en doutait - l’accessibilité simplifiée à ce type de test fait que chacun peut en effectuer un sans aucun problème.

Est-ce dangereux ?

Cette procédure constituerait un business dangereux pour certains médecins et généticiens qui souhaitent que ce "commerce de l’angoisse" soit réglementé, comme c’est souvent le cas en France chaque fois qu’il s’agit de confier la responsabilité de la conduite de sa propre vie à l’individu. On n’oblige personne à prendre cette initiative. Ceux et celles qui désirent en savoir un peu plus sur leur propre existence ont toujours la liberté de requérir une telle analyse et de prendre connaissance de ses résultats s’ils le souhaitent. Toute liberté est ainsi accordée à l’être humain responsable de la conduite de sa vie et des modalités qu’il souhaite choisir pour la mener à son terme en fonction de ses habitudes de vie, des responsabilités qu’il a contractées envers les membres de sa famille et des risques qu’il souhaite prendre au cous de cette aventure, fantastique pour les uns, dangereuse pour les autres, expérience passionnante ou douloureuse. De plus, l’efficacité même des tests est parfois remise en question.

Une efficacité contestée

Le député UMP et médecin spécialiste des questions de bioéthique, Jean Leonetti, explique : "Même si ces tests reposent sur des éléments scientifiques, toute maladie est multifactorielle et ils sont donc trompeurs. Et on sait bien que le mode de vie est plus important que le facteur génétique". Voulez-vous savoir de quelle maladie vous allez souffrir ? En quelques clics, pour 150 euros environ, des sociétés interdites en France mais qui sévissent de l’étranger, promettent de nous révéler de quelles pathologies tout un chacun risque de mourir, ou au mieux de souffrir. Prédictions fiables ou business juteux sur Internet ? Invité de RTL Midi, Jean Léonetti (médecin et député, spécialiste de la bioéthique) a estimé qu’il s’agissait d’une "escroquerie scientifique" et d’une "transgression éthique". Elle a une valeur financière plus que scientifique. On renvoie les données prélevées sur le malade ou l’individu apparemment sain par paquet pour étudier l’existence ou non d’un diabète et en déterminer sa forme. Comme les médecins sont prudents, ils envoient la réponse par la poste, pour informer le « client » de l’existence d’un facteur génétique susceptible de favoriser l’apparition d’une maladie.

Réponses d’un député "éthiciste"

A cette question qui hante les esprits, a été invité à répondre le député Jean Léonetti spécialiste en éthique médicale qui traite des probabilités découvertes par les tests de prédire quelle sera la maladie dont nous allons mourir. D’après lui, la méthode proposée tient plus de la science fiction que de la réalité. Les tests pratiqués révèlent les tendances exprimées par le corps concernant la contingence, les chances et risques d’être atteints statistiquement d’être vulnérables à la constitution d’une pathologie ou d’être atteints par une maladie telle que l’infarctus du myocarde. Or ce danger dépend plus de l’environnement, de son comportement à risque et ne prend pas assez en compte le mode de vie, par rapport à la détermination plus ou moins forte de la génétique qui ne constitue qu’un facteur parmi d’autres et n’est pas toujours déterminant dans la constitution de l’atteinte d’un organe. Il n‘y a pas de boule de cristal dans notre vie pour nous dire ce qui va se passer dans notre corps.

Boule de cristal

La mettre en avant, c’est nier le fait que nous sommes responsables et libres même si nous pouvons parfois être sujets, plus que d’autres à des formes génétiques de cancer, comme on peut en voir apparaître dans telle ou telle famille à faire un cancer du sein qui peut évoluer en une cinquantaine d’années, laps de temps qui doit permettre raisonnablement de prévoir que d’ici là, la fréquence du risque peut évoluer transformant le pronostic péjoratif en une donnée favorable avec à l’horizon le bonheur d’observer sa transformation en une affection bénigne. « Si un malade vient vous voir, avec des tests statistiquement vrais mais génétiquement faux et qu’il vous demande conseil, pour savoir s’il doit se soumettre à ces tests, que lui répondriez-vous ? » - Je lui conseillerais de ne pas les faire faire pour adopter plutôt une bonne hygiène de vie. Je tacherais de le rassurer, car sa destinée lui appartient et il peut bénéficier d’une longévité forte et d’un avenir prolongé et riant. Ce type de business doit être supprimé, car c’est une escroquerie qui débouche sur l’énorme danger de voir la compagnie d’assurances signifier au malade qu’elle lui en accordera une, en fonction des résultats de laboratoire. On a le droit d’être idiot, mais notre rôle consiste à conseiller une bonne prévention assortie d’une pédagogie intelligente, compréhensible et pratique.

Prédictions sans précautions ?

Disposer d’un test de prédiction peut paraître fabuleux à certains, mais c’est de la science fiction que de se porter garant de la destinée humaine puisque ces tests servent à signifier au requérant qu’il a tant et tant de chances de promettre une longue vie, une bonne santé, de faibles risques de maladie et de détailler les maladies coupables de se poser en circonstances de la mort. La destinée humaine est plus contingente lorsqu’elle prédit ou prévoit que vous avez tant et tant de chances de risques être atteint de telle ou telle maladie. Dans la prévision globale de sa propre destinée, de sa mortalité et de son échéance, la part génétique, l’inné ne joue qu’un rôle modeste par rapport à l’acquis, les comportements à risques comme par exemple la surcharge pondérale, la soumission à une diététique rationnelle pour éviter la survenue d’une hypertension. « Le tube à essai ne peut servir de boule de cristal. » Nous sommes responsables et libres de notre avenir. On peut parler de familles à prédisposition, si l’enfant qui nait aujourd’hui risque d’être atteint d’un cancer dans 40 ans. On pourra peut-être bientôt le guérir par des médicaments issus du génie génétique. Il faut persuader les gens qu’ils ne doivent pas croire au pied de la lettre ce qui est prédit.

Voyants et prophètes

Un tel discours de la part des voyants et prophètes est une arnaque, qui doit être interdite en France, car elle constitue un danger moral et éthique ; en particulier celui d’observer que l’assurance, selon les résultats de la prise de sang accordera ou non une assurance sociale. Se consacrer à l’étude de la science de l’hérédité, ou génétique, c’est aborder les notions d’inné et d’acquis. Le comportement inné appartient aux stimuli internes avec tout ce qui a trait aux hormones, comme la faim et l’appétit et le comportement acquis s’appuie sur des stimulations externes tel que tout ce qui provient de l’environnement direct (congénères) ou indirect (l’organisation de la nature). L’inné dépend du patrimoine héréditaire de l’espèce et de tous les comportements inscrits dans les gènes, nommés "instinct". L’acquis est le résultat de l’expérience, de l’apprentissage englobant les comportements intelligents, la faculté de raisonnement et les réflexes conditionnés. Les expériences pratiquées sur l’animal ont démontré l’un ou l’autre de ces aspects.

Des oiseaux

Le cas des oiseaux tisserins à capuchon en est un bon exemple. Élevés dans une famille de canaris dans des nids préfabriqués, puis replacés au bout de trois ou quatre générations dans leur milieu naturel, ils retrouvent "d’instinct" la manière de construire leurs nids en forme de bourse sans jamais l’avoir fait ou vu faire auparavant. Cependant, la rapidité et la qualité de l’exécution resteront inférieures à celles des Tisserins ayant grandi dans leur environnement naturel sous le regard de l’exemple des parents. A force d’expériences, la première colonie parviendra à améliorer la qualité de son ouvrage. Au-delà de cet exemple significatif de l’intime relation entre inné et acquis dans l’évolution d’une espèce, ces conclusions demeurent incomplètes en regard de la nature intégrale d’une créature vivante, qu’elle soit animale ou humaine. Le caractère inné d’un être vivant correspond à sa capacité intrinsèque à créer quelque chose dans un environnement auquel il sait instantanément s’adapter (pour l’oiseau, le choix "instinctif" des matériaux appartient à son environnement et non à ses propres gènes).

Inné et acquis

L’inné incorpore une "partie extérieure" qu’il possède déjà en lui par le fait qu’il "sait" ce dont il a besoin, par exemple pour construire un nid. Cette faculté d’adaptation instantanée est rendue possible par « l’Énergie de vie » qui anime tous les êtres vivants et tout ce qui existe. L’acquis apporte sa part de perfectibilité propre à toute forme vivante, en mouvement. Il permet l’évolution par l’expérience, l’apprentissage, pour adopter l’attitude "la plus juste". L’acquis est une expression de l’inné dans sa capacité à évoluer, à se responsabiliser et à exercer son libre arbitre. Indissociables, ils constituent tous deux la dynamique de notre nature profonde par un dialogue qui permet une émulation créatrice.

Questionnement éthique :

1. Quels sont les motifs qui peuvent entrainer un député même médecin cardiologue à conseiller une attitude précise face à un problème toujours aussi débattu que celui de l’influence de la génétique et de l’acquis sur les circonstances de la vie, l’atteinte par la maladie et la finitude de la mort ?

2. Qu’est-ce qui autorise un membre du parlement à discuter puis prendre position de façon aussi définitive sur l’inné et l’acquis ne serait-ce qu’au point de vue de l’éthique au nom de laquelle il se présente ?

3. Quelle est la légitimité de ce parlementaire médecin pour s’ériger en donneur de leçons sur des sujets aussi complexes et scientifiques que la part de l’inné et de l’acquis dans la destinée de l’homme ?

4. Est-ce que le fait de traiter de problèmes d’éthique médicale, de bioéthique, de la révision de ses lois autorise une personne même partiellement spécialisée dans ce domaine à se mêler d’un thème aussi controversé que la génétique, l’immunologie, les systèmes de défense de l’organisme, ou la transmission des pathologies ?

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