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La foudre est-elle tombée ?

L’instant d’une chute

Ou les cages de Faraday sont-elles étanches ?

lundi 1er juin 2009, par Picospin

Subitement, le temps se dérègle, des perturbations surviennent dont on pense qu’elle son météorologique et qu’elles ne sont que des épiphénomènes dans un défilé des instants dont on ne souhaite connaître ni les accidents, ni les interruptions, ni les irrégularités.

Existence du temps

A la question : "est-ce que le temps existe vraiment ? ", les réponses sont énigmatiques, s’éparpillent en renvois, se déguisent en synonymes, se dispersent en paradoxes au point que Etienne Klein, physicien et docteur en Philosophie au CEA, enseignant à l’Ecole Centrale de Paris, affirme que penser le temps c’est comme labourer la mer. (Le temps existe-t-il ? Editions le Pommier, Paris 2002). Le temps occupe une place immense et unique en littérature, philosophie, en sciences et en philosophie, sinon dans les chansons populaires qui rappellent que la vie est brève, les amours éphémères, la mort certaine pour le cas où, distraits par trop de bonheur, nous l’aurions oublié. En tout cas, le mot temps ne dit rien de ce qu’est le temps, constat déjà noté par Saint Augustin et qui produit toujours une sorte d’hébétude. Car le temps qui n’est pas un objet au sens usuel du terme est mis en échec devant l’exigence d’avoir à en parler. Même si de multiples propositions de le définir ont été offertes par Platon qui parle d’éternité immobile, par Aristote qui le nombre du mouvement selon l’avant et l’après ou ce qui se passe quand rien ne se passe. Ces définitions ne sont-elles que des métaphores, des boucles de langage dans lesquelles on peut s’embourber à l’infini. Ce à quoi Ludwig Wittgenstein n’hésite pas à se demander où va le temps quand il devient passé et où est le passé ? Ce dernier serait le seul à conserver éternellement son statut de passé qui, selon Aristote, n’existerait plus, alors qu’il se sédimente dans le présent et s’y cristallise en déterminismes et y stocke des fatalités de toutes sortes.

Atomes

Comme le feraient les atomes qui constituent mon corps et qui viennent aussi du passé, formés qu’ils furent dans des étoiles il y a des milliards d’années et se retrouvent aujourd’hui en moi. Comme ils se recomposeront dans la structure, osons dire, la substance qui portera notre descendance. Et la question de se poser pour savoir si les existences passées ont laissé des traces dans nos mémoires, si elles ont ou non produit des effets encore sensibles dans le présent ni d’examiner les manières que peut avoir le passé de survivre dans le présent. Alors, à un moment de ce défilé solennel du temps, une nouvelle atterrit avec la brusquerie de la foudre, de celle qui est accusée d’avoir touché en un instant l’œuvre de milliers d’heures effectuées par plusieurs dans les ateliers de EADS pour livrer, frais et pimpants les aéronefs du présent et du futur. Dans ces caisses flottantes et volantes qui se glissent dans l’azur, même s’il montre une autre structure stellaire que celle du Nord, des vies sont enfermées, dont ne pourront s’échapper que des râles, des soupirs, avant de se taire pour l’éternité et d’être englouties dans les flots.

Agitation autour des carcasses

Après, c’est au tour des détectives de s’agiter autour des carcasses rouillées où nagent déjà tous les requins du monde cherchant désespérément leurs proies, les ingénieurs qui supputent les risques et les chances, les probabilités, calculs flottants élaborés pour éviter le retour des catastrophes. C’est alors que l’empathie, la sympathie, la solidarité affective se met en route pour participer aux cellules de crise, consoler et réconforter. On appelle ces moments heureusement assez rares des singularités. Elles sont malheureusement suffisantes pour en un instant t toujours inconnu briser des vies, des générations, des continuités avant de réamorcer la chaine du vivant. Sur les cercueils abstraits, des fleurs seront jetées par dessus bord pour transformer le présent en passé, en mémoire puis en commémoration. C’est cela aussi l’homme, hier enfermé dans des sous-marins clos et étanches, aujourd’hui râlant du dernier soupir dans les cales des navires. Au-dessus, comment les horloges sont-elles ralenties pour mesurer l’élasticité du temps ? A nos successeurs de le découvrir.