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Les conseils d’un vieux stratège militaire chinois

L’invasion de la Libye selon SUN TSU

A suivre...

mercredi 31 août 2011, par Picospin

A-t-il été vexé par la visite inopinée que le dictateur libyen avait rendu à la France il y a quelques mois et qui avait provoqué les protestations indignées de Yama Rade bouleversée par l’attitude orgueilleuse et peu diplomatique du visiteur du désert venu avec ses chameaux et ses girls comme s’il s’était agi d’une revue de femmes nues du Lido ? François d’Orcival revient dans sa chronique sur les conditions de préparation de cette opération délicate.

Nicolas Sarkozy n’avait qu’un objectif : la chute de Kadhafi. Voulait-il voir le rat du désert se soumettre à l’autorité du Président de la France pour échanger avec lui des produits dont il disposait à foison et par lesquels il était en posture d’humilier un ex pays colonialiste même si ce dernier n’avait guère eu d’impact sur l’état libyen ce qui avait été plutôt le cas de son voisin italien, empêtré dans les courses nocturnes du bounga-bounga sous la direction du premier Ministre Silvio Berlusconi ? En tout cas, tout se passait comme s’il s’était agi d’une vengeance après avec les manières grossières que le visiteur mal élevé avait utilisées pour rendre visite à son grand frère ainé du pacte de la Méditerranée auquel il avait promis monts et merveilles en ce qui concerne les commandes de matériel de guerre dont notre Président ne pouvait se débarrasser faute de clientèle suffisamment attirée par les silhouettes modernes des chasseurs « Rafales » considérée unanimement trop couteuse pour les budgets des divers pays candidats à un réarmement devenu de plus en plus urgent à mesure que le matériel vieillissait. C’est dans ces circonstances, que notre cycliste de Président tenait sa revanche sur un dictateur en fin de parcours qui venait d’être lâché par son peuple au profit d’une coalition tribale qui mit moins de temps à abattre le dictateur que n’en mirent les chars à Tobrouk et Bir-Hakeim pour traverser le désert libyen contre les chars de l’Afrikakorps de Rommel dont a voulu faire un condottiere face à Montgomery, autre roublé des monticules du Sahara. Mission accomplie. Victoire de l’endurance sur le scepticisme politique et l’impatience médiatique. Au début ce devait être si simple : on bombarde Kadhafi, son armée se débande, il abandonne. Puis c’était devenu quasiment impossible : on n’avait jamais vu un avion gagner une guerre, surtout civile, sans intervention au sol (interdite aux coalisés par la résolution de l’Onu) ; on allait manquer de munitions ; on serait à bout de souffle au départ du porte-avions Charles-de-Gaulle ; les insurgés, milices improvisées, ne tiendraient pas devant des unités régulières ; et le conseil national de transition (organe dirigeant de l’insurrection) allait se déchirer entre tribus, etc. Certes, il a fallu vingt-deux semaines pour aboutir – deux fois plus de temps que pour Milosevic en 1999, mais avec trois fois moins de moyens aériens (233 aéronefs en Libye contre 912 dans les Balkans), et cela s’est fait avec un soutien américain a minima.
C’était une opération Sarkozy – que les Français ont appelée Harmattan, un vent chaud soufflant du Sahara. Il la méditait depuis la mi-février avec le Britannique Cameron (motif officiel : empêcher Kadhafi de faire un bain de sang, un « Srebrenica », à Benghazi et provoquer un exode massif de réfugiés à travers la Méditerranée). Il a eu besoin d’un mois pour boucler son dispositif diplomatique (Alain Juppé), désarmer l’hostilité russe, chinoise, allemande, faire voter une résolution au conseil de sécurité, rallier trois pays arabes et une dizaine d’Européens avant de lancer ses avions pour arrêter Kadhafi et soutenir les insurgés. S’il n’avait pas réintégré le commandement de l’Otan, il n’aurait pu le faire.
Ensuite, il fallait soutenir l’organisation politique de l’insurrection, envoyer, avec les Anglais, de très discrets agents spéciaux pour entraîner les rebelles, leur parachuter des armes aux moments décisifs, tandis que les aviateurs testaient leurs avions et leurs munitions les plus évolués dans une logistique étendue à toute la Méditerranée occidentale. L’usure systématique de l’armature du régime libyen a conduit à son isolement physique, à la désertion progressive de ses chefs. Le soir du 20 août, Sarkozy savait qu’il « tenait » enfin Kadhafi. Les Français, les Britanniques l’avaient épuisé à travers la rébellion. Avec ou sans Obama. Avis aux émules du colonel libyen.
Le texte de cette chronique est paru dans Le Figaro Magazine du samedi 27 août 2011. Elle est reprise ici par son auteur, avec l’aimable autorisation de l’hebdomadaire. Les propos de François d’Orcival n’engagent que lui-même, et non pas l’académie à laquelle il appartient ni l’Institut de France.
Quand on veut gagner une bataille comme celle de la Libye, vaut mieux se rappeler les conseils de SUN TSU, fameux théoricien chinois de la guerre qui tentait depuis longtemps de mettre au point un fondement rationnel pour la planification et la conduite des opérations militaires consistant à rédiger un traité méthodique à l’usage des meneurs d’hommes et des généraux lancés dans la poursuite intelligente d’une guerre victorieuse. Le stratège habile doit être capable de soumettre l’armée ennemie sans engagement militaire, de prendre les villes sans les assiéger et de renverser un état sans ensanglanter les épées. Pour lui, le facteur moral et intellectuel et les circonstances de la guerre sont plus importants que l’élément matériel ou la seule puissance militaire. Une planification minutieuse fondée sur une information exacte sur l’ennemi contribue à une solution militaire rapide. Il ne se faisait pas d’illusions sur le sort des guerres quand il écrit que « jamais guerre prolongée ne profita à aucun pays ». Si cette assertion est exacte pour l’ancienne URSS, elle l’est moins pour les États-Unis et l’Allemagne au cours de la deuxième guerre mondiale.