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Comment étaient les personnages de Rubens ?

L’obésité et la cachexie au risque du conformisme et du mimétisme

Et ceux des bons bourgeois flamands ?

jeudi 8 avril 2010, par Picospin

A quoi tient ce paradoxe ? Au fait simple qu’ils n’ont pas d’autre exutoire, d’autre moyen de se faire plaisir que d’avaler de la nourriture, quelle qu’en soit sa qualité.

Des calories à profusion

Lorsqu’elle est mauvaise ou médiocre, elle contient une grande proportion de calories, à l’origine d’une obésité non contrôlée et qui ne peut que s’accentuer avec le mode de vie imposé par la société aux pauvres qui n’ont pas les moyens financiers nécessaires à se nourrir de produits hautement caloriques comme le sont les aliments contenant beaucoup de graisses animales et de sucres. Autrefois, les gros assumaient parfaitement leur surpoids, leur aspect, leurs rondeurs et les excroissances de certaines parties de leur corps. Au contraire, ces stigmates étaient ceux de la richesse, de l’aisance, des propriétaires. Même les maladies devenaient signe de bienfaits reçus du ciel comme l’était la goutte avec laquelle les plus aisés se vautraient dans leur lit, le gros orteil emmitouflé dans un pansement doux et calin qui attirait l’attention des visiteurs sur lui avec l’émotion des sympathisants qui sont passés par là, qui en ont déjà souffert mais qui sont rassurés par la position sociale conférée par ce signe d’opulence, de bonne chair, de luxe et de cherté de la vie. La protection leur était assurée par un habillement approprié qui contraignit les formes opulentes, cachait les raideurs des mouvements et assurait en toute occasion une tenue physique rigide, équivalent d’un caractère bien trempé aussi raide psychologiquement que l’était l’attitude.

Embonpoint

Trop souvent dans le passé, l’embonpoint était lié à la bonne santé. Les gros mangeurs gardaient la réputation d’une excellente santé puisqu’ils étaient des consommateurs sans relâche aussi avides de nourriture que d’incorporation de la vie. L’enfant qui mange bien fait plaisir à sa maman ce qui est la manifestation la plus pure de l’amour, de la joie, du plaisir de vivre et du plaisir que l’on fait aux autres si l’on déguste avec passion les plats depuis si longtemps mijotés par des tantes généreuses, des grands-mères dévouées et un public satisfait d’observer le plaisir de manger des enfants promis à une bonne santé, une longue vie et une exceptionnelle robustesse. Le modèle de l’enfant qui mange tend à perdre de sa valeur comme le font les actions au moment des crises financières. Comme le singe, l’homme fonctionne selon le modèle du mimétisme qui alimente les regards sur l’autre et en particulier sur ses contemporains. On parcourt les journaux féminins, les magazines où l’on contemple et envie les formes parfaites qui se déploient devant les lecteurs qui sont davantage des voyeurs que des lecteurs et les spectateurs de télévision ou de cinéma qui ne cessent de montrer des silhouettes élancées, des index de masse graisseuse minimes et un squelette aussi visible que celui de certains rescapés de la déportation ou de camps de rétention ou de détention.

Qui sont les coupables ?

Le ou les coupables de l’obésité sont rapidement repérés dans un monde où l’accusation est plus facile que le raisonnement ou la défense. Naturellement, le grand coupable est la malbouffe servie dans des officines du malheur qui ont la malchance d’être dirigées par des chefs incapables et des réseaux de distribution qui veulent leur argent plutôt que le bonheur sec de l’humanité. Des Ghandi oui, des Pickwick non. La malbouffe, c’est MacDo et rien d’autre sauf les assimilés, concurrents, malheureux qui remplissent les postérieurs des pantalons, font dandiner les cuisses épaisses et répandre sur le sable des plages des poitrines gigantesques promises aux soins des chirurgiens esthétiques, nichés et cachés dans quelque clinique du Maghreb où les dames de la société européenne font des escapades pour rectifier leur tenue de sorte à la copier intégralement sur les modèles des beautés italiennes ou des mannequins défilant en croisant leurs longues jambes devant des spectateurs éberlués et admiratifs. Est-ce que le conformisme est loin du mimétisme ? Question difficile car la reproduction d’un geste est à la base de la mémorisation d’une technique. C’est en voyant l’autre faire que l’on se représente l’utilité ou l’intérêt de la chose faite, en même temps que l’on découvre l’apparence que prend ce geste. Ensuite, c’est en reproduisant le geste que l’on découvre sa difficulté, et que l’on se forge un souvenir de l’enchaînement d’actions élémentaires au niveau musculaire et conscientes nécessaire à son accomplissement. Le mimétisme est une relation ternaire, qui le distingue de l’unité (prototype : mère / enfant à naître), et de la relation binaire (prototype : bébé / mère=nourriture).

Recherche d’identité ?

Il s’agit d’une recherche d’identité par absorption de la substance du modèle, de ses relations avec le reste du monde : le sujet imite son modèle par rapport aux tiers, objets ou personnes. Certains objets, comportements, lieux ou moments sont dangereux, sinon tabous : y toucher, en réalité ou symboliquement, c’est déchaîner la violence. A ce stade, apparaissent les structures fondamentales de toute société, avec à la fois, pour chaque comportement ou objet, une interdiction générale et un impératif particulier. Les conséquences peuvent être diverses, certaines mettant fin à la civilisation, les autres la complexifiant et la faisant avancer : explosion sociale, à l’issue d’un rite raté qui dégénère en carnage ou en fuite générale, implosion sociale, suite à une multiplication des rituels et des sacrifices, en nombre et en importance, au-delà du supportable par la civilisation, sophistication rituelle, enfouissant toujours plus profondément l’imitation et les interdits, et repoussant toujours plus loin l’acte dangereux, tout en tirant parti des structures qui résultent du processus : substitution homme-animal dans le sacrifice, domestication de l’animal du sacrifice, royauté de la victime prévue, pouvoir d’évocation et valeur éducative, acceptation de la part de responsabilité de chacun par rapport à la violence. Ce qui s’exprime dans les collectifs, ce sont des énergies propres à la dynamique de la masse, des grands groupes. Certaines émotions, certains fantasmes, sont typiques des grands corps sociaux que constituent les peuples comme les émotions provoquées par une star, les attaques d’un "ennemi".

11 septembre

C’est qu’il y a des émotions collectives, provoquées par des événements, et portées par des courants d’imitation comme les attentats du 11 septembre 2001. Ces émotions se communiquent aux individus et aux groupes à travers les canaux des médias de masse. Ensemble dans une même expérience, les individus intègrent des courants de force collective qui sont des vagues d’imitation de la sensation collective. L’émotion se diffuse par imitation sensationnelle, comme une épidémie de peste affective à travers les canaux médiatiques. De cette perspective, les peuples eux-mêmes sont coordonnés par des mécanismes qui imitent un stress collectif et propagent une même sensation à travers tout un peuple. Les mécanismes de diffusion produisent des hallucinations collectives, des perceptions partagées entre plusieurs partenaires de l’expérience que sont les délires affectifs qui font qu’un peuple se sent exister en tant que peuple uni. L’unité du peuple tient essentiellement au fait que dans certaines circonstances, il est capable d’agir comme un unique paranoïaque. Dans les sociétés de communication, le pouvoir tend à produire des modèles qui régulent le comportement et l’apparence des populations et des individus.

Groupe social et ressemblances

De là cette définition du groupe social comme une collection d’êtres en tant qu’ils sont en train de s’imiter entre eux ou que, sans s’imiter, ils se ressemblent par des traits communs qui sont des copies anciennes d’un même modèle. Les phénomènes de groupe ou de foule peuvent conduire à des travers comportementaux excessifs ou des aveuglements dangereux, allant du conformisme à l’hystérie collective. Le mimétisme peut résulter de manipulations mentales comme la propagande, ou le gouroutisme. Les investisseurs éprouvent un effet de groupe inconscient, comme la croyance en une information cachée, mais connue par ceux qui ont fait le cours qui contient l’information. Chaque agent anticipe la propension des autres investisseurs au mimétisme et donc au maintien de la tendance Si une stratégie d’investissement se révèle mauvaise, elle sera plus facilement justifiable si on a fait "comme tout le monde".

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