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Aller au tableau noir ou afficher sur l’écran ?

L’ordinateur pour remplacer les eaux de la matrice qui écrivent le monde

Nouvelles technologies au service ou au détriment de l’éducation ?

mercredi 18 mars 2009, par Picospin

Les éditeurs ont contribué par tous leurs moyens à jouer le jeu de la modernité, de l’expérimentation et du renouveau en fournissant des manuels numériques et numérisés.

Réussir

Pour avoir une chance de réussite, cette initiative nécessitait l’adhésion de l’équipe pédagogique d’autant plus que les conditions géographiques, sociologiques et environnementales ne se prêtaient pas facilement à une expérimentation pédagogique novatrice. La grande majorité des professeurs qui avaient fait acte de candidature pour être affectés dans l’établissement sortaient à peine de l’école ou n’avaient derrière eux que quelques années d’expérience. Ils ignoraient que l’établissement offrirait un terrain en friche pour établir un projet expérimental capable de s’articuler sans heurts avec l’état le plus avancé de la technologie, c’est à dire le tout numérique. La jeunesse de l’équipe a contribué à la réussite du projet. Une professeur d’anglais de 26 ans se souvient de ses débuts en déclarant qu’elle a eu une très courte formation au maniement des tableaux numériques interactifs. La collaboration entre élèves et enseignants s’est forgée sur la base du volontariat et sur le désir d’apprendre et des perfectionner des enseignants volontaires qui, par la force des circonstances sont devenus des étudiants. C’est dans ces conditions que, partant d’un niveau de connaissances assez bas, les futurs enseignants, encore à la marge des enseignés, ont vite appris, apprivoisant au fil des semaines les multiples fonctions qu’offre le tableau numérique interactif comportant des vidéos et des enregistrements en anglais sur Internet. Les situations sont plus authentiques que dans les manuels scolaires traditionnels. Du coup, les élèves sont plus motivés et ont davantage envie de parler alors que la parole est le souvent confisquée par les enseignants, sans doute terrorisés à l’idée de devoir se mesurer aux connaissances souvent impressionnantes des élèves. Prévu pour 600 élèves l’établissement en accueille 375. Il est équipé de 17 tableaux numériques interactifs, qui seront portés à 25 à la prochaine rentrée. Chaque professeur a reçu un ordinateur portable. Le collège dispose pour les élèves d’une salle informatique "XXL" avec 30 ordinateurs en libre accès.

Du matériel

Par ailleurs, un jeu de 30 portables supplémentaire est disponible pour les professeurs qui auraient besoin ponctuellement d’équiper leur classe. Le collège s’est également doté d’un environnement numérique de travail qui permet à tous, élèves, professeurs, mais aussi administration, de se connecter à partir d’un ordinateur à une sorte de bureau virtuel grâce à un mot de passe. Les élèves peuvent ainsi communiquer avec la classe, leurs enseignants accéder à leur emploi du temps et à des ressources numériques comme les encyclopédies, les dictionnaires, ou les manuels. Le câblage de l’établissement a coûté environ 200. 000 euros, l’équipement en ordinateurs et en tableaux numériques, 300 000, soit un surcoût de 250. 000 € par rapport à un collège neuf classique. Le tableau numérique interactif, écran blanc tactile relié à un ordinateur par un câble ou sans fil affiche par un vidéoprojecteur l’écran de l’ordinateur sur celui-ci. Le tableau proprement dit est une sorte de grande tablette graphique avec un logiciel permettant d’effectuer toute une série d’actions grâce à un stylet électronique. En cliquant sur des icônes, l’utilisateur accède à des outils tels que stylo, gomme, compas. Il peut agir sur une carte géographique affichée à l’écran en y ajoutant des informations, ou sur une figure géométrique. Cette nouvelle technologie bouleverse la façon d’enseigner. Les cours comportent le son, des vidéos, ce qui rend les faits plus concrets pour les élèves. Par exemple, lors des cours sur la seconde guerre mondiale, l’enseignante a projeté à ses élèves des films d’archives de l’Institut national de l’audiovisuel sur le débarquement, le bombardement de Londres et fait entendre des messages codés de la Résistance. Le système présente l’avantage d’enregistrer les cours, ce qui permet de les envoyer à un élève absent ou de les reprendre le lendemain, à l’endroit exact où on l’avait laissé la veille. Dans mon précédent collège, l’an dernier, explique un élève qui vient d’expérimenter cette méthode d’enseignement, presque personne ne voulait aller au tableau alors que maintenant tout le monde veut participer à cet essai. La question essentielle dont les autorités, l’Éducation Nationale et les expérimentateurs attendent des enseignements est celle de savoir si les élèves ont pour autant de meilleurs résultats ?

Quel bilan ?

S’il est trop tôt pour le dire définitivement, le bilan provisoire parait jusqu’à maintenant positif, car ce nouveau dispositif suscite une forte adhésion à la fois des élèves et des enseignants. Cette donnée initiale favorable ne signifie nullement que tout baigne dans le meilleurs des mondes en raison de l’extrême fragilité des élèves en difficulté face à ces nouveaux outils originaux qui font peur avant d’être maitrisés. Loin de faciliter l’apprentissage, le handicap d’une domination insuffisante de ces nouvelles technologies liée à celle d’une connaissance lacunaire de la langue s’ajoute aux difficultés scolaires déjà patentes et risque de creuser encore l’écart avec les bons élèves.

Questionnaire :

1. Est-ce que l’invention de l’ordinateur a permis de sortir la parole de la cacophonie initiale et l’écriture de la matière brute de l’encre qui est encore dans l’encrier avant de former les lettres ?

2. Est-ce que les rayons diffus du soleil des idées éclairent mieux la page du livre ouvert quand il est imprimé par l’ordinateur que quand il est recopié à la main par un messager d’un dieu ?

3. Est-ce que les générations toujours renouvelées d’ordinateurs de plus en plus plats, de plus en plus légers miment la création qui serait continue, ininterrompue et inachevée, animée par le souffle, l’âme de la parole qui amène la création du néant à l’existence ou la transformation permanente des étants pour qu’ils atteignent leur figure, leur représentation d’un moment, jamais définitive, toujours en mutation ?

4. Faut-il nommer les choses pour qu’elles parviennent à l’existence ?

5. Est-ce que l’ordinateur est du moindre secours pour parvenir à cet objectif ?