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Visionnaire ou enquêteur ?

L’univers selon Malick

Une théogonie ?

lundi 23 mai 2011, par Picospin

Pendant 15 jours je n’ai vu à Cannes que des chairs exhibées, des phrases imprononçables, des répétitions de locutions actuellement à la mode dans la langue française comme « en fait », qui n’ajoutent rien au débat que le remplissage des silences qui terrifient, du muet que l’on cherche à sortir du puits faute d’un ersatz oral qui avait autrefois emporté le cinéma des Chaplin, Méliès ou Murnau.

Des juges sévères

Les examinateurs du festival de Cannes se parent du rôle de juges alors qu’ils n’en ont que les approches culturelles, les bases trémulantes apportées par journaux de caniveaux et rumeurs lointaines et déformées. On n’aurait plus le droit d’imaginer le monde, de rêver aux découvertes le concernant, de profiter des merveilles qu’il présente sans s’enfoncer dans les poncifs de l’éternelle querelle entre création et évolution ? Il s’agit d’abattre les peintres, les rêveurs, les observateurs de notre cosmos et de ce qui s’y déroule. Cette démarche est infiniment plus viable que celle de la construction de soi, des autres puisqu’elle les élimine d’emblée au profit de ceux qui sortent des enseignements, vierges de savoir, de réflexion, de pensée et justement d’une analyse critique qui faciliterait l’approche d’un film comme celui qui vient d’être soumis dès sa sortie en salles à la virulence des prétendus juges de festivals sélectionnés parmi l’inculture, les borborygmes et vagissements.

Fluctuations

Il semble en particulier que les auteurs de lignes fluctuantes et déséquilibrées n’aient eu qu’une faible approche de l’imaginaire qui, depuis la naissance de l’homme l’a incité à créer un univers avec les instruments et outils mis à sa disposition par les chercheurs du cosmos, les voyageurs de l’infini, les mathématiciens et géomètres ayant ouvert la voie à une nouvelle vision de notre habitat. Aussi au destin qui nous y attend, que l’on peut subir ou sculpter à notre guise. Fallait-il empêcher Hésiode d’évoquer l’émergence du règne de Zeus, l’évocation du Chaos, l’ état d’indistinction universel, suivi par Gaïa, les Ténèbres et Éros, le Désir, principe du commencement et de l’origine. De ces divinités premières naissent la Nuit, le Jour et les divinités allégoriques comme le Sommeil et la Mort. Parallèlement, des batailles entre dieux voient Zeus prendre le pouvoir sur les Immortels, et chasser les forces anciennes créatrices de désordre, Titans et Géants. Zeus concilie la force entre ses mains, le tonnerre et la foudre flamboyante et l’intelligence depuis qu’il a avalé Métis, déesse de l’intelligence rusée.

Théogonie d’Hésiode

Son règne s’appuie sur la justice, comme le symbolise ses noces avec Thémis, déesse de la Justice et de la Loi, avec qui il engendre l’Ordre (Eunomia), la Justice (Dikè) et la Paix (Eirenè). Homère et Hésiode sont tous deux les sources littéraires ayant exercé la plus forte influence sur la mythologie grecque. Leurs poèmes utilisent le même vers et la même langue. À la fin du poème, Zeus prend ainsi bien garde de ménager les anciennes puissances comme Hécate ou Styx. On a pu y reconnaître l’influence des mythologies du Proche-Orient, en particulier les mythes hittites (légendes de Kumarbi et d’Ullikumi), babyloniens ou akkadiens (poème Enuma Elish). Les théogonies d’Homère et Hésiode comportent cependant de nombreuses différences. Chez Homère, Zeus est l’aîné des fils de Cronos, comme Poséidon le souligne à plusieurs reprises. C’est son aînesse qui assure son pouvoir et sa domination sur les autres Immortels. Entre création et évolution, Terrence Malick, comme beaucoup d’autres, a le droit d’hésiter avant de juger. En a-t-il vraiment envie auprès des Dinausores montrant leurs premiers pas d’empathie vers des congénères ou des étrangers ?

Apparition de Freud

Que veut-il faire de la psychanalyse au moment où le meurtre du père résonne pour prendre une forme occasionnelle, proche du passage à l’acte et où les premiers assauts de la sexualité naissent au détour d’un tiroir contenant les dessous féminins de sa mère ? N’a-t-il pas le droit de s’interroger comme Einstein ou Stephen Hawking sur l’existence ou le fantasme d’un Grand Architecte dans l’Univers après les questions fondamentales posées à l’homme sorti de l’Univers sur le pourquoi plus que le comment des choses ? Il appartenait à l’homme surgi de nulle part de résoudre les problèmes que lui seul était en droit de se poser à travers les multiples énigmes d’un univers de plus en plus mystérieux à mesure que les vaisseaux habités et vides le parcouraient à la recherche du Graal sinon de Brian si humoristiquement décrit par les Monthy Python il y a bientôt plus de vingt ans.

Encore des particules

Le fait que nous, être humains en tant qu’assemblages de particules fondamentales de la nature ayons pu aboutir à une compréhension des lois qui gouvernent notre univers constitue déjà un fantastique triomphe. Que cette logique ait débouché sur une théorie unique capable de décrire et prédire un vaste Univers tient pour certains du miracle. Aurons-nous à en déduire un jour que la quête commencée depuis 3000 ans aboutisse à la découverte du « grand dessein » si décrié par les tenants des croyances acharnées en des spiritualités superflues pour les uns, inutiles pour d’autres...

Questionnement éthique :

1. A-t-on le droit de contester une vision religieuse de l’existence humaine pour la remplacer par un athéisme raisonnable mais risqué pour les tenants de la foi en un monothéisme sacré ?

2. Est-ce que l’utilitarisme peut revendiquer une place de choix dans la construction d’un monde proposée sans l’intervention d’un architecte ou d’un quelconque Dieu issu du monothéisme ?

3. Est-ce qu’on a raison de prétendre que l’éthique kantienne et l’éthique des vertus est également d’inspiration moniste ?

4. Dans quelle catégorie peut-on placer la contractualisme de John Rawls qui prétend vouloir nous placer à un emplacement inconnu de nous dans la société pour faire fonctionner le paravent du voile d’ignorance, substitut de la procédure formelle dialogique où dominent les échanges d’arguments visant des partenaires prêts à obtenir l’accord ?