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Morale ou capitalisme

LA CRISE FINANCIERE ET LA VERTU

Sauver la planète ?

mercredi 8 octobre 2008, par Picospin

Si je suis partisan de mettre la Morale entre parenthèse afin de sauver un système dont la chute affecterait gravement plus les pauvres que les riches, je pense indispensable de relever dans le déroulement de la crise toutes les dérives qui ont donné la priorité au profit au lieu et place de l’équité. Nous tenterons de le faire en repérant les dérèglements d’abord au niveau des causes, ensuite au niveau de son évolution pour terminer au niveau des remèdes proposés.

Les causes

Au niveau des causes, la financiarisation généralisée de l’économie à la recherche d’un profit maximum à court terme a totalement déconnecté l’économie de l’économie réelle. Alors que les transactions sur produits dérives représentaient en 1980 moins de 1000 milliards $, celles-ci se sont élevées 25 ans plus tard, selon le FMI, à $ 1 million quatre cent six milliards pour $ 44800 milliards à l’économie réelle (marché des biens et des services ). Ce n’est plus la production qui génère la richesse mais l’argent qui se reproduit artificiellement sans limite. Dans ce contexte, la crise immobilière américaine, née de la distribution massive de crédits hypothécaires à des créanciers insolvables à des taux souvent usuraires et qui plus est variables ( subprimes mortgage), est très vite apparue aux titulaire de ces créances douteuses comme un fardeau insupportable. Les ventes forcées des logements de plus de 2 millions d’Américains abusés par des promesses inconsidérées, ont très vite été oubliées par le système tout entier, accaparé par les conséquences dramatiques sur le système financier. Au niveau de la généralisation de la crise, les prêteurs américains imprudents ont très vite trouvé une solution financière. Ces créances ont d’abord été sorties du bilan afin de respecter les règles prudentielles bancaires puis remises à des réhausseurs de crédit qui ont réalisé une « titrisation » permettant avec le concours tacite des agences de notation de mettre sur le marché, des titres à la rentabilité alléchante minimisant les risques ; Il s’agit en fait ni plus ni moins d’un maquillage du risque. L’ensemble des banques occidentales à la recherche d’un profit maximum à court terme se sont précipitées sur ces produits dont le caractère risqué est apparu dès que le marché immobilier américain s’est effondré.

Une tromperie ?

La tromperie généralisée des vendeurs, ajoutée à l’avidité aveugle des acheteurs à la recherche unique d’un profit à court terme a totalement envahi le marché. L’ensemble du système étant infecté, la défiance réciproque des banques entre elles a généralisé la crise du crédit interbancaire bloquant totalement le système en dépit des injections massives de liquidités par les banques centrales. Les banques doivent en effet faire face a deux défis majeurs, un manque de liquidités et un manque de fonds propres. Seules, quelques banques plus prudentes et peut-être plus vertueuses ont évité de tomber dans ce travers. Les autres appellent au sauvetage d’un système qu’elles ont contribué à promouvoir. Devant un tel désastre, disons en préalable et afin d’éviter toute méprise que seule la recherche de l’efficacité doit être maintenant la règle. Le seul objectif doit être de sauver le système sous peine de troubles très graves, dont les victimes seraient surtout les pauvres. La morale en l’occurrence impose de trouver une solution quelles que soient les entorses à la vertu et provisoirement l’impunité des coupables. Le plan Paulson, difficilement accepté aux USA est typique de cette situation. L’Etat fédéral en rachetant les produits financiers à risques qui plombent les bilans des banques s’attaque aux racines du mal. Il favorise cependant les banques imprudentes et avides de profits à court terme aux dépens des établissements plus vertueux et c’est ce qui a justifié les réserves des députés américains. Ce plan pose un autre problème, celui du taux auquel le trésor américain propose de racheter les actifs.

Pauvres contribuables

Soit il achète ces actifs très bon marché et en protégeant les contribuables il affaiblit le système bancaire ; soit il les achète très cher et en privilégiant les banques, il spolie les contribuables totalement étrangers à ces excès. Au niveau européen, si l’on doit déplorer l’échec du G4 à trouver une solution unique et la position rigide d’Angela Merkel, on peut néanmoins comprendre la position allemande. Depuis les efforts considérables faits pour réussir la réunification, l’Allemagne n’a cessé de multiplier les efforts de rigueur dans la gestion des finances publiques dont l’augmentation de 2 points de TVA. Fortement affectés par cette mesure, les contribuables allemands sont très réticents pour payer pour des pays moins vertueux d’autant que la République fédérale est déjà le premier contributeur du budget de l’UE. En conclusion,
s’il est indispensable de sauver à tout prix le système, en dépit des entorses à la morale, il faut mettre en place des mécanismes de régulation efficaces afin d’éviter de tels excès. Cette crise devrait ramener à la modestie tous les ultra-libéraux qui, dans le sillage de l’Ecole de Chicago et de Milton Friedmann, prêchaient l’autorégulation du système. Les théories de Keynes retrouvent une actualité qu’elles n’auraient jamais du perdre. Il reste a trouver une instance susceptible de coordonner toutes ces régulations et il semble à cet égard que le FMI et la banque des règlements internationaux puissent utilement conduire cette démarche indispensable si l’on veut réintroduire un peu de raison dans la conduite financière du Monde. Et si l’argent était comme l’alcool « à consommer avec modération ».

Louis Renard
08/10/2009
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