Ethique Info

Accueil > Education > Education > La Chine, le Tibet et le Bouddha

Une situation conflictuelle ?

La Chine, le Tibet et le Bouddha

Quel air respirer au sommet de l’Asie ?

vendredi 5 décembre 2008, par Picospin

Cette fonction tournante, il peut envisager de la prolonger à la faveur d’une extension de son mandat soit pour terminer sa difficile mission pendant la crise économique actuelle soit pour consolider la structure du pacte autour d’une Méditerranée qu’il ne connait sans doute pas parfaitement mais dont la réalisation du projet lui tient à coeur.

Alexandre ou César ?

Se voit-il en Alexandre, en César, en Toutankamon, il n’a que l’embarras du choix pour choisir le personnagequi pourrait devenir le candidat privilégié de son modèle.? Peut-être les diploates s ont-ils saisi l’importance que M. Sarkozy attache à la réussite de son plan et par derrière cette ambition, ils ont saisi en même temps la fragilité qu’elle risquait de déterminer chez un relatif jeune politicien arrivé très ou trop vite au sommet du pouvoir et prêt à payer le prix de cette ascension fulgurante. Dès lors, confronté au dilemme imposé par l’empire du milieu à la face du monde, il ne lui reste que le choix entre se rendre à la volonté de cette puissance économique qui tient entre ses mains de nouveau géant les fils d’une économie française chancelante ou résister à une pression de plus en plus forte et qui se veut de plus en plus convaincante pour que le dieu spirituel des hautes altitudes soit abandonné à son sort, de plus en plus isolé entre ciel et terre où il ne lui reste que l’asphyxie de la stratosphère due à une concentration en O² de plus en plus raréfiée. La finesse diplomatique chinoise a perçu rapidement la menace qui pesait sur son développement économique devant la concurrence d’une Europe unie d’où son désir de la déconstruire aussi vite et aussi efficacement qu’elle s’était construite au lendemain de la 2è guerre mondiale et après la chute du mur de Berlin. Profitant de la direction française toute provisoire d’une Europe affectée par la crise comme tous les autres groupement politiques dans le monde, les Chinois cherchent où enfoncer le coin pour faire éclater une Europe qui les gêne, parce qu’elle leur imposera des quotas et les obligera à réévaluer le yuan. Et il se trouve qu’ils ont trouvé où le coin allait rentrer. Gordon Brown et Angela Merkel peuvent recevoir le dalaï-lama et ne pas se rendre à la cérémonie d’ouverture des JO. Le gouvernement polonais peut se permettre d’inviter officiellement le dieu de la stratosphère. Il s’agit de taper sur le maillon faible.

Une bonne occasion

La Chine tape toujours sur le même, profitant de sa chance qu’en ce moment, Sarkozy se trouve en haut du dispositif – la présidence de l’UE. C’est une occasion merveilleuse ! Nous sommes persuadés qu’il faut être gentils avec les Chinois pour qu’ils soient à leur tour gentils en échange. Parmi les pays ayant joué un grand rôle au niveau mondial, le nôtre est celui qui s’est montré le plus faible vis-à-vis de la Chine. Nous sommes ainsi considérés comme un pays femelle, faible et qui change tout le temps d’avis. Or la Chine ne respecte que la force. La Chine attend maintenant de voir si Sarkozy ira bien voir le dalaï-lama en Pologne. Elle teste la solidité de l’Europe, pas de la France : si elle impose des mesures de rétorsion bilatérales contre la France et que les Européens laissent faire, elle aura tout gagné. Mais si la France se retranche derrière l’Europe et que l’UE reste solidaire, ça se passera très bien. Si l’Europe faiblit, la Chine pourra piétiner tous les pays européens l’un après l’autre, sauf la Grande-Bretagne, qui ne se laissera jamais faire. L’Etat et le Parti communiste chinois mettent de plus en plus en avant le fait que la Chine est un Etat de droit, où les institutions et leur fonctionnement seraient régis par des textes, sans qu’aucune transformation des institutions n’ait pourtant vue le jour. Un effort important de diffusion de l’information en ce sens est dirigé vers l’étranger, notamment par l’édition et la mise en ligne de traductions de qualité. Les grands contrats signés entre la France et la Chine – nucléaire, transport, communication – sont beaucoup plus liés aux bonnes relations politiques avec Pékin que les contrats allemands. En 2007, l’Allemagne représentait 4,5 % des importations chinoises contre seulement 1,4 % pour la France. Les entreprises chinoises ont besoin des machines allemandes pour s’équiper et produire. Les relations entre Paris et Pékin avaient déjà connu un coup de froid après les émeutes au Tibet.

La flamme

Ensuite, les images de la championne paraolympique chinoise molestée sur les Champs-Élysées pendant le parcours de la flamme ont été amplement diffusées par les médias chinois puis repris sur des sites Internet. Le distributeur français Carrefour, très présent en Chine, a été la cible d’une campagne de boycottage de plusieurs semaines, dont les observateurs estiment qu’elle a été orchestrée en haut lieu. La Chine a lancé un programme d’investissements pour soutenir son activité et équiper le pays. Ces grands projets peuvent intéresser les entreprises françaises qui ont intérêt à nouer et conserver de bonnes relations entre les politiques des deux pays. « Par le passé, on a déjà eu des épisodes de crispation qui ont conduit à des annulations de grands contrats. Cela a été le cas au moment du contrat des frégates à Taïwan et de la perte du contrat du métro de Canton. Mais comment y contribuer avec un fusil braqué sur vous ? » Le dalaï-lama s’est déclaré déçu de l’absence de dialogue avec le gouvernement chinois, où la ligne dure l’emporte tandis que « la nation tibétaine est en train de mourir ». Devant la presse, il a cherché à dépolitiser la portée de sa rencontre prévue samedi 6 décembre avec le président Sarkozy à Gdansk, où Lech Walesa réunit plusieurs prix Nobel de la paix. « Défendre le Tibet, ce n’est pas être pro-tibétain mais être pro-justice », résume le chef spirituel. Avant de lancer une charge cette fois politique : « La Chine mérite de devenir une superpuissance. Elle a la puissance humaine, militaire, économique. Mais il lui manque l’autorité morale. » Ce report est publiquement motivé par la rencontre prévue à Gdansk en Pologne entre Nicolas Sarkozy en tant que président du Conseil européen et le dalaï-lama. Le sujet est médiatisé car la Chine a joué la division européenne en invitant à Pékin les ambassadeurs européens afin de tenter d’isoler la France sur le sujet du Tibet.

Droits de l’homme

La sous-commission européenne aux droits de l’homme n’a, elle, jamais pu se rendre en Chine pour parler de l’application de la peine de mort car les invitations indispensables pour obtenir un visa ne sont jamais arrivées. C’était une façon claire de sanctionner l’attribution du prix Sakharov au dissident Hu Jia. On peut se demander si l’actuel Président de l’Union Européenne n’est pas entré directement dans le piège tendu par le géant chinois. S’il renonce à rencontrer le Maitre religieux et spirituel du Tibet, il perd manifestement la face devant le monde européen et américain, sinon asiatique qui guette ses moindres réactions et attend peut-être qu’il glisse sur la peau de banane placée subrepticement sous ses pieds. Il perd sur les deux tableaux puisqu’il aura démontré que la solidarité européenne n’est qu’un tigre de papier et que ce renoncement laisse béantes les portes d’entrée de toute agression économique, diplomatique ou culturelle laissant sans défense crédible non seulement la France en particulier mais aussi possiblement ses alliés européens groupés au sein de l’UE. S’il décide en dépit de ses arguments de rencontrer en toute liberté le chef spirituel d’un mouvement religieux ou philosophique qui attire de plus en plus de curieux sinon d’adeptes, il aura fait preuve d’indépendance, démontré son courage et valorisé sa dignité et son autorité face à des puissances plus grandes que la sienne mais auxquelles il aura su montrer sa résistance et son autonomie. Quel est ce Bouddha qui inspire et dont notre chef spirituel haut placé mais aussi haut perché s’inspire après avoir été habité par le premier ? Ayant vécu vers 560 av. JC, dans le nord-est de l’Inde, il représente plus qu’un être autonome, une incarnation dans un individu, un « Illuminé », un archétype qui se manifeste dans le monde à différentes périodes chez différentes personnalités. Il n’est pas venu par hasard mais est passé par de nombreuses naissances avant d’éprouver le monde en qualité d’animal, d’être humain ou de dieu. Est-ce pour autant qu’il serait une divinité, une sacralité, une innocence ou une folie ? C’est à ce niveau que se situe le débat entre l’hostilité entre cette essence vague et le groupe réel, compact et concret des dirigeants chinois qui se frayent un passage vers l’industrialisation, l’étendue emplie de leur empire et l’ambiguïté d’un régime qui continue de confondre marxisme et capitalisme d’état.

Sources :

Conze E. Le bouddhisme. Petite Bibliothèque Payot, Paris 2002