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La Française des Jeux : une sinécure ?

mardi 26 janvier 2010, par Picospin

Chacun y est allé de sa complainte, en fonction de la profession, de l’âge, des revenus.

Hôte généreux et instruit, l’invité célèbre que tout le monde attendait, ne s’est pas dérobé à sa tâche qui était de convaincre ses interlocuteurs des lourdes responsabilités qui pesaient sur ses épaules et des efforts quotidiens qu’il déployait pour réduire les inégalités, intervenir dans les situations dérangeantes et aider les plus injustement démunis. Dans cet audit autour de ka table, cet inventaire qui s’essayait à établir le bilan économique et financier du pays, chacun parlait de ses problèmes spécifiques qu’on tentait de résoudre, qui étaient en voie de résolution ou dont l’injustice était amplement dénoncée. On en vint à parler des sommes gagnées par les plus grands de ce monde et en particulier par certains privilégiés qui avaient le mérite de diriger une ou deux sociétés en même temps même si l’une était publique et l’autre privée. On se mit à discuter de la rationalité de certaines rémunérations limitées par le temps ou modérées par la fiscalité. On dénonça les gains injustifiés et mirifiques de sportifs de renom, d’artistes réputés qui travaillaient uniquement pour eux-mêmes mais ne contribuaient nullement à activer les affaires, à engranger les bénéfices ou a créer des entreprises rentables. Dans ce tableau, a-t-on oublié volontairement ou inconsciemment de citer les jeux, les casinos qui jouaient un rôle de plus en plus important dans une société qui croit moins au travail et au mérite qu’au hasard, à la chance et à la nécessité de s’épargner le travail et les efforts. Qu’il soit permis ici de citer à titre d’exemple la Française des Jeux la bien nommée qui accumule les gains, les augmente d’année en année à mesure que la tendance générale favorise davantage la croyance en sa propre étoile de la chance qu’en son destin de bâtisseur, de créateur, de travailleur même si on fait abstraction dans cette citation de son auteure célèbre, autrefois dirigeante d’un parti d’extrême gauche qui était aimée pour sa franchise, sa caricature et une naïveté plus feinte que réelle. Reste que les queues se forment devant et dans les bureaux de tabac en fin de semaine et que les gens croient pouvoir compenser la pauvreté de leurs revenus par la richesse de leurs gains aux jeux. C’est à ce titre que la fameuse société française dont l’exploitation est confiée à l’état qui y prélève de copieuses rentrées, affiche une santé rayonnante sur le malheur et l’infortune de la population, par le même mécanisme que celui que l’on peut voir à l’infini dans les salles de jeux d’Atlantic City ou de Las Vegas. Ici plus modestement, on se contente d’un tirage du Loto au début de sa création, suivi d’un 2è tirage depuis mars 1984 puis d’un troisième tirage par semaine. Est-ce à dire que ce succès témoigne de la confiance de la population en son étoile et à l’espoir insensé de pouvoir gagner sa vie par le seul recours aux jeux de hasard ? Quel peut-être l’avenir d’une société de plus en plus convaincue par l’inutilité du travail, de l’effort, de la construction de soi et par le fallacieux espoir que la répétition de titiller le hasard pourra équivaloir sinon dépasser les émoluments honnêtes apportés par le mérite du travail bien fait, des tâches parfaitement exécutées et de la satisfaction du devoir accompli et toujours perfectionné. N’est-il pas paradoxal d’observer le double langage tenu à la population sur la récompense de gagner plus en travaillant plus et la facilité avec laquelle on peut s’enrichir en espaçant les séquences de travail consciencieux par la transgression morale vers l’aventure aléatoire, l’impondérable, le fortuit et l’incompréhensible confiance en une « baraka » qui doit un jour ou l’autre apporter fortune, bonheur, confort et assurance d’un vie bonne et meilleure.