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Une invasion de la mélancolie

La France est triste

Pays, réveille-toi ou sois indigné

vendredi 24 juin 2011, par Picospin

Cet écho contraste sérieusement avec les cris de joie, d’espoir et d’enthousiasme poussés par les politiques dont une des facettes du métier est d’encourager une population souvent déprimée par les difficultés de la vie, le manque d’avenir pour leurs enfants, l’angoisse de ne pas trouver de débouchés à la sortie des examens de fin d’étude et plus généralement la morosité ambiante.

La tristesse de cités

J’avais déjà avec d’autres remarqué la tristesse qui s’est emparée de nos cités y compris Paris qui continue de faire la joie des touristes qui seraient toujours les plus nombreux à se rendre dans la capitale française pour y retrouver les parfums d’antan, naviguer sur une Seine bordée d’histoire, d’épopées et de gloire à mesure que défilent devant les appareils compact les bâtiments, monuments consacrés aux souvenirs des faits d’armes, révolutions, découvertes scientifiques, institutions rappelant les grands moments de l’histoire de France. On fait plus cas de cette dernière dans les programmes d’apprentissage scolaire que des évènements survenus pendant ce temps dans des pays voisins qui progressivement ont recouvré leur joie de vivre, leur enthousiasme, leur élan vital. Pendant ce temps, lit-on dans la presse et ailleurs, la France se meurt de son trop plein de vieux pour lesquels des programmes de réjouissances, de redynamisation, de gaieté sont composés et planifiés pour éviter que cette masse inerte ne s’endorme avant la nuit, ne revête ses pantoufles avant le souper et ne se balance au son de la valse lente dans leurs fauteuils en attendant l’arrivée de l’avant-dernière heure toujours écartée de la perspective de vie au profit de l’oubli de la finitude et de l’inclination envers le divertissement, seul remède envisagé pour retarder la 25è heure.

Où s’amuse-t-on ?

Il paraît qu’ailleurs, on s’amuse, on rit, on se plait en compagnie, on égrène idées et souvenirs et on envisage le futur. C’est vrai si l’on se promène dans les rues de Barcelone ou de Londres saturées de promeneurs, de vie, d’agitation et de mouvement au point que se frayer un passage dans la foule tient de l’exploit tellement elle est dense, compacte, diverse, colorée, ambitieuse de son expression, de son originalité, fière de ses libertés exprimées, de sa vitalité. La France ne devient pas un pays de vieux. Elle tourne en roue libre sans donner les coups de pédale qui la hisseraient au sommet des paysages alpins, du folklore basque, des danses sur les plateaux pyrénéens. Ces sont ces impressions que confirme le site d’AgoraVox où l’on peut lire les phrases suivantes : « On sait qu’une certaine presse anglosaxonne aime qualifier la capitale française " Boring Paris " en raison des diverses mesures qui ont été prises contre le bruit, la fête par les autorités municipales, qui ont conduit à la fermeture de nombreux bars. Non seulement les rues se désertifient depuis ces vingt dernières années, mais en plus, l’insécurité s’accroit du fait que les rares badauds qui sortent deviennent la proie des bandes ! Les perspectives en terme de carrière, d’emplois, sont souvent bien meilleures à l’étranger qu’elles ne peuvent l’être en France.

Un pays vieillissant

A se demander si au fond, la France ne devient pas un pays de vieux, un pays exclusivement pour retraités qui ne sortiraient pas, n’auraient pas à chercher de travail ni à faire quoi que ce soit d’autre par ailleurs ! » Ce sont ces mêmes jeunes qui viennent d’être perturbés par les circonstances du passage des épreuves du Bac dont les épisodes ont donné lieu à des scènes et des réactions tragicomiques toujours sous l’éternel prétexte de l’égalité des chances. Au lieu de les préserver, on les perturbe par un excès de soin, de précaution et de rigueur. L’organisation des épreuves de cet examen coute chaque année des sommes considérables à l’État dont il ferait bien de s’occuper à les investir dans l’éducation des enfants au lieu de les gaspiller dans une bureaucratie, même informatisée qui ne rapporte aucun enrichissement des connaissances, de la culture ou de la pensée sinon jeter le trouble dans les esprits et acculer des personnels ministériels à vouloir prendre à tout prix des mesures utiles pour satisfaire les requêtes de parents d’élèves désabusés par le spectacle d’incohérences à répétition dans une perspective générale qui tend à l’abandon de l’épreuve unique aux dépens d’un contrôle continu des connaissances. Ce dernier se répand dans les établissements de pays voisins.

Des choix

Il faudra à un moment ou à un autre choisir entre l’éducation des jeunes, le développement de leur esprit critique et de leur intelligence et le gavage du cerveau. On sait maintenant que sa plasticité permet de le bourrer de connaissances jusqu’à créer une bosse dont la réalité n’est pas qu’un mot. Il est temps d’évaluer les résultats d’une organisation et d’une philosophie de l’éducation auxquelles personne ne veut toucher par crainte de se bruler les doigts au feu de méthodes surannées, de préceptes obsolètes et de tabous venus du fond des âges. Les temps changent, leur rythme d’écoulement s’aligne maintenant sur les vitesses de calcul des ordinateurs, de la circulation des avions et des trains plus qu’à celles des charrues labourant une terre écologique que certains souhaiteraient ralentir pour synchroniser les vies des hommes et des bêtes avec celles des saisons et du cosmos.

Écoulements

On dit aussi que le temps s’écoule, dans une métaphore fluviale dont les berges seraient inconnues et dont le rapport serait fait par des baigneurs faisant trempette dans une sorte de fleuve dont Héraclite disait qu’on ne peut y entrer plus d’une fois. D’autres veulent le tuer faute de pouvoir l’accélérer ou le ralentir. N’est-ce pas la suprême injure à lui faire pendant qu’il y a tant et tant de choses à faire pour émanciper l’enfant puis l’homme, les libérer des contraintes imposées par cultures et civilisations dans un mimétisme qu’aurait adoré le mime Marceau.

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