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Musique

La Passion selon Saint Matthieu à la Philharmonie de Paris

De magnifiques concerts dans un accueil impossible et dangereux

dimanche 27 mars 2016, par Picospin

C’est une partition monumentale en deux parties, dont l’exécution dure près de 2 heures 45 et qui compte parmi les grandes œuvres de la musique baroque, composée par son plus grand et plus illustre maitre, Jean-Sébastien Bach. La Passion, d’inspiration protestante luthérienne, est écrite pour des voix solistes, un double chœur (chœur divisé en deux groupes indépendants) et deux orchestres. Elle allie deux éléments : le texte de l’Évangile et les commentaires.

Origines

Le luthéranisme (ou luthérianisme) est la théologie fondée à partir des écrits et de la pensée de Martin Luther. C’est ensuite devenu le regroupement des communautés protestantes luthériennes se rattachant à cette doctrine. L’évangile est la « Bonne nouvelle » proclamée, la « Parole de Dieu », l’annonce du salut de la famille humaine par la vie et de l’enseignement de Jésus-Christ. Dans son second sens ‘un évangile’ est un récit d’un genre littéraire propre qui traite de cette même ‘Bonne nouvelle’, avant d’être mis par écrit, par les évangélistes, pour les générations futures.

Évangiles

Ce sont les quatre évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean. L’Évangile est, dans le christianisme, l’annonce du plan divin pour le salut de l’humanité rendu possible, d’après les théologies chrétiennes, par la vie, le sacrifice expiatoire et la résurrection de Jésus-Christ. L’Évangile selon Matthieu est le premier des quatre évangiles canoniques que contient le Nouveau Testament. Ce livre est traditionnellement attribué à Matthieu, collecteur d’impôt devenu apôtre de Jésus-Christ. Il s’adresse aux juifs et aux rabbins de la synagogue, pour leur démontrer à l’aide des Écritures, l’Ancien Testament, que Jésus-Christ est réellement le Fils de Dieu et l’Emmanuel, Dieu avec nous depuis le début, le fils de David, l’héritier de tous les rois d’Israël et le Messie qu’ils espéraient. Le nom de fils de David, qui lui est associé, et qui revient en dix occurrences, démontre que Jésus est le nouveau Salomon puisque, en effet, Jésus s’exprime comme la Sagesse incarnée. En vertu du titre de Fils de l’homme, qui parcourt l’évangile, et qui provient tout droit du prophète Daniel et du Livre d’Hénoch, Jésus se voit doté de toute autorité divine sur le Royaume de Dieu, aux cieux comme sur la terre.

L’auteur

Matthieu grec, écrivant pour une communauté de chrétiens venue du judaïsme, et discutant sans doute avec les rabbins, s’attache avant tout à montrer dans la personne et dans l’œuvre de Jésus l’accomplissement des Écritures. Il confirme par des textes scripturaires sa race davidique, sa naissance à Bethléem, son séjour en Égypte, son établissement à Capharnaüm, son entrée messianique à Jérusalem. Il le fait pour son œuvre de guérisons miraculeuses et pour son enseignement. Tout aussi bien il souligne que l’échec apparent de la mission de Jésus était annoncé par les Écritures, et que les abaissements du Fils de l’homme accomplissent la prophétie du Serviteur souffrant d’Isaïe.

Biographie ou thèse

Le premier évangile se présente donc moins comme une simple biographie de Jésus que comme une thèse construite et documentée adressée aux juifs hellénistes, les croyants pour les conforter dans leur foi, les incrédules ou les opposants pour les réfuter. C’est surtout une extraordinaire méditation sur la mort. A ce titre, elle nous concerne tous, même si des tendances naissent de-ci, de-là dans notre monde pour nier l’irréductibilité de la finitude et son remplacement à terme par le post-humanisme ou le trans-humanisme. Matthieu a mis en exergue la généalogie du Christ lui attribuant une importance apologétique considérable.

Généalogie

Cette généalogie résume à elle seule tout l’Ancien Testament. La généalogie, surtout royale, devait être exacte, et vérifiable, sinon elle aurait tourné au détriment de la cause qu’elle prétendait servir. C’est celle de Joseph et des "frères du Seigneur", voulant montrer que Jésus était bien le descendant légal de David, de Salomon et de tous les rois de Juda, l’héritier du trône et, par voie de conséquence, le Messie promis. C’est d’ailleurs sous le titre officiel de "Roi des Juifs » que Jésus sera crucifié. En ce temps-là, les archives du peuple juif n’avaient pas encore été détruites. Elles le seront plus tard, au moment des révoltes juives et de la prise de Jérusalem par les Romains.

Drame sonore

Bach ne pouvait pas faire entendre le texte de la Passion comme sur un théâtre. Il adopte la forme d’un drame sonore, un oratorio, sorte d’opéra pour l’église, sans mise en scène. Dans le cas présent, ce genre musical doit amener à méditer sur les dernières heures de la vie de Jésus, présenté, tout au long du texte, comme ayant une nature à la fois humaine et divine. Bach a choisi de restituer intégralement le texte de l’Évangile de Saint Matthieu traduit en allemand. Il le confie à un même chanteur (l’"Évangéliste"), sur une ligne musicale qui met l’accent sur tel ou tel mot ou sur telle ou telle nuance du récit et met ainsi en valeur chaque détail de l’action. Les personnages ou groupes de personnages évoqués peuvent intervenir à leur tour. Ce qui est le principe du récitatif.

Un chant soutenu

Selon la dynamique du moment, le chant peut être simplement soutenu ou ponctué d’accords du continuo, presque obligatoirement présent (violoncelle, orgue ou - plus rarement choisi car il s’agit de musique religieuse - clavecin), auquel Bach peut ajouter un élément extérieur, les cordes de l’orchestre : ces différents épisodes s’opposent, avec souplesse et rapidité. Comme tout compositeur baroque, Bach est attaché à la signification du texte qu’il va traduire musicalement au plus près des mots et de ce qu’ils transmettent. Dans le discours baroque, texte et musique sont toujours intimement liés. Un exemple caractéristique, et surprenant, est l’insistante appoggiature qui termine l’œuvre par un "si" longuement superposé au do, faisant dissonance avant résolution et qui symbolise la pierre refermant lentement le tombeau.

Des voix et un chœur

Bach fait chanter toutes les paroles rapportées dans le récit par des voix différentes ou par le chœur. Des chanteurs solistes assument les rôles de Jésus, Pierre, Judas, Ponce Pilate, la femme de Pilate ou des témoins. Il introduit des pauses dans la lecture, sous la forme de chorals liturgiques harmonisés, des commentaires chantés appelés aria(s) à chaque tournant de l’histoire et des chœurs entendus l’un après l’autre ou les deux ensemble, comme deux groupes qui se mêlent ou qui peuvent aussi s’unir complètement. La version choisie par la direction de la Philharmonie a été confiée à l’immense John Eliot Gardiner. Sa direction est impressionnante, enthousiaste, parfaitement mémorisée en allemand, malgré l’origine anglaise du chef d’orchestre, et des chœurs remarquables dans leur qualité, l’expression des nuances et du rythme imposés ou suggérés par Bach.

Quelle musique !

L’orchestre s’est mis au diapason avec ses instruments anciens. Ils ajoutent à l’exécution de l’œuvre la note historique et les timbres adaptés à la reconstitution d’une écoute d’excellente qualité et de fidélité rendue par l’acoustique de la nouvelle salle de concert parisienne.

Une catastrophe humaine

On ne saurait en dire autant des conditions d’accueil et de confort, même de sécurité de cette salle, indigne des prétentions qu’elle est sensée satisfaire. L’accès à la salle est offert sous la forme d’un entrelacs d’escaliers mécaniques parfois en panne, qui ralentissent les mouvements de la foule à l’entrée et à la sortie. Les bars sont vides de tout ameublement, sièges, fauteuils, même chaises. Les bars offrent à des prix exorbitants, des sandwichs indigestes qu’il faut avaler debout sans aucun appui des plateaux inexistants ou de tables sur lesquels faire reposer boissons et nourriture.

Refus d’accueillir

L’ensemble donne l’impression d’un refus d’accueil du public comme si on cherchait à le dissuader de venir écouter des merveilles musicales. On fait plaisir aux oreilles, beaucoup moins sinon pas du tout aux êtres humains qui font l’effort de venir se perdre dans un coin excentrique de la capitale. Le pire est à venir. Les escaliers d’accès sont dépourvus de toute rampe ou main courante susceptible de prévenir les chutes d’autant plus dangereuses de spectateurs parfois âgés, sinon handicapés qui font l’honneur à Paris et à la musique de se perdre dans ce lieu indigeste et dangereux en raison de la forte déclivité des structures par ailleurs vides de tout ameublement et d’occasions de rencontre.

Mépris ?

Un mépris de l’être humain qui aurait droit à plus d’égards dans une capitale qui prétend être la plus belle du monde. Dommage pour les musiciens, le personnel qui tente d’accueillir chaleureusement dans un lieu vide de sens et qu’il faut escarper au mépris du danger et de l’inconfort.


Pour en savoir plus, consulter le site Herbert Geschwind