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La bête humaine

samedi 22 novembre 2014, par Picospin

Une telle posture est moins le fruit du hasard que de la prise en compte de plus en plus rationnalisée, éthique et affective des attitudes que l’homme est incliné à prendre à mesure que les travaux des éthologues font apparaître les conséquences des comportement humains sur la destinée à longue échéance de ses cousins, sinon « frères chromosomiques ». Depuis l’apparition de l’humanoïde sur notre planète, les conditions de vie y ont changé pour des raisons climatiques, existentielles et relationnelles.

Une cible

L’animal était au début une cible de chasse au moment où l’homme devait se nourrir de sa chair, de sa carcasse et de sa viande en provenance de ses muscles et de tous les composants de son corps que voulaient bien lui laisser les charognards envoyés par la nature en vue de nettoyer la planète des restes laissés par les prédateurs. Sous quelles influences, les humains se sont-ils jetés sur la viande après avoir dévolu leur appétit et leur quête de nourriture auprès des fruits et des légumes ? Cette rupture brutale avec le type d’alimentation qu’ils avaient privilégié a marqué une date importante dans l’évolution de l’homme. Ses enzymes avaient été adaptés depuis longtemps à la digestion des produits de la cueillette. Ils devaient dorénavant se consacrer à celle des résultats de la chasse, voire de la pêche. Au cours des années inaugurales de la présence de l’être humain sur la planète, on ne se préoccupait guère du sort des animaux. S’ils étaient considérés comme des êtres vivants tout comme leur lointain cousin humain, ils n’en avaient nullement les caractéristiques, en particulier celles de la réflexion, de la pensée, de l’affectivité, des sensations.

Une vision

Cette vision emmenait ses conséquences inéluctables : ils n’étaient qu’une chose dont on pouvait disposer à sa guise et traiter comme un être inanimé avec lequel on n’était lié ni par l’affection, ni par le devoir, encore moins par les droits. Ce n’est que plus récemment que l’optique envers les animaux a changé au point de se renverser à 180°. En France, on vient de voter une loi reconnaissant le caractère sensible de l’animal après des années et des siècles d’ignorance, sinon de mépris de l’animal. La définition des animaux est passée dans le code civil de « bien meuble » à « être vivant doué de sensibilité ». Bien mais pas suffisant selon les associations et des élus écologistes. Les députés ont reconnu mardi soir aux animaux la qualité symbolique d’« être vivants doués de sensibilité », alors que jusqu’à maintenant le code civil les considère comme « des biens meubles ». Cette modification législative fait suite à une pétition lancée il y a près de deux ans par la fondation de protection animale Trente Millions d’amis, et qui a reçu le soutien de plusieurs intellectuels. Au terme d’un débat long et animé, les députés ont voté un amendement socialiste en ce sens, dans le cadre d’un projet de loi de modernisation et de simplification du droit, texte fourre tout qui traite aussi bien des tribunaux fonciers en Polynésie, des procédures de tutelle ou du droit des obligations et dont l’examen se poursuivra mercredi. Actuellement, le code rural et le code pénal « reconnaissent, explicitement ou implicitement, les animaux comme "des êtres vivants et sensibles" » mais pas le code civil.

L’importance d’un amendement

L’amendement doit permettre, selon eux, de « concilier la qualification juridique et la valeur affective » de l’animal. « Pour parvenir à un régime juridique de l’animal cohérent, dans un souci d’harmonisation de nos différents codes et de modernisation du droit, l’amendement donne une définition juridique de l’animal, être vivant et doué de sensibilité, et soumet expressément les animaux au régime juridique des biens corporels en mettant l’accent sur les lois spéciales qui les protègent ».« C’est un amendement de cohérence avec le code rural et le code pénal. Cet amendement n’entraine aucune conséquence juridique, aucun effet juridique non maitrisé ». Cette modification était « une simple évolution juridique » et « en aucun cas une révolution pour les animaux ». « Que le statut de l’animal passe de "bien meuble" à "être vivant doué de sensibilité" est normal. Ce qui est anormal c’est de ne pas l’avoir fait plus tôt ». « Il s’agit d’harmoniser les textes, mais en aucun cas de remettre en cause l’exploitation animale ». Les Français sont favorables à une telle modification du code civil. A la même période, une vingtaine d’intellectuels, philosophes, écrivains, historiens et scientifiques français se sont également prononcé en ce sens dont des philosophes Michel Onfray et Luc Ferry, des écrivains comme Erik Orsenna, de l’Académie française,l’astrophysicien Hubert Reeves, président de Humanité et Biodiversité, et de Matthieu Ricard, moine bouddhiste et docteur en génétique cellulaire. L’écologiste Laurence Abeille s’est étonnée de cet amendement alors qu’un groupe d’études sur la protection animale à l’Assemblée prépare une « proposition de loi bien plus ambitieuse sur le statut de l’animal ». Laurence Abeille a présenté des sous-amendements pour remettre en cause des pratiques qui nient selon elle cette sensibilité animale comme l’élevage intensif. Elle a été soutenue par la socialiste Geneviève Gaillard, également membre du groupe de protection animale. Mais ils ont été rejetés, de même qu’un amendement pour interdire la corrida et les combats de coq, pratiques qui vont selon Laurence Abeille à l’encontre du caractère sensible de l’animal. Cet amendement a été jugé « hors sujet » . On ne sait pas encore si et quand cette loi risque d’être promulguée ni quelles pourraient en être les conséquences sur les traitements des animaux dans certaines circonstances comme l’élevage en batteries, les combats d’animaux, voire la tauromachie qui apporte avec elle une notion sacrificielle par la lutte inégale entre l’homme et le taureau et les vertus attribuées à ce dernier en termes de courage, d’héroïsme et de gardien de traditions inébranlables, ancrées dans la mémoire commune dans certaines régions particulièrement sensibles à la nécessité de continuer à offrir au sein des arènes le spectacle d’animaux puissants luttant jusqu’à la mort contre l’homme qui s’acharne à vouloir les tuer avec noblesse, vertu et dignité. La tauromachie (du grec tauros, « taureau » et makheia, « combat ») est l’art d’affronter le taureau, soit lors de combats à l’issue desquels le taureau est mis à mort, soit lors de jeux, sportifs ou burlesques.
Toutefois, l’emploi du mot tauromachie comme synonyme de corrida ne reflète pas la réalité des spectacles taurins qui varient selon les pratiques et les pays. D’autres pratiques tauromachiques ont acquis une forme stable, des règles codifiées et une réelle institutionnalisation. Les historiens de la tauromachie s’accordent à dire que l’on ne peut dater de façon certaine l’apparition de celle-ci : « Nous ignorons les origines exactes des jeux tauromachiques dont l’épanouissement fut réservé à l’Espagne. » Beaucoup restent prudents sur la datation de l’évolution des « jeux de village en des fêtes ordonnées, avec une réglementation et des codes. » On trouve des traces de fêtes tauromachiques royales avec des cavaliers dès 815 en Espagne. Mais sans doute bien avant, la tauromachie est née comme un sport populaire dans le berceau d’origine du taureau sauvage : les Pyrénées, côté sud et côté nord. C’est dans la zone des Pyrénées qu’a fait souche un des derniers troupeaux des aurochs qui couvraient le continent euro-asiatique. Mais c’est sur le versant sud, où les conditions géographiques et économiques, propres à la péninsule ibérique, ont permis que la race de taureaux sauvages soit le mieux préservée.
Bien avant d’être le privilège de la noblesse espagnole à cheval, la tauromachie était un jeu de paysans, avec des jeunes qui s’amusaient à défier les taureaux sauvages. La tauromachie codifiée, ancêtre de la corrida de rejón, a bien été d’abord l’apanage d’une noblesse cavalière, les « caballeros en plaza », dès le XVIe siècle en Espagne. Elle était pratiquée essentiellement en Andalousie et en Navarre. De nombreux traités ont été écrits à partir de cette date-là sur le comportement du caballero qui devait tuer l’animal à la lance, ou à pied avec l’épée. Puis l’on cessa de faire appel au « mata-toros », personnage venu des Pyrénées, qui se chargeait de la mort du taureau. Ce mata-toros issu du Nord et du peuple allait devenir dès le XVIIIe siècle le personnage principal d’une nouvelle forme de tauromachie, la corrida à pied, qui allait ravir la vedette à la corrida de rejón.L’expansion de la corrida à pied correspond à une prise de pouvoir par le peuple, la tauromachie étant un art essentiellement populaire. En France, de l’autre côté des Pyrénées, la tauromachie était restée aux mains du peuple. C’était essentiellement une tauromachie à pied qui s’est développée par la suite sous plusieurs formes de jeux, essentiellement athlétiques, à partir du XVIIIe siècle26. La corrida chevaleresque et la tauromachie populaire se conçoivent comme des spectacles, dans un cadre festif, qu’il s’agisse de célébrer un événement ou une fête locale annuelle. Le statut de l’animal soulève d’autant plus de questions que sa consommation au cours des derniers siècles est en constante augmentation, que cette source de protéines est d’autant plus appréciée qu’elle aurait contribué à renforcer la puissance de l’homme, les changements de sa morphologie et augmenté sa résistance aux infections et à la maladie. C’est sur ces arguments que se fondent les bienfaits attribués à l’alimentation carnée. Cette posture de notre culture pourrait être modifiée par l’évolution de ce régime carné vers une autre forme d’alimentation dont elle dériverait et qui ne serait autre que sa substitution par des nutriments ayant les mêmes propriétés mais non plus dérivées de l’abattage d’animaux mais de moyens de fabrication d’ordre chimique, enzymatique, voire génétique.