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Quels plans pour les agglomérations de demain ?

La campagne dans les villes ?

Respecter les capacités cognitives de l’homme

jeudi 5 février 2009, par Picospin

Les êtres humains en particulier ont préféré s’assembler dans des ensembles denses d’habitats que de se disperser dans les champs, les terres inhabitées, les agglomérations éloignées d’où les communications sont difficiles, ardues sinon dangereuses.

La ville, un moteur intelligent ?

C’est pour cette raison que la ville a toujours été le moteur de la vie intellectuelle, rappelle le journaliste spécialisé dans le domaine de la cognition, Jonah Lehrer, auteur de l’excellent "Proust was a neuroscientist" ("Proust était un neuroscientifique") et du récent "How we decide" (Comment nous décidons) dans un article du Boston Globe. Mais on sait encore mal comment elle agit sur notre cerveau. Des chercheurs américains et australiens commencent à montrer que le simple fait de vivre dans un environnement urbain à des effets sur nos processus mentaux de base. Après avoir passé quelques minutes dans une rue bondée, le cerveau est moins en mesure d’organiser les informations qu’il reçoit dans la mémoire. A l’inverse, la nature serait un élément extrêmement bénéfique pour le cerveau : des études ont même démontré que des patients soignés en milieu hospitalier qui peuvent voir des arbres de leurs fenêtres se rétablissent plus vite que ceux qui en sont privés. Alors que la majorité de la population réside dans les villes, les environnements de béton et d’automobiles auxquels nous sommes confrontés auraient des incidences sur notre santé mentale et physique, jusqu’à modifier la façon dont nous pensons. Les neuroscientifiques et les psychologues commencent à s’intéresser à l’aménagement urbain pour faire en sorte qu’il cause moins d’atteintes au fonctionnement de notre cerveau. La plantation d’arbres dans le centre des villes ou la création de parcs urbains pourrait réduire de façon significative les effets délétères et négatifs de la vie urbaine. Quand on marche en ville, le cerveau est toujours à la recherche de menaces potentielles, ce qu’il l’oblige à gérer les multiples stimuli liés à la vie dans la cité.

Une bonne gestion des risques

Cette gestion apparemment anodines tendrait à nous épuiser, car elle exploite l’un des principaux points vulnérables du cerveau qui est sa capacité de concentration. Une ville est si débordante de stimuli que nous devons constamment diriger notre attention et aiguiser notre vigilance éviter d’être distraits par des choses, des évènements, des phénomènes ou des circonstances sans importance comme les enseignes clignotantes ou les bribes de conversations. L’esprit fonctionne comme un puissant ordinateur, mais le fait de concentrer ou de disperser l’attention consomme une grande partie de sa puissance de traitement. En revanche, la vie en milieu naturel est loin d’absorber autant d’efforts cognitifs. Les milieux naturels sont tout autant remplis d’objets qui capturent notre attention, mais ils déclenchent beaucoup moins de réponse émotionnelle négative contrairement à une voiture ou à une foule de piétons dont il résulte que le mécanisme mental qui dirige l’attention peut se détendre en profondeur. Les stimuli de la ville épuisent la capacité de nous auto-contrôler. La densité de la vie en ville n’influe pas seulement sur notre capacité à nous concentrer mais elle interfère aussi avec notre capacité à nous auto-contrôler. Lors d’une promenade en ville, notre cerveau est sollicité par de nombreuses tentations consuméristes. Y résister oblige à nous appuyer sur le cortex préfrontal, la zone responsable de l’attention dirigée, et qui nous sert à éviter le flot de la circulation urbain. Epuisés que nous sommes par la difficulté de gérer notre déambulation urbaine, ce centre cortical est moins en mesure d’exercer ses capacités d’auto-contrôle et nous rend de ce fait plus enclins à céder aux tentations proposées par la cité.

Charge cognitive

L’augmentation de la charge cognitive liée à la vie urbaine rend les gens plus susceptibles de choisir un gâteau au chocolat plutôt qu’une salade de fruits. La ville subvertit notre capacité à résister à la tentation consumériste et peut conduire à la perte de contrôle de ses émotions. La violence domestique est moins fréquente dans les appartements avec vue sur la nature que ceux qui n’ont une vue que sur le béton. L’encombrement, les bruits imprévisibles, les accidents de la circulation ont aussi des effets sur l’augmentation des niveaux d’agressivité. Un cerveau fatigué par les stimuli de la ville est plus susceptible de perdre le contrôle émotionnel, affectif ou agressif. Les pelouses ne suffisent pas à notre bien-être. Les bénéfices psychologiques d’un espace vert sont étroitement liés à la diversité de sa flore. Quand un parc est bien conçu, il peut améliorer le fonctionnement du cerveau en quelques minutes.

Mieux vaut se promener que se doper

Pour améliorer notre attention et notre mémoire, se promener dans un environnement naturel est plus efficace que le dopage. Compte tenu de la myriade de problèmes de santé mentale, exacerbés par la vie en ville, de l’incapacité de prêter attention au manque de maîtrise de soi, la question demeure de déterminer pour quelles raisons les villes continuent de croître et pourquoi, même à l’ère de l’électronique, elles continuent d’être les sources de la vie intellectuelle ? C’est parce qu’elles ont aussi l’avantage de concentrer les interactions sociales qui sont une des sources de l’innovation et de la créativité. S’il est peu probable que nous ayons envie de retourner à la campagne demain, il est possible que nous puissions apprendre à construire des villes qui soient moins agressives et d’autant plus respectueuses des limites cognitives de notre cerveau.

Questionnement éthique :

1. Comment concilier les avantages tirés de la concentration des offres artistiques, intellectuelles, artistiques, cognitives des villes et ses inconvénients ?

2. Est-ce que les inconvénients de la vie dans la cité sont susceptibles d’équilibrer ses avantages ou ses bienfaits ?

3. Comment résoudre le difficile problème des communications entre des agglomérations et des habitats éloignés les uns des autres et qui nécessitent de fortes dépenses d’énergies et de temps ?

4. Faut-il consacrer plus d’argent et plus de temps à la conception des cités de demain dans la perspective d’améliorer les conditions de vie de la population ?