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Où est-elle ?

La conscience

Comment la faire réagir et agir à Homs ou autrefois en Libye

jeudi 23 février 2012, par Picospin

Si on en renverse et en complète le sens et les modalités d’application, on peut se trouver sur une autre voie, celle du doute, de la conception, de l’affirmation ou de la négation, de l’imagination ou de l’imaginaire. La pensée serait la capacité de faire, telle que celle fournie par quelque chose et un plus qui est la vision lointaine ou rapprochée de l’accomplissement de l’action. Il s’agit de la capacité d’avoir des états mentaux, de les fabriquer, de les élaborer ou plus simplement de les réaliser ou de les faire tout en s’apercevant qu’ils existent, qu’ils se déroulent.

Présence à nous-mêmes

C’est en somme le phénomène de la présence à nous-mêmes et à nos activités. C’est un aperçu en temps réel, en synchronisme avec le phénomène de ce qui se passe en nous, quelque part, dans un lieu inconnu que les neurosciences auront fini par détecter tout en analysant les processus biologiques, les échanges humoraux, les voies des réseaux neuronaux qui travaillent dans l’élaboration de l’activité localisée, faute de mieux dans le cerveau et ses annexes plus que du cœur où pendant si longtemps on avait placé le siège des sentiments, de l’affection, de l’empathie sinon de l’amour. On a dit pendant longtemps que science sans conscience n’était que ruine de l’âme. On pourrait tout aussi bien prétendre que conscience sans objet ne saurait exister par elle-même. Pour réaliser pleinement l’objectif d’un objet « pensé », il faudrait en établir, en définir, en imaginer une représentation. Cette gymnastique de l’esprit est mieux comprise si on s’attache à représenter l’invisible, Dieu par exemple dont toutes les cultures ont eu le plus grands mal à concrétiser l’image, la statue, l’environnement et à se mettre d’accord sur une figure unique et non les formes et déformations permanentes qu’on en présente aux peuples. Lassé de devoir réduire la représentation des objets à une figure unique, réduite et mal perçue, certains dont Hegel ont préféré lui substituer un trajet partant de la certitude sensible au savoir absolu dans lequel le réel se révèle conforme aux exigences de la raison du sujet qui l’a créé.

Une autre étape

Une étape de plus et on atteint plus ou moins facilement celle de la conscience de soi, sorte de sentiment fourni ou proposé par ses propres actions d’où il est aussi facile d’atteindre la conscience de soi ou l’identité personnelle comme le singe saute de branche en branche pour atteindre sa nourriture qui s’éloigne de plus en plus de lui à mesure qu’il s’approche de plus en plus près d’elle. Les deux notions mentionnées dans l’avant-dernière phrase ne contribuent guère à faciliter la compréhension du mécanisme des fonctions cérébrales surtout si on leur ajoute les mystères de l’inconscient, autrement dit la fraction de vie psychique qui échapperait à toute conscience de soi et qui vient d’être si brillamment explorée par le bon Docteur Freud, inventeur de la psychanalyse. On sait comment il s’y est pris pour analyser, démonter, déconstruire ses éléments constitutifs chez les victimes de déséquilibres affectifs, émotionnels ou comportementaux liés à des difficultés d’ordre psychique ou mémoriel venus de l’enfance pour atterrir plus tard, à l’âge de l’adolescence puis de l’adulte chez le même individu sculpté tout au longe de sa vie par l’expérience. De la sorte, la personnalité serait caractéristique des créatures intelligentes et conscientes possédant ou dotées d’une conscience qui définit en réalité la personnalité. Si cette définition suffit à certains, d’autres philosophes exigent la présence d’un élément moral pour remplir les conditions d’existence de la conscience. Ce serait une rencontre avec la conscience du 3è type, celle de la conscience morale. Cette dernière ouvre sur le champ couvrant les données d’un être humain moins conscient de la pluie qui tombe et de l’amour qui l’envahissait pendant sa jeunesse que du mal qu’il fait par ses comportement injustes, mal intentionnés, blessants, agressifs ou immérités.

Personne consciente et morale

Cette personne consciente, savante et morale serait la combinaison d’une approche métaphysique et morale d’un être humain qui pense, sent, ressent, et en même temps devient responsable de ses actions. C’est exiger plus que la conscience des faits ou des évènements, celle de la conscience de soi, devenue capable d’agir dans une certaine direction et en sus par réciprocité. Si on se rapporte aux évènements que nous tous, en tant qu’êtres humains, vivons dans notre monde actuel, que voyons-nous, quelles conclusions, enseignements en tirer et quelle action réciproque élaborer pour contrer et prévenir les agissements situés hors de l’humanité, certains diront de l’humanisme ? "Je vous avais parlé il y a quelques semaines des attaques contre les médecins de Syrie" écrit une journaliste. "Maintenant, ce sont les malades qui sont visés. Directement." Bertrand Kiefer décrit cela dans la Revue Médicale Suisse. "Un extrait et le lien. Mais attention, lecture difficile à soutenir" : "A la question : pourquoi cet acharnement des forces de sécurité à empêcher tout acte médical ? On peut répondre : parce que la médecine est au point de contact le plus étroit entre l’humain et le pouvoir. C’est dans l’acte de soigner, dans les rites et les valeurs de la médecine, dans la prise en charge de la personne souffrante que se construit l’humain. C’est donc en faisant disparaître cette démarche, en la moquant et en la retournant par la torture que l’on déconstruit le mieux la dignité, qu’on réussit le tour de passe-passe consistant à faire croire qu’une personne peut n’être qu’une masse de chair haïssable. Torturer un bien portant est une immense violence. Mais torturer les mourants, maltraiter les malades, tuer ou détourner des médecins sert encore mieux les objectifs de la terreur. La tabula rasa des valeurs est achevée. Le pouvoir n’a plus d’autre fondation que lui-même. Difficile à soutenir, oui. Alors je suis sans doute naïve et quelqu’un va certainement me corriger ici, mais : au nom de quoi, déjà, préfère-t-on laisser faire cela ?"

Justice ?

Rawls, fameux pour ses écrits sur la justice, ne dit pas autre chose lorsqu’il ajoute que pour reconnaître quelqu’un comme une personne, il faut être en mesure de lui répondre et d’agir envers lui d’une certaine manière. Ces considérations ne peuvent en aucun cas être prises pour triomphalistes en faveur des seuls êtres appartenant à l’espèce humaine. Il existe sur notre planète d’autres créatures vivantes dont les corps sont aptes à interagir avec d’autres d’une façon telle qu’elle s’en trouve inaccessible aux êtres inanimés comme les rochers ou les chaises. Comme nous devons absolument poursuivre notre quête pour comprendre et démonter les mécanismes du fonctionnement de notre cerveau grâce à la déconstruction de l’activité cérébrale dans les organismes non humains, nous avons un besoin impératif d’élaborer une conception de notre propre image capable de prendre en compte les racines de l’évolution du corps humain sans oublier le rôle et la constitution du cerveau. Sans oublier que la conscience de soi peut être comprise comme systèmes cérébraux impliqués dans l’apprentissage et le stockage d’informations relevant des systèmes implicites et explicites concernant des faits, évènements ou choses dotés d’une signification particulière dans la vie des gens.


Bibliographie :
LeDoux J. Synaptic Self : How our Brains Become Who We Are. Penguin Books, 2002.
Renaut A. La Philosophie. Paris, Odile Jacob, 2006.