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Une nouvelle étape dans la distribution des soins

La coordination des soins de santé

Adaptation de la médecine au vieillissement

vendredi 18 mars 2016, par Picospin

Cette formule avait fait fureur au siècle dernier. A cette époque, les patients avaient été saisis par l’angoisse de se retrouver dans leur nudité psychique devant la masse informe de l’establishment médical hospitalier. L’angoisse consistait dans l’intrusion de cette multitude envahissant la chambre ou les salles communes de l’institution hospitalière dans l’anonymat, la perte de la confidentialité, l’intrusion dans la vie privée avec ses secrets, ses révélations, aux oreilles des jeunes étudiants en médecine, des infirmières, sinon des autres patients. D’où la préférence marquée pour l’environnement intime du cabinet médical particulier.

Hippocrate

Les échanges pouvaient s’y faire à pas feutrés, les murs n’avaient plus d’oreilles, la gravité ou les complications de la maladie étaient confiées à un seul individu. Il était paré des lumières de la science, des parures du diplôme de médecin et des qualités inhérentes au serment d’Hippocrate. On sait que cette parole prononcée lors de l’accession du candidat médecin au titre de Docteur en Médecine représente pour les profanes une garantie de droiture, vérité, vertu et confiance. Il est un serment traditionnellement prêté par les médecins en Occident avant de commencer à exercer. Le texte original de ce serment, probablement rédigé au IVe siècle av. J.-C., appartient aux textes de la Collection hippocratique, traditionnellement attribués au médecin grec Hippocrate. Le serment d’Hippocrate peut être considéré comme le principe de base de la déontologie médicale. Bien que la pratique médicale moderne soit régie par des lois, des règlements et bien souvent par un code de déontologie ou d’éthique, les facultés de médecine ainsi que les collèges et associations de médecins font encore réciter un serment aux nouveaux médecins. Ce serment moderne, le plus souvent appelé serment d’Hippocrate même s’il s’en éloigne, s’inspire généralement du texte d’origine et a pour principal objectif de rappeler aux nouveaux médecins dans un cadre solennel qu’ils sont liés à des obligations légales, morales et éthiques. Le serment d’Hippocrate fixe un cadre éthique à l’intervention du médecin. Il a également pour fonction de marquer le passage du statut d’étudiant (d’interne) à celui de médecin proprement dit. En ce sens, on peut aussi considérer son énonciation, comme un rite de passage. Dans leur angoisse de montrer à nu leur personnalité, leur nature, leur maladie, sinon leurs faiblesses physiques et morales, les patients craignent que leur dévoilement devant la multitude du personnel de santé ne les destitue de la carapace vertueuse dont les affuble l’entourage. En médecine, il s’agit de tous ceux qui ont par profession et loi l’autorisation de pénétrer dans leur intimité. Sont-ils réellement protégés par le texte qui suit : « Au moment d’être admis à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité. Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux. Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité. J’informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance et n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences. Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me le demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire. Admis dans l’intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu à l’intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les mœurs. Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. Je préserverai l’indépendance nécessaire à l’accomplissement de ma mission. Je n’entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés. J’apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu’à leurs familles dans l’adversité. Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré et méprisé si j’y manque. »

Protection ?

Est-ce que ce texte est protecteur ? Est-ce que le fait de l’avoir prononcé devant l’aréopage des professeurs d’Université devient le garant de toute intrusion dans la vie privée ? Alors que les accès au fameux dossier du malade deviennent de plus plus en plus fréquents, les communications des données pathologiques de plus répandues et consultables par toute personne circulant dans les espaces publics des établissements de soins avec leur confinement réservé à la technique, l’accueil, le guidage dans les labyrinthes des emplacements de consultation, de séjour ou de management. Les structures de soins deviennent collectives. Cette mutation génère auprès de la clientèle des établissements de santé une méfiance qui se dilue aux abords des cabinets de médecine banalisés par leur aspect privé. L’angoisse du diagnostic pessimiste et des difficultés thérapeutiques s’atténuait en proportion de l’espoir suscité par une rencontre apaisante, où la peur cédait devant la persuasion d’une guérison possible à partir d’un traitement efficace.

Modernité

Du moins, c’était ainsi qu’était considérée une médecine en plein progrès à partir des recherches de plus en plus sophistiquées qui devaient amener le vivant vers une ère messianique conduisant au post-humanisme. A côté de cette face du soin, se développe celle des gestes quotidiens accordés à chaque patient. Ils traduisent la préoccupation de chaque soignant par la souffrance d’autrui dans la perspective de réduire autant que faire se peut la sensation désagréable, douloureuse, ressentie en empathie. C’est cette attention à l’autre qui constitue le fondement d’une intention. Celle de ne négliger aucun geste qui puisse soulager. Tant est vraie la notion que le vivant est constitué par une succession de moments visant à préserver les sensations agréables au détriment de celles qui ne le sont pas. Jusqu’à la mort qui suit la précédente et se caractérise par l’insensibilité. Toute occasion sera saisie pour faire de chaque moment de la vie une phase d’agrément. Elle le sera au sein d’une communauté homogène de soignants, prêts - comme pompiers en mission à éteindre toute velléité du corps à se révolter contre la douleur qui l’assaille, l’inconfort qui le guette -.

Médecine de demain

C’est cela la médecine de demain. Le mélange harmonieux entre la pratique d’une médecine scientifique à la pointe du progrès et les moyens les plus modestes et les plus traditionnels recueillis par l’histoire pour venir au secours d’un corps meurtri par les ans, l’usure et l’exacerbation des sensations. A condition aussi que la culture permette aux agents de la santé d’envisager la mission de soin comme l’application d’une gestuelle faisant appel aussi bien à la nouveauté qu’à la tradition. Celle-ci aussi a son rôle de réconfort à jouer. Il creuse dans les soubassements de l’art médical les moyens de soulager avec la confiance accordée à ce qui a fait ses preuves de succès et de réussite historique par rapport à l’extrême nouveauté qui fait peur ou déçoit. Cette dernière se doit d’être placée sous les auspices du lien socio-professionnel entre les divers acteurs d’un autre système de santé enfin coordonné et sorti de l’isolement du chacun pour soi. Désormais, la décision et l’initiative du soin doivent sortir du cadre individuel pour se rassembler sous la tutelle d’une organisation collective.

Mise en commun du savoir

Chacun a pour mission de mettre en commun ses connaissances et leur actualisation permanente au seul bénéfice prioritaire du malade mais aussi à celui de la communauté médicale qui s’enrichit de ces apports pour les mettre à la disposition aussi bien du soigné que du soignant. La diffusion de cette nouvelle organisation du soin offre une meilleure qualité des pratiques pour les médecins généralistes ne serait-ce qu’en termes de suivi des patients atteints de pathologies comme le diabète ou de prévention assurée par les vaccinations. Dès lors, tenant compte de la priorité à accorder à cette autre manière d’exercer la médecine, les vieilles habitudes du paiement à l’acte deviennent obsolètes face à la nécessité de concevoir une autre façon de rétribuer le travail des acteurs de la santé. Une autre attribution des tâches diagnostiques et thérapeutiques devra être organisée pour faire disparaitre l’anachronique paiement à l’acte au profit d’une nouvelle répartition des revenus. Tout le monde en attend une évolution vertueuse seulement possible par l’exercice collectif dans un cadre recentré pour d’autres objectifs.

"Le Monde". Maisons de santé. Le défi des soins coordonnés 24 février 2016