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Un fameux penseur et érudit

La dignité d’être, d’exister et d’accomplir

Pic de la Mirandole

lundi 26 juillet 2010, par Picospin

Cette somme de connaissances a été réunie en en « nombre mystique » qui symbolise pour la kabbale l’aptitude de tout connaître. Avant la réalisation de ce projet, il avait été saisi d’une boulimie de savoir et de plaisir qui a fini par aboutir à la rédaction d’une rhétorique humaniste, à l’approfondissement de la culture de l’Antiquité avant l’entrée dans la réflexion sur l’essence de l’homme à l’aide de légendes, de révoltes, de prophéties impliquant des sciences occultes comme devait le faire plus tard Bruno Giordano et avant de se lancer, tête baissée dans la pensée platonicienne, hermétiste, scolastique et kabbaliste.

Un caméléon

Ce qu’il sait faire le mieux, c’est se comporter en caméléon par un constant changement de style et de manière autant que d’orientation philosophique. Ces caractéristiques l’ont rangé dans le domaine de la « plasticité ontologique » pour être prêt, le moment venu à discuter sur les principes de choses divines et humaines. Il insiste sur les dangers de l’ornement, l’inutilité de l’élégance, les avantages d’un style rugueux, sinon ésotérique pour cacher au peuple des vérités trop hautes pour lui. En quoi, il rejoint un prédécesseur de plusieurs siècles, un dénommé Maimonide affublé du même discours qui recèlerait un dieu. L’éloquence philosophique doit servir la vérité pour que l’humaniste se fasse philosophe et ce dernier humaniste pour affronter les thèmes majeurs de la concordance des doctrines et la dignité de l’être humain. Pic veut balayer large car pour lui, il est impossible de choisir parmi toutes les doctrines la sienne propre si l’on n’est pas familiarisé au préalable avec la plupart sinon avec toutes. Sans vouloir montrer la supériorité d’une école sur une autre, sans s’essayer à limiter la "concordia" aux religions monothéistes, il veut prouver qu’en chaque doctrine se nichent des fragments de vérité que les hommes ne peuvent saisir que par bribes.

Recherche

Au terme de cette recherche, il souhaite réunir ses découvertes dans une concorde universelle, victoire de l’un sur le multiple et qui permet d’établir les bases solides d’une philosophie paradoxale. Un lien se noue entre la pensée sur la concorde et l’exaltation de la dignité en vertu de l’affirmation que l’unification du multiple constitue un des aspects de la dignité par l’intermédiaire des tâches assignées pour saisir les causes de choses, les voies de la nature, la raison de l’univers, les desseins de Dieu, les mystères des cieux et de la terre. Au fur et à mesure que se déroule la tradition, l’homme domine les créatures, parce que son âme est à l’image du Créateur, tantôt il excelle par sa beauté physique avec la station debout et la tête ronde sinon par les pouvoirs de sa raison qui lui assurent la maitrise du monde et les moyens de connaître Dieu dans une position fixe, arrêtée entre intelligible et sensible, où se conjuguent les thèmes de l’image de Dieu, de l’être rationnel, du destinataire de la Création, de sa participation corps et âme à la nature de tout créé et à partir de là à la réconciliation de Dieu avec son œuvre par le processus de l’incarnation.

Mission de l’homme

L’homme est destiné à accomplir une mission dans laquelle il doit articuler le matériel au spirituel, s’unir au Divin comme Dieu s’unit au monde créé. Par delà la mission qu’il s’est fixée, Pic veut repérer la différence de l’homme, chercher en quoi il va être ce qu’il devient et de devenir ce qu’il se fait. Loin de chercher une place dans la hiérarchie comme le ferait un candidat à toute position de gloire ou de domination, Pic pense qu’il n’y a guère de pertinence à glorifier le corps de l’homme, à souligner sa double nature ou à fonder son excellence sur sa qualité de microcosme ou de reflet de l’univers. Ce qui importe, c’est l’exercice d’une liberté qui garantit sa dignité. Dans ces conditions, il est moins doté d’une nature propre que de toutes les natures pour accomplir en artisan sa propre destinée. Est-ce bien l’absence de nature humaine qui définit le mieux l’humanisme de Pico ? De ce fait découlent les conséquences des attributs de « l’Adam » ainsi définis et qui se doit d‘observer en spectateur, de transformer lui-même et le monde, de connaître son âme puis à travers elle toutes choses, de participer à tout en médiateur pour atteindre le point de perfection afin de parachever la création dans la liberté qui lui permet de s’ouvrir à tout le possible, jusqu’à « s’auto-créer » en tant que poète de lui-même.

Alors, quel destin, quelle volonté, quel but pour l’homme : le perfectionnement en vue d’acquérir la dignité et pour cela l’effort plus que le travail incessant ? Un bon programme d’exécution avant le sublime projet de vie ?
Suite dans une prochaine édition : Applications de ces considérations ?