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La fin de vie de nouveau en débat

samedi 18 janvier 2014, par Picospin

Il faut dire que le sujet est complexe, délicat et très controversé. Il suffit de revenir sur l’accueil reçu par le dernier rapport en date pour s’en convaincre. Le 16 décembre, un « panel » de 18 citoyens s’est montré favorable au suicide assisté et à l’euthanasie à la demande expresse du malade, proposant même d’autoriser une forme d’euthanasie « exceptionnelle » sans consentement, sous certaines conditions. Les réactions d’approbation mais aussi de rejet ont été très vives. À la suite de ces conclusions, la ministre de la santé, Marisol Touraine, ne s’est pas prononcée sur le fond, mais a annoncé une « concertation gouvernementale » pour préparer une réforme de la loi Leonetti.

Quelles intentions ?

On ignore donc encore les intentions précises de l’exécutif. Mais on sait ce qui est en jeu : la préservation d’une « troisième voie française » qui, depuis bientôt neuf ans, mise sur un équilibre conjuguant le maintien de l’interdit de tuer et le refus de l’acharnement thérapeutique. Certains jugent cet équilibre liberticide pour ceux qui voudraient qu’on les aide à mourir ; pour d’autres, au contraire, cet équilibre est fondamental si l’on veut protéger les personnes les plus vulnérables et respecter la mission du médecin.
Cette fin de vie tourmente à juste titre la plupart, sinon la majorité des Français comme elle le fait pour les autres nations qui en toute légitimité craignent la perspective de la finitude qui les angoisse au point de leur ôter toute sérénité dans leur réflexion sur le sujet du mourir, de leur propre mourir et de celui de leurs proches et êtres aimés.

Sérénité

Tous souhaitent pouvoir bénéficier de la sérénité nécessaire à affronter la mort pour éviter une agonie d’autant plus désagréable et angoissante qu’ils en craignent les circonstances, l’inconfort, la douleur, l’asphyxie qu’aucune drogue n’a jusqu’ici permis de maitriser, de calmer réellement jusqu’au point de pouvoir la supprimer. On s’interroge encore sur une autre exception française qui est celle du déni de la mort, du silence sur la question du mourir et du tabou qui surplombe ce thème pourtant autrefois affiché sans secrets sur les façades, les portes, les entrées pour montrer à tous qu’une âme s’en est allée ce qui n’est ni secret, ni honteux, ni interdit. On refuse d’affronter la mort, sentiment qui guide tous les autres concernant ce sujet délicat parce qu’il fait peur. Les soins palliatifs dans ce domaine ne seraient que d’un secours modéré car ils ne s’adressent qu’à une minorité de personnes, de malades même si cette nouvelle manière de concevoir le soin apporte un soulagement raisonnable aux maux dont souffrent les patients en fin de vie.

Fin de vie ou approche de la mort

On s’intéresse plus à la fin de vie qu’à la manière d’en vivre sereinement les derniers instants car elle pose de nombreux problèmes d’ordre existentiel dont le moindre n’est pas celui de désigner l’instrumentiste chargé d’exécuter l’acte létal, d’assister le suicidant ou de lui donner le coup de pouce indispensable à l’envoyer dans le néant ou l’autre monde. Le problème dès lors sera de déterminer les responsabilités en matière de décision pour désigner les individus ou l’équipe investie de la mission d‘exécuter les volontés du patient ou de ses mandataires, voire de suivre les fameuses directives anticipées, voulues par le malade incurable ou dont il a confié la mission de répercuter ses volontés à ses proches. Dans ce domaine, les personnes de confiance seront plus souvent les soignants, les infirmiers et infirmières, aides-soignantes que les médecins eux-mêmes trop éloignés du patient et mal préparés à la réalisation d’une tâche impossible qui les dépasse car ce qu’ils ont appris c’est donner la vie et non la mort. La décision pour chacun à l’heure de la mort appartient bien au mourant lui-même car nul ne peut consentir dans ce domaine pour autrui.

Campagnes d’information

C’est la raison pour laquelle on propose de multiplier les campagnes d’information pour sensibiliser l’opinion et inciter les gens à se déterminer sur un certain nombre d’interrogations dont les réponses doivent passer du stade consultatif à l’exécutif de manière à exercer une pression contraignante à inscrire dans une autre loi mieux rédigée, mieux pensée, plus complète et plus détaillée que la Loi Leonetti. Pour cette raison, il faudrait assortir cette opération de rédactions rédigées en communion avec le médecin qui est aussi un mourant auquel une formation devra être donnée pour impliquer sa conscience dans cette opération.

Sauvegarder la conscience

La sauvegarde de cette dernière sera indispensable au malade pour lui permettre de garder toutes ses relations avec autrui, faute de quoi il perdrait son statut plein et entier d’être humain car ce dernier n’est pas réduit à une machine pourvue d’une pompe qui bat à un certain rythme, mais un être humain, doté d’une âme, d’une autonomie, d’un réseau de neurones grâce auquel il est capable d’analyser une situation, d’en jauger les effets, voire de les contrecarrer, de nouer des relations, de les renforcer. Même pour un malade irrécupérable, la conscience peut se rétablir dans un délai maximum de 6 mois ce qui laisse place aux initiatives et à l’espoir.