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Avantages ou inconvénients de la folie ?

La folie d’un dictateur

La folie : une utile distanciation ?

dimanche 6 mars 2011, par Picospin

La question mérite d’être posée avec d’autant plus de perspicacité que cette étiquette ne rend pas nécessairement un mauvais service à ce chef d’état qui semble très bien savoir où il va et comment il y va.

Folie ou sauvetage ?

On ne sait si son comportement, ses discours et son attitude sont liés à une forme de folie ou si ces derniers éléments ne lui permettent pas de sauver sa politique sinon son pays dans la forme qu’il lui a donnée de la décrépitude. On sait bien que les fous savent parfois raisonner ce qui pourrait parfaitement être le cas de cet excentrique qui l’est peut-être trop pour être si rapidement logé dans la nef des fous. Il a su conclure des accords politiques et commerciaux, ménager des alliances, jouer un jeu politique qui lui permette de menacer les uns, prendre les autres en otage et faire comprendre à tous qu’après tout sa folie est moins dangereuse que la raison gardée des dirigeants d’une autre tendance qui sait parfaitement où elle va, a déjà donné des preuves de son rationalisme et a joué sur de nombreux terrains un jeu périlleux pour l’ennemi.

Deux tableaux valent mieux qu’un seul

Jouant sur ces deux tableaux, il s’avère plus menaçant que fou ce qui lui donne de l’autorité, le rend menaçant et dangereux et fait craindre le pire à des gouvernements qui ont besoin de son pétrole sinon de ses idées pour survivre dans un monde difficile qui attend les gouvernants au coin des palais de gouvernement, des plénipotentiaires et des marchands dont le commerce est l’activité principale sinon dominante et exclusive. Cette attitude n’est pas entièrement conforme à celle de ses dictateurs prédécesseurs qui eux avaient le tort ou sentaient sur leur frêle incarnation l’épée de Damoclès.

La raison des fous

Ils savaient raison garder comme on dit volontiers en France parce que leur activité, leurs pensées et leurs affects étaient dominés par la croyance en un destin et par conséquent d’une idéologie dont la mise en musique n’est pas toujours dénuée de risques et d’un dévoilement susceptible de mettre leur longévité politique en danger. Ce furent manifestement les cas des Hitler, Mussolini, Franco, Salazar et surtout Staline dont l’affiliation au marxisme communisme l’avait fait repérer rapidement comme un dangereux idéologue, hypothèse qui ne tenait pas la route devant ses brusques renversements de politique, de diplomatie et les nombreuses exécutions dans toute l’acception du terme d’une politique versatile réalisée sous les auspices d’une paranoïa dont l’intensité avait effrayé les partisans les plus proches et les plus fidèles.

Les fous du désert

On n’est pas sur que notre homme du désert qui sait parfaitement choisir ses gardes du corps féminins en fonction de leurs qualités esthétiques ait tellement envie de se battre pour une cause idéologique ou religieuse. Il sait parfaitement manager ses achats et ventes d’armes, ses contacts diplomatiques, ses alliances politiques. Dans ces conditions, jouer au fou ne relève pas d’un talent exceptionnel comme on l’a vu dans des personnages shakespeariens « J’ai une proposition farfelue pour le spectre parmi tant d’autres possible : le néant, le vide, le rien. » « La critique s’entend pour attribuer au fou une fonction de divertissement.

Quel destin pour les bouffons ?

Si on dénonce la licence et la crudité qui s’étalent dans les paroles du bouffon, non sans tempérer sa condamnation de quelque considération condescendante, sur les différences des mœurs… » La qualité de fou lui octroie une grande liberté d’expression…Le fou est un homme de peu d’esprit et dépourvu de raison qui finit par avoir plus de sagesse que ceux qui l’entourent ou le regardent et qui détenteur de vérité… » « Cette situation confortable excuse tous ses excès et détend les tensions de ses relations comme la force comique du personnage provenant de son fond de folie et de péché rappelle à chacun ceux des hommes en rappelant leur méconnaissance de la raison et des lois de Dieu, des dieux et des hommes. » N’est-ce pas un rôle à la mesure de ce héros du désert qui s’en va, escorté par femmes et éléphants à la rencontre avec on ne sait quel héros, quel mystificateur, quel inspirateur de magies aux confins du sable et de la mer. Est-on certain de ne pas avoir vu sortir des flots une sirène appelant d’un discret signe de son index le maitre provisoire des lieux pour lui confier un secret : la promesse que peut-être bientôt d’autres sirènes flanquées de leurs compagnons se porteront à son secours pour lui apporter quelque soutien tangible et une protection capable de sauver son royaume ?

Questionnement éthique :

1. A partir de quand la confrontation entre raison et déraison a-t-elle cessé de se faire dans la dimension de la liberté et où la raison a cessé d’être pour l’homme une éthique pour devenir une nature ? (in Foulault M. Maladie mentale et Psychologie, PUF, Paris 1997.)

2. Est-ce que la folie est devenue un processus aliénant qui enchaine la nature dans son déterminisme ?

3. Peut-on dire que l’homme est devenu folie et liberté ou nature de la nature et vérité de la vérité ?

4. Est-ce que la psychologie pourrait un jour maitriser la folie ou est-elle contrainte de se taire ?