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La forme déguisée du racisme ?

jeudi 1er novembre 2007, par Picospin

Le racisme prend-il une forme scientifique pour percer le mur dressé par l’éthique et la morale pour le conserver sinon le faire fructifier ? C’est cette question qui est posée actuellement à la lumière du développement récent des tests ADN dont d’aucuns pensent que cet examen est susceptible de donner un coup de fouet aux vieux démons en cours au 20è siècle. Le statisticien et économiste Stéphane Jugnot s’interroge dans le Monde en date du 1er novembre sur les probabilités de réalité de cette hypothèse.

Couleurs de peau

L’institut National Démographique n’a-t-il pas proposé d’introduire une enquête sur la couleur de la peau dans les questions touchant les trajectoires et origines des personnes représentatives de la population française. Officiellement ce survol des mouvements et migrations est destiné à analyser le chemin des immigrés et des enfants d’immigrés, leur degré d’insertion et les éventuelles discriminations qu’ils subissent. Le racisme est une attitude d’esprit répandue, commune à toutes les sociétés. Elle est devenue hélas !, banale dans certains pays parce qu’il arrive qu’on ne se rende pas compte immédiatement des dégâts sur la l’individu et la société qu’elle engendre. Le racisme consiste à se méfier, à mépriser, des personnes ayant des caractéristiques physiques et culturelles différentes des nôtres. Ce n’est pas parce qu’un comportement est courant qu’il est normal. En général, l’homme a tendance à se méfier de quelqu’un de différent de lui.

Définition et historique

La cible est par excellence l’étranger. C’est un comportement - il est universel - aussi ancien que l’être humain et qui touche tout le monde. Apparu au XVe siècle en France, le terme "race" vient du latin "ratio" qui signifie entre autres "ordre chronologique". Cette référence se retrouve dans l’acception biologique qui s’impose ensuite : la race est alors comprise comme un ensemble de traits biologiques et psychologiques qui relient les ascendants et les descendants d’une même lignée. Utilisé d’abord comme terme d’élevage - où la race dite "pure" résulte en fait de métissages contrôlés - le terme sera appliqué à l’homme dans une optique d’emblée raciste au XVIIe siècle. La science a démontré depuis que cette notion de race n’a pas de pertinence scientifique. Elle s’intéresse surtout aux hommes et que les différences d’ordre génétique avancées comme essentielles (couleur de la peau ou des yeux, forme des crânes ou des cheveux) sont négligeables au regard des différences biologiques entre individus. Ce système affirme la supériorité d’un groupe racial sur les autres, en préconisant la séparation de ceux-ci à l’intérieur d’un pays à l’exemple de la ségrégation raciale ou même en visant à l’extermination d’une minorité comme le fit le racisme antisémite des nazis. Cette idéologie établit une relation de domination qui se manifeste à tous les niveaux de la vie sociale et se fonde sur une pensée qui justifie une hiérarchie entre les groupes humains. Le racisme se manifeste dans des idéologies, des représentations, des attitudes et des préjugés, dans des actes concrets de violence ou de rejet, sous forme de discours politiques ou de pratiques discriminatoires et de règlements institutionnels étatiques.

Fondamentalismes

Les croyances fondamentalistes de toutes sortes ont envahi le monde... Le racisme est une invention humaine, relativement moderne et qui n’est pas absolument inévitable". On comprend difficilement les réticences de l’Europe à accepter la diversité, la société multiculturelle et multinationale qui ne peut que s’enrichir de cette diversité. Pourtant, la présence continue du racisme dans notre société ne peut être ignorée. Le racisme touche tout le monde. Il dégrade nos communautés et engendre l’insécurité et la peur. Les discriminations fondées sur les religions et les croyances se manifestent envers des groupes d’appartenance diverse. C’est les cas de l’antisémitisme, où le racisme est dirigé contre les Juifs, et de l’Islamophobie, dont les cibles sont les musulmans. Il s’agit de croyances rigides reposant sur une généralisation abusive et sur une erreur dans le jugement, qui revient à attribuer des traits formant clichés à divers groupes humains.

Intolérance

L’intolérance est un manque de respect pour les pratiques et les convictions d’autrui. Elle apparaît lorsque quelqu’un refuse de laisser d’autres personnes agir différemment des siennes et exprimer des opinions différentes. L’intolérance peut conduire au traitement injuste de certaines personnes en raison de leurs convictions religieuses, de leur sexualité, de leurs vêtements ou de leur coiffure. L’intolérance n’accepte pas la différence. Elle est à la base du racisme, de l’antisémitisme, de la xénophobie et de la discrimination en général. Elle contient en germe le risque d’entraîner la violence, l’extermination systématique d’un groupe humain, au nom d’une conception idéologique ou des actions entreprises en vue de détruire, tout ou partie d’un groupe racial, national, ethnique, ou religieux.

Risques d’exterminations

Ce sont ces arguments qui servent de justification à l’entrée du racisme et de ses dérivés dans la société scientifique, intellectuelle, voire artistique ou mondaine. En l’absence de procédures de contrôle d’accès aux statistiques, la boîte de Pandore risque fort d’être ouverte pour longtemps et de le rester tant que des mesures strictes ne seront pas prises pour mettre un terme à ce qui peut facilement devenir une habitude, une tradition sinon un paradigme. Dans cette dérive en spirale, le danger est d’autant plus grand qu’ont été enrôlés des chercheurs, des scientifiques qui peuvent très bien être heureux de parvenir à l’objectif lointain, peut-être inespéré d’une analyse « biologique » ou génétique des populations. Ces notions pourraient s’avérer d’autant plus précieuses qu’elles ont été obtenues à moindres frais, sans entamer le capital de « bonne éthique » dont ils ont besoin pour paraître aux autres, aux collègues et à leurs pairs, surtout à eux-mêmes comme purs de toute tâche. Ils auront pu éviter ainsi toute incursion dans des territoires sensibles d’où ils auraient risqué d’être rapidement exclus. Comme le rappelle Stéphane Jugnot, scientifique ne rime pas nécessairement avec éthique si l’on se réfère à la pensée et aux déclarations d’un scientifique français émigré aux Etats-Unis et qui défendait un eugénisme volontariste par le recours à l’euthanasie.

Des comités d’éthique au Rwanda

Les Comités d’éthique ne s’occupent guère des publications concernant les sciences sociales à l’opposé de ce qui se passe pour l’examen rigoureux des protocoles de recherche innovants. Quand elles sont répétées, les classifications ont tendance à devenir naturelles comme on l’a vu au Rwanda où la distinction entre Hutu et Tutsi ne reposait sur aucune différence ethnique ou linguistique mais restait confinée au domaine social. C’est sous l’influence des colonisateurs qu’elle est sortie de cette catégorie pour devenir ethnique. On sait ce qui est advenu de la construction de ce mur imaginaire qui loin de limiter les massacres entre deux communautés, les a encouragés. Catégoriser comporte toujours un risque dont il est difficile sinon impossible de se défaire surtout quand ce mode de différentiation se répand comme une traînée de poudre auprès des personnes les moins bien éduquées, les plus aptes à la naïveté et à l’adoption immédiate des idées les moins vérifiables, les plus saugrenues. Cette attitude risque de devenir d’autant plus dangereuse qu’elle est cautionnée par les meilleurs esprits de la nation.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que le racisme est éthiquement condamnable et si oui pourquoi ?

2. Pour quelle raison est-il si tenace et si difficile à extirper du catalogue des « idées reçues » ?

3. Est-ce que la diversification de la population vivant côte à côte est un facteur de diminution ou d’exacerbation des attitudes racistes ?

4. Quels sont les moyens de lutter contre un sentiment, une idéologie, un raisonnement, un mythe dont les effets sont néfastes sur l’harmonie de la vie sociale, économique, spirituelle, intellectuelle, voire scientifique ?

5. Comment peut-on considérer l’apartheid qui a prétendu résoudre le problème du racisme en séparant des populations d’ethnie différente ?

6. En est-il de même dans les enfermements dans des ghettos qui ont servi de premiers exemples à la séparation entre communautés ?

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