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Les conséquences heureuses d’une grande découverte

La génétique au secours de la police

L’histoire des empreintes génétiques

mardi 26 août 2008, par Picospin

En France, où une série d’affaires fait l’objet de nouvelles investigations, le phénomène reste moins marqué qu’outre-Atlantique, où la génétique a souvent permis d’établir l’innocence de personnes condamnées à mort, voire exécutées.

Un fichier précieux

Le Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques vise à faciliter l’identification et la recherche des auteurs d’infractions à l’aide de leur profil génétique et des personnes disparues grâce à l’analyse de l’ADN de leurs descendants ou ascendants. Créé en 1998, cet organisme ne s’intéressait au départ qu’aux infractions de nature sexuelle. Son champ d’action s’est étendu à la quasi-totalité des personnes condamnées ou mises en cause pour des crimes ou des délits d’atteintes aux personnes et aux biens. En 2007, il a centralisé les empreintes génétiques de plus de 600.000 personnes dont les résultats sont conservés pendant quarante ans pour les personnes condamnées. Un des cas les plus typiques reste celui de Grégory Villemin, âgé de 4 ans, qui avait été retrouvé mort le 16 octobre 1984 dans les eaux de la Vologne, mains et jambes liées, à 7 kilomètres du domicile de ses parents. Les enquêteurs ne disposaient pas au moment du crime de la technique des empreintes génétiques.

Une belle invention

Celles-ci avaient été mises au point par le professeur Alec Jeffreys de l’université de Leicester au Royaume Uni et furent utilisées pour la première fois dans une affaire criminelle en 1985. Elles consistent à établir un profil génétique spécifique d’une personne à partir des éléments biologiques (spermatozoïdes, cellules de sang, de peau, de salive...) susceptibles d’être retrouvés par les enquêteurs sur la scène du crime. La comparaison de ce profil avec celui des différents suspects connus a, depuis une vingtaine d’années, permis de confondre les coupables dans un grand nombre d’affaires, avec une probabilité d’erreurs quasiment nulle. Dans le même temps, les performances de cette technique n’ont cessé de progresser au point de soulever de nouveaux problèmes dans l’interprétation des résultats. Cette technique est apparue hautement performante même s’il fallait disposer d’échantillons biologiques importants. On pouvait, par exemple, travailler sur une tache de sang mais pas sur un mégot de cigarette.

Un tournant

Le tournant, dans ce domaine a été pris au début des années 1990, grâce à l’apport d’une autre technique, dénommée PCR, qui permet d’amplifier les fragments d’ADN observés. On a pu obtenir des résultats sur des éléments biologiques de plus en plus petits, invisibles à l’oeil nu et de plus en plus anciens. Les collègues qui ont travaillé dans le domaine de « l’archéogénétique » ont bénéficié de différents apports techniques, progressivement standardisés qui ont ensuite permis d’améliorer nos performances. Le laboratoire de Nantes pratique chaque année plus de 70.000 analyses d’empreintes ADN, dont une majorité concerne des personnes condamnées pour des crimes ou des délits, ce qui permet de les ficher génétiquement. Selon la difficulté technique d’identification, ces analyses sont facturées entre 17 et 500 euros l’unité. Les laboratoires spécialisés peuvent établir une empreinte génétique à partir d’une seule cellule du corps humain, quelle que soit sa provenance, comme ils le font à partir d’une seule cellule embryonnaire dans le cadre du diagnostic génétique pré-implantatoire. L’augmentation considérable de la sensibilité de la technique soulève, en médecine légale, de nouvelles difficultés.

Une ou plusieurs cellules ?

Puisque pour des raisons pratiques, il est impossible de conclure à partir d’une seule cellule retrouvée sur la scène du crime, il faut disposer au minimum d’un échantillon d’une dizaine de cellules. Dans l’affaire Villemin, c’est le laboratoire nantais qui avait été choisi par la justice pour tenter de retrouver des traces génétiques présentes dans la salive utilisée pour coller le timbre sur la lettre anonyme reçue, le lendemain de l’assassinat de leur enfant, par les parents de la victime. Contrairement à ce qui a pu être rapporté, nous avons bien retrouvé des traces d’ADN humain sur ce timbre. Mais il s’agissait d’un mélange d’une dizaine de profils génétiques, ce qui interdisait d’utiliser cette information. Rien ne permet d’affirmer que de futures analyses sur les scellés concernant, par exemple, les vêtements de l’enfant ou les cordelettes apporteront une réponse.

Quelles conditions de prélèvements ?

Les prélèvements pratiqués en 1984 ne respectaient pas les règles qui ont été codifiées depuis. Aussi performante soit-elle, cette technique génétique ne doit, pas plus que l’ADN, être sacralisée. Il s’agit pour les généticiens, d’aider au mieux les enquêteurs mais, l’enquête reste la clef de voute de l’investigation dont nous sommes les instruments. La récente affaire du petit Valentin, retrouvé mort poignardé à Lagnieu (Ain), a démontré à quel point la technique de comparaison des empreintes génétiques pouvait être médiatiquement sacralisée. Ce phénomène et cette appréhension particulière de la question sont d’autant plus étonnants que l’enquête traditionnelle de gendarmerie a permis facilement d’identifier l’auteur présumé du crime.