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La guerre ou la paix ? Un choix ou une fatalité ?

lundi 26 novembre 2007, par Picospin

Est-ce que René Girard vivant aux approches de deux cultures revient à la mode ? Cette éventualité n’est pas impossible à admettre en raison des thèmes que traite ce philosophe anthropologue, d’inspiration chrétienne qui vit depuis longtemps aux Etats-Unis pour y enseigner ses concepts, sa thématique et les résultats de son inspiration.

Philosophe et anthropologue chrétien

Il est de retour en France par l’intermédiaire de deux livres, « De la violence à la divinité » et « Achever Clausewitz » dans lesquels il livre ses réflexions sur la guerre, la violence, le christianisme, le désir mimétique et le mécanisme victimaire. Il est vrai que, traitant de ces sujets, il n’a que l’embarras du choix, tant les exemples de tels évènements ne manquent pas au cours des siècles passés. Les guerres n’ont manqué, en effet, ni en Europe ni ailleurs dans une monde dont l’auteur craint la destruction future dans un délai encore imprécis mais apparemment inéluctable. A l’appui de sa thèse, il ne craint pas de citer comme exemple les habitants de New York dont plus de la moitié de la population envisage d’assister ou de vivre la fin du monde.

Peur à New York

On peut seulement se demander si ce pessimisme d’inspiration apocalyptique n’est pas lié aux évènements récents survenus dans cette mégapole à l’occasion de la destruction des Twin Towers par des forces venues d’ailleurs en tant que pulsion rivalitaire, religieuse, nationale et idéologique. Une chose est cette force de destruction, cette volonté d’anéantissement par des groupes issus d’une culture différente, sans doute rivale, une autre est le déclenchement des guerres qui seraient auto entretenues dès lors qu’elles ont échappé au politique ce qui, d’après notre prophète, serait le phénomène le plus fréquent. Ce qui est plus difficile à comprendre dans sa pensée est l’angoisse de la fin du monde qui se transforme en hantise à mesure que la situation se dégrade objectivement et que la mondialisation qui avait été saluée comme l’avènement d’un monde meilleur se mue brusquement en terreur, vision d’une destruction totale à moins que ne survienne entre temps, sinon bien avant cette échéance, la réalisation du royaume.

Du ressentiment ?

Les prédictions pessimistes au sujet de l’Islam se rapprochent-elles de celles prononcées par Huntington à propos du « Choc des civilisations » ? Dans ce conflit, l’Islam serait miné par le ressentiment, archaïsme qui n’a pas été défait par le biblique et qui aurait tendance ou aurait eu tendance à remplacer le communisme, autre succédané des religions sacrificielles. La conséquence de ce revirement soudain par le jeu des conflits allumés ici et ailleurs, des antagonismes, des rivalités et des idéologies d’inspiration religieuse est que la colère des uns a contaminé celle des autres. La colère de l’Occident ne s’exprime plus envers les autres.

Un boomerang

Comme un boomerang, il est maintenant accusé d’être un fauteur de troubles qui empêche les générations issues d’autres cultures de s’épanouir, d’accéder à un rôle utile dans la société. Autrefois admiratif de la mondialisation capable d’apaiser toutes ses angoisses, ses soucis, ses craintes d’une fin du monde proche, il vient de procéder à une volte-face brutale dans laquelle la violence s’accroît, la compétition s’exaspère, le mimétisme de la rivalité et le désir de ce dont l’autre veut s’accaparer s’exaspère au point au point d’engendrer des conflits qui nient la paix éphémère qui avait été souhaitée par tous. Pour étayer son propos, notre prophète invite à sa table Karl von Clausewitz, génial général prussien, peu combatif mais qui avait compris que les forces vives d’un pays ne sont pas représentées par son armée mais par le peuple qui défend sa culture, son histoire et son territoire.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que les défenseurs d’un territoire ont plus de droits que les assaillants en général ou l’armée régulière en particulier ?

2. Quelles sont les différences survenues récemment entre le comportement d’une armée régulière et de francs tireurs qui se battent dans le secret, les souterrains parce que leurs moyens ne leur permettent plus de rivaliser en pleine lumière du combat avec des adversaires de force égale ?

3. Faut-il préférer le combat face à face même au prix de pertes lourdes en vies humaines à la négociation, quitte à perdre la face ou à prendre le risque d’une défaite partielle ?

4. Est-ce que le mimétisme peut être la seule source de rivalité, de partage du désir et de recherche de la violence pour régler les conflits ?


Sources :
Le Monde : Jean Birnbaum. Terreur en Occident. 23.11.2007
Girard R. Le bouc émissaire. Paris, 1982. Grasset