Ethique Info

Accueil > Société > Civilisation > La médecine est-elle un art, un humanisme ou une science ?

La médecine est-elle un art, un humanisme ou une science ?

jeudi 17 janvier 2013, par Picospin

A l’appui de cette thèse, ils citent indifféremment l’affaire du Mediator, l’absence du principe de précaution qui a dominé la gestion de cette affaire, le nombre considérable, pléthorique des prescriptions incontrôlées sans citer à l’appui de cette critique les mesures proposées pour arbitrer la rédaction des ordonnances ni proposer la moindre les règles de conduite capables de remettre de l’ordre dans cette gabegie de produits pharmaceutiques dont les risques augmentent à mesure de leur efficacité.

Contrôles

Qui devrait se charger du contrôle des ordonnances, de la compatibilité des produits prescrits, de leur dosage ni de l’information au public des risques et périls courus par les « bénéficiaires » de la charité de l’état, de sa largesse et de sa faible considération pour la formation des prescripteurs c’est à dire des médecins ? On ne s’est guère posé la question de savoir dans quelles conditions ces derniers seraient capables d’être gavées, comme oies de Gascogne, des connaissances indispensables à assurer la sécurité des patients, destinataires des ordonnances ainsi prescrites. Le savoir exigé des apprentis médecins est devenu inassimilable pour un cerveau normalement constitué. Cette situation aboutit à l’extrême vulnérabilité de la science médicale prise en étau entre la pression de la science, celle des laboratoires pharmaceutiques et celle des patients et de leur famille exigeant que des miracles soient accomplis chaque jour en vue d’assurer la guérison sans risque, ni effets secondaires, ni impondérables d’un des leurs.

Contrôle de qualité

Qui doit décider de la qualité des produits à prescrire au profit de telle ou telle pathologie ? Cette question a été posée sans recevoir la moindre réponse car elle ne saurait être valablement reçue que par l’intermédiaire des enseignants de la médecine installés bien au chaud derrière l’estrade de leur chair d’où ils pourraient avoir – ont de fait – l’autorité, la compétence, l’expérience pour guider vers le droit chemin les étudiants confiés à leur formation. C’est à une refonte complète de l’enseignement de la médecine qu’il convient probablement de songer pour éviter que les étudiants d’aujourd’hui deviennent les bons médecins de demain, ceux qui se soumettraient aux conseils si généreusement dispensés dans l’article commenté dans « Le Monde ». Mes réflexions rejoignent point par point celles rédigées dans ce manifeste si on veut bien se donner la peine de le parcourir avec rigueur et objectivité : « Qu’il s’agisse de médicaments et d’actes diagnostiques et thérapeutiques, il y a à la fois sous-prescriptions, sur-prescriptions et prescriptions inadaptées parce qu’il est matériellement impossible aux médecins de suivre toute l’actualité scientifique ; parce que certains actes rémunérateurs pour le praticien ou l’établissement hospitalier continuent d’être remboursés, alors que leur justification clinique a disparu ; parce que l’assurance-maladie non seulement n’exploite pas ou peu les données qu’elle possède mais aussi et surtout rend difficile aux chercheurs d’y avoir accès et l’interdit à tous les autres acteurs, même quand l’autorise la Commission nationale de l’informatique et des libertés ! ».

Prescriptions à bon escient ?

« Ce n’est pas parce qu’un médicament est efficace qu’il est toujours prescrit à bon escient », peut-on lire dans cet article, point sur lequel il n’est pas difficile de parvenir à un consensus sinon un accord. C’est justement le travail de tout médecin qui se respecte que de peser le pour et le contre de chaque produit prescrit à une personne, à un patient et non à un zombie. La première notion largement distribuée aux nouveaux étudiants en médecine est celle d’évaluer le rapport bénéfice risque d’un traitement avant d’en prescrire l’absorption. La comparaison avec un instrument de musique mérite sans doute d’être revue à la lumière des considérations proposées ci-dessus. Ce n’est pas au malade de savoir tirer de chaque prescription le meilleur bénéfice. On sait depuis longtemps qu’on ne traite ni une machine ni une collectivité, ni une statistique mais un être humain avec ses particularités, ses réactions individuelles, son passé, son histoire, son vécu et ses caractères génétiques. On ne saurait donc prévoir pour chaque malade, ses réactions particulières aux mesures diagnostiques et thérapeutiques proposées par l’équipe médicale.

Un dialogue singulier

C’est bien dans cette perspective qu’intervient l’histoire particulière du médecin qui est porteur d’un message à l’intérieur duquel s’exprime une expérience, forgée à coups de succès mais aussi d’échecs, de souvenirs douloureux et de succès, voire de triomphes inattendus. S’il est vrai que l’éducation des médecins ignorait, sinon avait caché pendant longtemps l’importance de la budgétisation dans le management de la médecine cette tendance diminue progressivement à mesure que diminue l’influence culturelle apportée dans certaines civilisations par les aspects religieux, moraux, voire éthiques.

De l’obscurantisme à la lumière

Qu’il y ait dans l’exercice de la médecine une part non négligeable ou excessive « d’obscurantisme, de suffisance, d’impuissance et de laxisme » est un truisme qui mérite assurément l’attention des malades, de leur famille et des associations chargées de les défendre. Que la comparaison avec la médecine japonaise devienne le standard indiscutable de toute évaluation internationale est une autre proposition qui réclame plus de rigueur, de réflexion, voire de pondération.

Messages