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Une nouvelle éthique pour l’homme face aux animaux

La mémoire infaillible des corbeaux

Quels droits pour l’homme vis à vis de ses compagnons ?

dimanche 7 septembre 2008, par Picospin

Dans la région de Seattle, aux Etats-Unis, où les cités des banlieues ont cru à une incroyable rapidité, ce phénomène a attiré une importante population de corbeaux. Les spécialistes de la recherche dans le domaine de la vie sociale de ces animaux en ont profité pour se livrer sur eux à des études qui ont rapidement révélé qu’ils étaient capables de reconnaître avec une énorme facilité les visages humains.

Des corbeaux et des hommes

Les enquêtes précédentes sur cette espèce animale avaient révélé que les individus qui avaient été piégés montraient des signes de méfiance envers les chercheurs qui les avaient capturés autrefois et de ce fait étaient infiniment plus difficiles à capturer. Cette méfiance pouvait avoir été liée à un certain agacement qui est sans doute insuffisant à expliquer les difficultés d’approche qu’ont eu les chercheurs à réaliser leurs travaux sur ces animaux. Pour élucider ce problème, les et en particulier l’aptitude des oiseaux à reconnaître les têtes séparément, en dehors du contexte de l’habillement, de leur démarche ou d’autres caractéristiques du comportement de l’homme, les scientifiques accompagnés de leurs étudiants ont revêtu des masques en caoutchouc. Pour ce faire, cette équipe a dessiné un masque considéré comme dangereux et un autre reproduisant la figure de Dick Cheney considérée comme « neutre ». Les enquêteurs ont alors placé 7 corbeaux dans le campus universitaire pour y être réunis auprès du masque considéré comme dangereux. Au cours des mois suivant cette opération, chercheurs et bénévoles ont mis les masques sur le campus, cette fois en obligeant les oiseaux à emprunter des chemins obligatoires toutefois sans les ennuyer.

Masques et mémoire

Ces derniers n’avaient rien oublié de leur expérience passée. Ils ont grondé les gens portant le masque « dangereux » beaucoup plus souvent et avec beaucoup plus d’intensité qu’avant d’avoir été piégés même lorsque ce masque avait été déguisé par un chapeau ou lorsque celui-ci avait été porté à l’envers. Tout au contraire, le masque « neutre » ne provoquait aucune réaction. Cet effet a non seulement persisté mais encore s’est accentué au cours des deux années suivantes. Le directeur scientifique de cette expédition continua de se promener sur le campus où il fut sermonné par 47 des 53 animaux qu’il a rencontrés, ce qui constituait un nombre nettement plus grand que celui qui avait été recensé auparavant. Cette constatation a conduit à faire l’hypothèse selon laquelle les corbeaux apprennent à identifier les hommes qui les menacent. Les étudiants qui ont participé à cette expérience ont eu recours à un créateur de masques professionnel puis revêtirent les nouveaux masques pendant qu’ils se mirent à piéger les corbeaux à plusieurs endroits dans et en dehors des sites de Seattle. Les chercheurs ont ensuite remis un mélange de masques « dangereux » et neutres à des observateurs bénévoles qui, sans connaître l’histoire et la signification des masques les ont portés sur les lieux des divers endroits piégés pour enregistrer les réponses des corbeaux.

Dangers et méfiance

La réaction à un des masques dangereux a été spectaculaire. Les oiseaux ont été littéralement très bruyants, criant continuellement sans que ce comportement puisse être mis sur le compte d’une autre cause que celle de la vision des masques. Ils ont râlé plus vigoureusement contre ceux qui portaient un masque dangereux. Lorsqu’ils étaient confrontés à la présence des deux masques ensemble, ils ont choisi de persécuter celui qui leur apparaissait comme dangereux. Dans le centre de la ville où la plupart des passants ignorent les corbeaux, les oiseaux en colère se sont mis à toucher leurs ennemis humains. A l’extérieur de la ville, à la campagne, où les corbeaux sont plutôt considérés comme des rats volants bruyants et de ce fait sont plutôt l’objet de tirs, ils ont exprimé leur contrariété de loin. De ces travaux, on a tiré la conclusion que cette capacité à reconnaître le danger est susceptible de conduire à un autre stade de l’évolution. Si on parvient à apprendre qui éviter et qui choisir comme ami, c’est une habitude infiniment plus facile à acquérir que d’être continuellement sur le qui vive. Cette propriété acquise par les animaux les aide à survivre avec nous et à profiter de nous d’une manière infiniment plus sure et plus efficace.

Expériences et éthique

Au moment où des travaux sont entrepris aux Etats-Unis pour mettre en valeur les traits caractéristiques du comportement de certains animaux et en l’occurrence ceux des corbeaux, des interrogations commencent à se faire jour en France pour comprendre quelle est la part prise dans le conscient et l’inconscient collectif de la souffrance infligée à certains animaux du fait du comportement de la société envers certaines espèces. Parmi ces dernières, qu’il suffise de citer les faits et gestes ancestraux liés à la gastronomie, sacro-sainte tradition de la table française qui fait fi de la vie et du bien être des bêtes au profit d’un moment de satisfaction de la part de la riche clientèle des restaurants qui voient arriver sur leur table l’incontournable foie gras, la saveur de l’andouillette ou la succulence d’un gibier abattu comme un forcené et tiré à bout portant dès que le malheureux animal, maintenu en cage pendant des jours, s’échappe d’une cage subitement ouverte et dont il ne peut s’échapper faute d’avoir volé pendant trop longtemps. A ce moment, il est abattu comme un simple objet inerte, et livré à la sagacité des chiens de chasse encouragés dans leur tâche par leurs maitres.

Chasse, pêche et gastronomie

Cette situation est unique en Europe et si particulière à la France qui occupe d’ailleurs la lanterne rouge dans le classement de la commission de Bruxelles. La chasse y est une des activités privilégiées au point que lors des élections, le parti chasse, pêche, tradition y recueille un nombre non négligeable de suffrages. L’éthique concernant les animaux est loin d’y avoir acquis ses lettres de noblesse car le privilège de la réflexion est revenu à un humanisme fortement influencé par Descartes et qui a placé l’homme au centre des préoccupations morales, laissant largement les animaux flotter autour d’un système qui n’accorde guère de considération aux animaux, sauf à s’adresser à Spinoza. Ce dernier, a préféré depuis longtemps englober dans une même réflexion le Créateur et toutes les créatures qu’elles soient animées ou inanimées. A mesure qu’évolue une certaine pensée philosophique, les frontières entre ces états s’estompent pour s’effacer rapidement et impliquer de moins en moins souvent les catégorisations. Le rapport de l’animal à l’homme occupe des positions variables en distance, tantôt éloignées lorsque le premier se situe à un lien affectif distendu ce qui ne permet que rarement d’en saisir la proximité intellectuelle et émotionnelle avec le second.

Gavages
C’est le cas des gavages d’oies ou de canards, de l’élevage en batterie ou les bêtes ont perdu toute spécificité car déjà placées dans une catégorie hors de portée du relationnel avec les hommes. Sous prétexte que les animaux seraient moins intelligents que les hommes ce qui reste à démontrer pour toutes les espèces et réduits au silence par leur absence de langage, comment accepter éthiquement que le premiers puissent se permettre de faire souffrir les seconds. Difficile question quand on songe que l’homme est capable de faire des projets selon certains dont certains sont capables de nuire à l’animal en particulier. Si ce dernier est inférieur à l’homme, sa capacité de nuire restera au-dessous de celle de l’homme réalisant ainsi un avantage à son profit. Le monde contemporain tend avec difficulté à montrer la continuité entre les vivants et les responsabilités qu’elle implique. Tant mieux si cette idée force s’empare des responsables pour empêcher la torture et l’esclavage, la maltraitance des animaux domestiques, les exhibitions dans les cirques ou l’enfermement dans les zoos. Ces concepts et ces espérances sont dérivés de celles qui autrefois avaient cours pour l’homme. Il lui appartient de les appliquer à ses frères estimés comme lointains alors que deux à quatre chromosomes au plus les séparent d’eux.