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Débat éthique sur le don d’organes

La plus belle fille du monde…

Vie ou mort ?

jeudi 12 juin 2008, par Picospin

Agé de 45 ans, cet homme est ramassé sur la voie publique au moment où il aurait été victime d’un infarctus du myocarde comme le suggère sa symptomatologie. Pour confirmer cette hypothèse que l’auteur de l’article se plait à commenter en justicier, il est immédiatement noté que ce patient savait qu’il présentait tous les caractères d’un sujet à haut risque de pathologie cardio-vasculaire ce qui aurait du l’inciter à plus de prudence et à respecter les recommandations et prescriptions proposées ou ordonnées par les médecins.

. C’était donc un mauvais citoyen – mais peut-être un bon donneur d’organes - qui osait braver les conseils de la Faculté et de ce fait était puni par là où il avait péché. Il était victime d’un autre accident cardiaque, d’origine coronarienne que les cardiologues en place à l’hôpital où il avait été transporté n’ont pas cru raisonnable de soigner puisque le cœur n’avait repris aucune activité mécanique même si aucun renseignement réellement d’ordre scientifique n’est rapporté dans l’article en question et que l’on ne sait si une activité électrique, habituellement détectable sur un simple Electrocardiogramme avait été décelée et analysée. La suite de l’affaire ne se passe plus dans les salles de diagnostic et de traitement de l’hôpital mais bien plus loin, dans d’autres bureaux où est initié un débat original et parfois douloureux sur les prélèvement d’organes que le patient, entre la vie et la mort, était prêt à donner si l’on en croit l’opinion des chirurgiens, requis pour cette procédure. Comme les résurrections n’arrivent pas qu’une seule fois, cette éventualité est arrivée chez ce « malade-vivant-mort-candidat- donneur d’organes. » Il était tout simplement sur le point de se réveiller de cette aventure insolite, reprise de la vie qui est confirmée par l’évolution spontanée émaillée de complications mais sans qu’existe le moindre signe de séquelle neurologique. Pendant ce temps, alors qu’aucun détail n’est publié sur l’état de conscience du malade quant au projet d’en faire un donneur d’organes, les discussions animées se poursuivent dans un centre qui porte le nom rassurant de « Espace éthique de l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris » où sont débattus en permanence des problèmes éthique que les médecins croient devoir soumettre à des personnalités compétentes dans ce domaine. C’est au cours de cette discussion que l’on apprend de source sûre et diverse par l’intermédiaire des urgentistes et réanimateurs qu’il existe des cas semblables où une personne considérée comme décédée ne l’est pas en réalité et que l’on doit se méfier de ces pièges – en réalité fort rares – avant de prendre des décisions qui risquent de compromettre le succès même tardif d’une réanimation. Une telle situation, est-il ajouté dans l’article – n’aurait pu survenir il y a seulement 2 ans quand les prélèvement à « cœur arrêté » restaient interdits en France contrairement à ceux réalisés à « cœur battant » mais à activité cérébrale arrêtée. Cette situation se retrouve assez fréquemment au cours des accidents traumatiques graves lorsque les lésions cérébrales sont telles que toute activité du système nerveux est suspendue sinon définitivement arrêtée. Cette rifiée par l’enregistrement d’un Elecroencéphalogramme qui ne montre aucune activité cérébrale et qui pour cette raison est appelé « plat » car toutes les ondes enregistrables ont disparu, ne laissant qu’un tracé plat sur l’enregistrement. C’est ce que l’on appelle aussi mort encéphalique par référence au cerveau dont les signes d’activité ont définitivement disparu. Cette éventualité est facilement vérifiable par l’Electroencéphalogramme qui décrit l’activité cérébrale sous forme d’ondes de petite amplitude qui disparaissent quand le cerveau s’éteint. Les prélèvements d’organes « à cœur arrêté » sont une modalité particulière de don d’organe pour lequel la mort du donneur n’est plus seulement cérébrale mais suite à un arrêt cardiaque irréversible.Les donneurs potentiels sont des personnes en arrêt cardiaque irréversible. Le protocole médical rédigé par l’Agence de la biomédecine précise que le diagnostic de la mort est établi par le médecin qui a en charge le patient en toute indépendance des équipes de prélèvement et de greffe. Il est seulement rappelé les recommandations de délai minimum pour la déclaration du décès :la constatation d’un arrêt cardiaque réfractaire est défini par l’échec des manœuvres de ressuscitation (massage et réanimation cardio-respiratoire réalisée dans des conditions optimales) et la constatation, dans ces conditions de réanimation, d’une période d’au moins 30 minutes sans aucune efficacité cardiaque électrique et a fortiori hémodynamique ; la constatation pendant 5 minutes, après l’arrêt des manœuvres de ressuscitation d’un tracé électrocardiographique d’asystolie irréversible. Ce tracé doit si possible être enregistré pendant 5 minutes consécutives. Les équipes médicales en charge de la réanimation du sujet en arrêt cardiaque réfractaire sont libres de poursuivre toutes les manœuvres de ressuscitation, quelles qu’elles soient, autant que l’impose les conditions de survenue de l’arrêt cardiocirculatoire, les antécédents et l’âge du patient. Le sujet est examiné comme un potentiel donneur seulement après le constat du caractère irréversible de l’arrêt des fonctions cardio-respiratoires. Par contre, le protocole médical précise que le prélèvement d’organe ne peut être envisagé que si la durée estimée d’arrêt cardiaque non réanimé est inférieure à trente minutes et si le temps entre le début de l’arrêt cardiaque, son traitement, la « période d’observation », le transfert avec reprise des manœuvres et la mise en place des moyens de préservation des organes est inférieur à 120 min. (protocole Agence de la Biomédecine, 2006). Ce type de prélèvement a fortement augmenté aux États-Unis avec près de 645 interventions en 2006, ce qui correspond à près de 8 % des donneurs décédés, l’essentiel des dons étant fait après arrêt de toute réanimation, entraînant alors l’arrêt cardio-circulatoire définitif1. En France, ce type de prélèvement est pratiqué depuis fin 2006, dans 9 établissements pilotes. Une expérience qui devrait se généraliser à l’ensemble du territoire prochainement.


Source :
Le Monde 11.06.2008
Nau JY. Le donneur d’organes n’était pas mort