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La première machine : la locomotive

lundi 18 mars 2013, par Picospin

Un jour, la locomotive est bloquée par la neige, ce qui oblige les passagers du train à se réfugier chez le garde barrière, le temps que la locomotive surnommée La Lison, soit débloquée. Ce scénario de la « Bête humaine » d’Emile Zola sert d’introduction au discours philosophique sur les machines qui sont évoquées pour décrire les procédés d’humanisation, d’érotisation utilisées à leur égard pour en faire des outils d’investissement des fantasmes humains.

Un avatar

Elles sont un avatar des exigences vitales trop souvent opposées à l’idée de machine alors qu’elles nouent des rapports complexes comme celles créées par les géants sortis des usines américaines, en tant qu’enfants de l’homme. Selon Bergson dans l’évolution créatrice, le chemin de fer en tant que machine ne se limite pas à son mécanisme mais ouvre une infinité de possibilités aux hommes pour s’en servir comme applications jusque là insoupçonnées et insoupçonnables. La machine permet de créer de nouvelles conceptions, des productions, des usages nouveaux permis par ces techniques, d’autres possibilités qui risquent de devenir dans certaines expériences déshumanisantes. C’est le résultat de la démesure, des effets de l’homo faber avec le décalage trop souvent présent entre la ténuité de l’individu et la possibilité pour l’homme d’intervenir dans l’infiniment grand et l’infiniment petit, dans le gigantisme du fait de la puissance humaine qui s’extériorise par l’incarnation de l’exigence vitale, l’ivresse des technophiles, pourtant dépourvue de toute direction axiologique, mais à l’écoute à un besoin spécifique de l’homme souvent prompt à engager des comportements.

Cyborg

Un de ces avatars est représenté par les cyborgs de Skynet où s’étalent avec complaisance les capabilités du transhumanisme qui s’attaque à l’invention de nouvelles physiologies plus qu’à la correction des pathologies. C’est bien dans ce dernier que se réalisent les investissements actuels pour rendre l’homme immortel et puissant, capable de résister aux maladies et de remplacer les organes défaillants ou vieillissants, ne serait-ce que le cerveau à remplacer par un disque dur dont on peut craindre la qualité et les dérives des résultats, les difficultés de la prise des décisions. Des organismes non vivants peuvent le devenir, se régénérer au service d’un homme augmenté capable de fabriquer ses conditions de vie en transformant lui-même son environnement pendant que les machines usagées devenues amnésiques, ont oublié leur fonction en cessant du même coup d’être des machines. Dans les entreprises humaines gigantesques comme la construction des pyramides la collectivité des hommes relève-t-elle des mécanismes d’une machine ?

Homme ou machine ?

Le peuple des participants à ces projets devient un rouage dans une activité où chaque individu a une fonction bien définie dans un modèle d’édification au service d’un édifice. De cette activité, on passe à la fabrication d’objets destinés à circuler dans la nouvelle économie. Que survienne un dysfonctionnement dans cette organisation et l’on revient à l’âge de pierre moins par cette panne que par le "surfonctionnement" qui en est la cause, tellement nous somme devenus dépendants des techniques dont l’art pourtant consiste à se faire oublier. Est-ce que dans les pannes géantes d’électricité et donc d’éclairage on aurait retrouvé une humanité qui serait rendue à elle-même ou s’agit-il d’une humanité dépouillée d’un élément vital ? Nous vivons notre humanité dans un monde technique et symbolique sans lesquels on ne plus exister car on perd rapidement l’usage de ce monde. On ne vit pas dans un monde naturel quand on en perd l’usage car il est davantage technique par le simple fait que l’homme est une créature inachevée qui se complète elle-même grâce aux fonctions des machines qui ne le sont plus lorsqu’elles en perdent la mémoire.

D’après Philosophie : Arte par Raphael Enthoven