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La profession de médecin : ses misères et ses grandeurs

mardi 25 décembre 2007, par Picospin

Une nouvelle enquête d’origine américaine à ce sujet est susceptible de jeter un doute sur ce sujet épineux en ce qui concerne surtout leurs responsabilités médicales et sociétales. Organisée par des chercheurs du « Massachusetts General Hospital », à Boston, Etats-Unis, cette enquête a mis en évidence une curieuse réticence chez les médecins à rendre compte de cas d’incompétences et de fautes chez leurs collègues ou leurs pairs.

Que faire de la médecine française ?

Au moment où aux Etats-unis on s’interroge sur les moeurs des médecins, il est intéressant de considérer les débats qui s’élèvent en France sur le sujet épineux de l’organisation et de la coexistence du secteur publique et privé. Donner aux hôpitaux les moyens de faire face à la concurrence des cliniques privées tout en impliquant davantage ces dernières dans les missions de service public, c’est l’un des axes de réforme que devrait proposer la commission de réflexion sur les missions de l’hôpital, présidée par Gérard Larcher, sénateur (UMP) des Yvelines. Une "concertation" sur les millions d’heures supplémentaires et jours de congés impayés à l’hôpital, principales raisons de la grève illimitée menée par les médecins urgentistes depuis lundi, s’ouvrira le 7 janvier, a indiqué lundi 24 décembre, la ministre de la santé, Roselyne Bachelot.
Elle estime que 23 millions d’heures supplémentaires et 3,5 millions de jours de réduction du temps de travail restent impayés dans les hôpitaux, "soit 800 à 900 millions d’euros". Mme Bachelot affirme disposer de 572 millions d’euros, dont 324 fournis par les hôpitaux eux-mêmes. Mais Patrick Pelloux, président de l’AMUF (Association des médecins urgentistes de France) conteste ces chiffres : "Un certain nombre de représentants des directions (...) sont très étonnés, l’argent n’a pas été provisionné, on ne sait pas où il est." Le mouvement social engagé par les syndicats de médecins "urgentistes" n’a pour l’instant aucune conséquence pour les patients, les grévistes étant "assignés" à des postes.

Grève en vue

Mais la grève pourrait se durcir dès le début du mois. "Si le gouvernement ne montre pas de signes de dialogue, c’est sûr qu’après le 1er janvier probablement, on ne répondra pas aux assignations et réquisitions", a menacé M. Pelloux. Avant de rendre ses propositions à Nicolas Sarkozy, au printemps 2008, la commission a rendu public, vendredi 21 décembre, un premier état de ses réflexions : "Il s’agit de repenser le service public hospitalier dans son ensemble, a expliqué M. Larcher. Les établissements privés, qui sont financés par des fonds publics, comme les hôpitaux, doivent pouvoir rendre des comptes à la collectivité, notamment en termes d’accès aux soins." Ancien président de la Fédération hospitalière de France (FHF), qui regroupe tous les hôpitaux publics, M. Larcher a d’abord souligné l’insuffisance de liens entre la médecine de ville et l’hôpital, préjudiciable à la prise en charge des patients.

Personnes âgées et organisation des soins

Les personnes âgées se retrouvent ainsi trop souvent à l’hôpital, faute d’une bonne organisation des soins de ville, alors même que l’hôpital n’est pas organisé pour les accueillir. Les malades chroniques (diabète, insuffisance rénale...) font eux aussi les frais de cette mauvaise articulation, tout comme les malades psychiatriques, trop souvent hospitalisés faute d’une prise en charge efficiente en ambulatoire.La commission s’interroge par ailleurs sur les moyens de faire face à la baisse des vocations en médecine générale, particulièrement en milieu rural et dans les quartiers urbains en difficulté. "Il faut offrir aux nouvelles générations de médecins, qui comptent beaucoup de femmes, des conditions de travail satisfaisantes, avec des plateaux techniques corrects, non loin d’hôpitaux de proximité", a plaidé M. Larcher. Mais c’est surtout sur l’articulation entre hôpitaux publics et cliniques privées que la commission réfléchit. Les hôpitaux estiment que leurs contraintes juridiques ne leur permettent pas de faire face à la concurrence accrue des cliniques, qui se sont restructurées sous l’effet de concentrations successives. La commission Larcher pourrait proposer un assouplissement des règles de marchés publics propres au service public. "Il faut redéfinir le statut et le rôle des cliniques privées, a affirmé M. Larcher. On parle de convergence des tarifs, il doit y avoir aussi convergence des contraintes." Le rachat de cliniques par des fonds d’investissement internationaux a pour conséquence de "privilégier une offre de soins à rentabilité immédiate", dénonce la commission. En matière d’accès aux soins, les inégalités financières se creusent. "Il y a des territoires où le secteur 1 (conventionné, sans dépassement d’honoraires), a disparu, s’inquiète M. Larcher. Certaines personnes s’endettent pour se soigner. Ce n’est pas notre conception du service public." Enfin, des moyens devront être trouvés pour endiguer la désaffection des médecins pour l’hôpital public. Certaines spécialités, comme la chirurgie ou la radiologie, se détournent massivement de l’hôpital, où les salaires sont jusqu’à quatre fois moins importants que dans le privé.

Endettement ?

M. Larcher plaide pour "une politique de rémunération incitative". Une grande partie de ces médecins parmi les 1600 interrogés reconnaissent qu’ils devraient rapporter de tel faits aux hôpitaux, aux cliniques ou autres autorités, ils ont souvent hésité à le faire lorsque l’occasion s’en est présentée. Près de la moitié de ceux qui avaient une connaissance directe de comportements incompétents ou erronés de la part de leurs collègues se sont abstenus de tout rapport à ce sujet au moins une fois au cours de ces trois dernières années. Cette enquête visait à évaluer les attitudes envers une sorte de charte professionnelle telle qu’elle est déjà adoptée par beaucoup d’organisations médicales pour tenter de définir les responsabilités des médecins envers leurs patients et la société. Certaines données révélées par cette enquête ont soulevé des questions au sujet de leur volonté ou de leur désir d’adhérer aux principes d’accomplir les efforts nécessaires à une réduction du coût des actes médicaux.

Des exigences

Quand on à posé aux médecins la question sur leur éventuel désir de réprimer une exigence exagérée manifestée par un malade comme celle de vouloir à tout prix faire faire une IRM pour une simple douleur du dos, leur réponse a été qu’ils ne s’y opposeraient pas si le malade insiste pour bénéficier d’un tel examen. Cette réponse augure mal des possibilités de réduire les coûts de santé lorsque ceux-ci sont très élevés comme c’est le cas pour un examen peu utile et cher. Une majorité a plaidé pour sa volonté d’envoyer ce patient dans un centre de diagnostic dans lequel ils auraient investi. Une autre a déclaré qu’elle ne se sentait pas en mesure de dévoiler un quelconque conflit d’intérêts financier à leurs patients.

Une amorce de générosité ?

A leur crédit, on peut porter le fait que un pour cent seulement d’entre eux ont menti à leur patient au cours de ces trois dernières années et les trois quarts d’entre eux ont déclaré qu’ils n’avaient pas exigé d’honoraires à des malades qui ne pouvaient pas honorer leur note d’honoraires. La charte constitue assurément une obligation qui permette non seulement de définir les engagements des médecins envers leurs malades mais aussi au système de soins en tant que tel. Il est réconfortant d’apprendre qu’une grande majorité du corps médical accepte de s’y conformer. Encore faudrait-il qu’ils s’efforcent maintenant d’en suivre les contours de plus près.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que la facturation des honoraires et leur montant joue un rôle important dans le questionnement concernant les relations éthiques entre un médecin et son malade ?

2. Est-ce que le système du payement à l’acte est un avantage ou un inconvénient dans les relations de loyauté, de transparence, de justice sociale entre le médecin et son malade ?

3. Est-il du devoir de chaque médecin de ne pas faire payer un malade qui est trop démuni pour s’acquitter de ses honoraires ?

4. Est-ce que les systèmes de couverture sociale universelle permettent de résoudre ces problèmes relationnels délicats et difficiles ?

5. Comment la société est-elle susceptible d’organiser la couverture maladie pour la rendre universelle, juste, suffisante, égalitaire pour tous les patients assujettis à un système de santé relevant de la sphère publique ? Peut-on concevoir qu’elle devienne à la fois publique et privée ?


Sources :
The New York Times
December 24, 2007
Editorial
Falling Short of Professional Standards
Le Monde : 25.12.2007
Prieur C. Les cliniques privées appelées à participer au service public.

Messages

  • Alors mon bon ? N’aurait-on pas abusé du champagne le 24 au soir ? le paragraphe "Endettement " me laisse perplexe ! Ne manque-t-il pas un bout de texte pour passer de Larcher au "Falling short..."

    Sinon, bonne année et bonnes ethic reviews

    • Merci de cette intéressante intervention qui contribue à animer l’éternel débat sur la relation médecin malade. Au centre de cette dernière, il y a plus que les deux intervenants essentiels que sont le malade et son médecin. Il convient d’ajouter tous les participants à l’organisation de la médecine avec son administration, ses exigences financières et budgétaires. Pour clarifier ce débat, serait-il judicieux de prendre en considération la relation qui ne concerne pas uniquement celle d’un éclaircissement des problèmes diagnostiques et thérapeutiques mais celle qui traite de leur cout à la société ? Son absence peut sans doute augmenter l’endettement de l’assurance maladie dont le chiffre atteint des sommets impressionnants. Dès lors, la collectivité a-t-elle pour mission de s’interposer dans le dialogue singulier pour expliquer et d’éclaircir à l’instar de l’Aufklärung si chère au siècle des Lumières.
      Encore merci de ces remarques d’autant plus qu’elles évoquent un passé tout récent arrosé de champagne dont les ventes augmenteraient de façon exponentielle au grand bénéfice des producteurs de cette denrée qui met en joie.

      Voir en ligne : La profession de médecin : ses misères et ses grandeurs

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