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L’économie sous le règne du vice ou de la vertu ?

La prospérité a-t-elle besoin de la vertu ou du vice ?

D’après Daniel Cohen, professeur d’Economie

samedi 5 septembre 2009, par Picospin

Daniel Cohen, professeur d’économie tente de s’interroger sur cette question et d’y répondre aussi vite et aussi complètement que possible. Daniel Cohen, professeur d’économie tente de s’interroger sur cette question et d’y répondre aussi vite et aussi complètement que possible.

Qui fait la prospérité ?

Cet excellent ("La prospérité du vice") livre de Daniel Cohen, à l’usage des jeunes, des économistes qui doivent rendre des comptes, enseigner l’économie pour éviter de fabriquer des modèles à risques pourrait servir d’adjuvant à tous ceux qui seront impliqués dans l’obtention de la prospérité du vice, comme l’avait suggéré Adam Smith qui était essentiellement concentré sur l’évaluation de la poursuite de l’intérêt particulier devant aboutir à l’intérêt collectif qui en découlera. Selon Raymond Aron, le procès ou le processus est impliqué comme unificateur et comme drame. Le drame c’est l’histoire, les guerres, à propos desquels on doit se demander s’ils ont une nature propre comme par exemple la frontière de la Russie ou celle de la Chine. Est-ce que la prospérité du vice individuel peut devenir vertu publique car il n’y a aucune illusion à se faire sur la nature humaine dont le moteur est la vanité, non le bien-être, ce qui fait que le vice est tout aussi indispensable. Dès lors se posa avec d’autant plus d’acuité la question de savoir si le vice est un facteur d’enrichissement ? Ou si le processus de technique croissante en est un aussi ?

La richesse : un bien ?

Si l’on se fie à la pensée du mécanisme décrit par Adam Smith, la richesse serait un bien en soi. Doit-on évoquer à cette occasion le processus de rivalité constant, la capacité de rivalité sociale, ou l’augmentation constante de toute cette richesse susceptible de rendre plus heureux ? Se pose alors dans la temporalité, l’interpellation sur le bonheur et son corollaire joint à la sommation de répondre dans l’épreuve à l’énigme du bonheur s’éloignant à mesure qu’on avance et qui peut se résumer à la simple discussion de déterminer si on est plus heureux maintenant qu’auparavant. Peut-on répondre que c’est l’acquisition de la richesse qui rend heureux, non la richesse elle-même. L’enrichissement donne-t-il le bonheur ou la paix ? Ni l’industrialisation ni l’économie ne donnent forcément la paix. L’économie ne résout pas nécessairement le problème de la paix alors que notre société moderne lui a voué un culte iconoclaste, celui de la glorification, de la force du taux de croissance, dogmes répétés avec conviction depuis 70 ans.

Où est la gloire ?

On veut lier la gloire à la prospérité économique à l’exemple des « 30 glorieuses ». Cette attitude ne signifie nullement qu’il faille nier les évidences qui lui sont consécutives comme la durée de la vie, l’accroissement des surfaces de vie telles que l’accès plus aisé et plus fréquent à de plus grands logements. Le taux de croissance est-il facteur de bonheur ? On est plus heureux quand la croissance est indéfinie et qu’on s’attend aux bienfaits de la nouveauté car la stagnation apparait constamment comme un appauvrissement. La mondialisation rend l’espace de la planète clos. Est-ce que les déterminants du bonheur sont définis par la bonne santé de nos sociétés industrielles, surtout si la croissance va au delà de nos prévisions ? On fait la guerre quand tout va bien car il y a du surplus. En revanche quand il y a récession, il y a besoin de solidarité, quand ça se rétracte, on part en crise. Est-ce que le taux de croissance produit du bonheur ? Sans doute oui ne serait-ce que parce que l’homme moderne a besoin de progresser en permanence dans le cadre d’un « toujours plus ».

Chine ou Allemagne ?

On pourrait assez facilement rapprocher la situation actuelle de la Chine de celle de l’Allemagne : l’Allemagne voyait qu’elle était devenue la première puissance industrielle, plus que l’Angleterre, ce qui autorise sans doute à construire le parallélisme entre cet état et la Chine actuelle. La longue marche vers l’occident ne signifie pas que tout va bien. La Chine vit dans un environnement inhabituel. L’histoire occidentale continue. Dans le cadre d’un « cyber monde » qui est neuf, on cherche une économie qui se dématérialise, derrière laquelle apparaît une conscience universelle, dotée d’une culture du monde, scientifique, écologique, dans un univers qui devient étroit et à propos duquel on peut se demander si on a les moyens de l’enrichissement nécessaire, de la porosité, pour envisager le retour à la finitude du monde. Tous les voisins de la Chine s’inquiètent de sa politique et de son voisinage, mais comme elle est intégrée dans le continent asiatique et les échanges avec ce dernier et avec le monde, elle ne peut se passer de cette relation avec lui.

Croissance démographique : quelle utilité ?

Dans ce débat angoissant, quel est le rôle et la fonction de la croissance démographique ? A côté de cette dernière, apparaît l’importance de l’écologie qui fait apparaître la nécessité d’une solidarité mondiale c’est à dire d’une collaboration à cette échelle. La cupidité joue un rôle important dans cette conjoncture. La « financiarisation » de l’économie est une pathologie profonde, sans doute grave, dont il sera difficile de se débarrasser. Comme on a voulu fermer la page qui s’était ouverte en 1929, on a fabriqué un monde plus coopératif, dans lequel les ouvriers savaient, dès les années 80, que s’ils voulaient obtenir une amélioration de leurs conditions de vie, il fallait regarder vers l’est, on a bridé la croissance, on a découpé en tranches les entreprises, en guise d’incitations immédiates et on a détruit la vieille société industrielle. La morale du vice a abouti à l’effondrement de Wall Street avec le dérèglement de la vieille société post-industrielle.

Fragilité humaine ou économique ?

La fragilité est dans la nature des sociétés humaines, liée à trois phénomènes : la complexité du travail, la division des activités et une gigantesque création de créances. Si la confiance s’effondre, c’est l’inquiétude. Est-il raisonnable d’aborder à nouveau les thèmes de la décroissance ? Peut-on l’éviter. ? L’écologie peut-elle devenir un dogme de la décroissance et si on l’annonce, est-ce mauvais signe ? Serait-ce une défaite de la raison ? Faut-il en guérir ou continuer comme si de rien n’était.

"La prospérité du Vice" par Daniel Cohen 280 pages, Paris, Albin Michel, 2009