Ethique Info

Accueil > Education > Education > La question de l’euthanasie est-elle plus importante à résoudre que celle de (...)

La facination de Thanatos

La question de l’euthanasie est-elle plus importante à résoudre que celle de la vie ?

Des législations à l’empathie

mercredi 3 décembre 2008, par Picospin

Peut-être est-ce lié à la fascination de la mort, à sa crainte, à la curiosité que manifestent certains envers cet « au-delà » souvent si bien décrit par les religions qui promettent un état paradisiaque ou au contraire le feu de l’enfer éternel selon les actions, les sentiments, les pensées éprouvées et envisagées ici bas avant de le quitter ? En réalité, comme chacun sait, personne n’en sait rien puisque personne n’est revenu d’une « excursion » dans cet autre monde promis parfois comme bienheureux.

Une aventure

C’est pour enquêter sur cet état nouveau, attendu ou inquiétant, que des voyageurs impénitents qui auraient franchi le passage de la vie à la mort et auraient fait une courte incursion dans l’autre monde, qu’ils sont l’objet d’interrogatoires serrés tant est prégnante la question de la destruction du corps dont on ne sait encore si elle s’accompagne aussi de celle de l’âme. Jean Leonetti, médecin, député maire d’Antibes, remet mardi à François Fillon le rapport parlementaire d’évaluation de la loi fin de vie de 2005, qui s’oppose une fois de plus à la légalisation de l’euthanasie. Cette mission d’évaluation l’a conduit à reconsidérer toutes les hypothèses juridiques envisageables pour proposer aux autorités et à la population une réponse à leur angoisse devant la mort cet inconnu et surtout à la manière de l’aborder lors du fameux « passage » : dépénalisation ou exception d’euthanasie et suicide assisté. Si après avoir visité des pays étrangers, j’ai constaté que ces options ont été écartées, c’est parce qu’elles posent plus de problèmes hu­mains et juridiques qu’elles n’en résolvent. Lorsque le malade est en fin de vie, le dispositif légal actuel, qui privilégie la qualité de la vie plutôt que la durée de la vie, résout la majorité des problèmes rencontrés. Il m’a semblé dans ce cas inutile et juridiquement dangereux d’introduire dans la loi une exception d’euthanasie, ajoute le député des Alpes-Maritimes. Lorsque la personne qui demande la mort n’est pas en fin de vie et réclame une assistance au suicide, la loi française n’interdit pas formellement cette démarche mais évite, en interdisant une éventuelle manipulation de personnes vulnérables, sinon ce qui pourrait être pris comme une incitation au suicide, dérives que la Suisse constate et tente de juguler. Nous avons en effet visité les Pays-Bas et la Belgique, qui ont dépénalisé l’euthanasie, et la Suisse, où le suicide assisté est autorisé.

Invention des soins palliatifs

« Nous nous sommes également rendus en Angleterre, où malgré une culture différente, la législation est proche de la nôtre », dit-il. Il pense que les critères retenus pour obtenir un droit à la mort sont flous, quand il se réfère aux termes de « détresse insoutenable », et difficilement respectés dès lorsqu’ils sont précis. Notre député accuse la Belgique d’avoir « euthanasié » des malades psychiatriques alors que ces patients devraient théoriquement être écartés du dispositif. En Suisse, un tiers des personnes qui choisissent l’aide au suicide n’ont pas de maladie grave et incurable, dit-il encore, ce qui mériterait assurément d’être confronté à des opinions issues d’experts de ces types de questions, recrutés sur place pour ne pas être incité à divulguer des informations ambiguës, difficiles à interpréter et en tout cas anxiogènes lorsqu’elles sont transportées sur un terrain miné en raison du caractère dramatique qu’elles revêtent. Après cette longue incursion dans le domaine de la mort, le député cardiologue commence à s’intéresser à la vie et à leurs formes, aux modalités de la quitter sous l’accompagnement dévoué et empathique des soignants, des bénévoles qui ont décidé de consacrer leur vie professionnelle, spirituelle, sinon privée à l’aide aux derniers moments de la vie. C’est ce que confirme notre élu qui a cité en vrac des personnes impliquées dans la réflexion sur les soins palliatifs. Dans cette catégorie, il est sans doute plus important de consulter les acteurs de cette spécialité de la médecine qui malheureusement n’en est pas encore une car elle reste le parent pauvre d’une pratique qui en ce cas fait plus appel à la parole qu’à une instrumentation et une technologie très spécialisées. Dans cette optique, le Dr Leonetti a bien fait d’accorder plus d’importance aux témoignages des infirmières et soignantes des soins palliatifs qu’aux juristes, aux « éthiciens » qui n’ont par ailleurs aucune existence légale en France.

Quels acteurs ?

C’est bien ce qu’il exprime quand il parle dans son entretien avec le Figaro que « j’ai été marqué aussi par le témoignage lumineux d’une infirmière de soins palliatifs évoquant l’importance du « prendre-soin » et ceux si émouvants de familles de malades qui traduisaient bien la diversité, la complexité et même l’ambiguïté des attentes en fin de vie d’un proche, quand les désirs de mort et les désirs de vie s’entrecroisent ». Faut-il créer un observatoire de la fin de vie considéré comme un besoin « indispensable » alors que toute le monde connait les conditions dramatiques du mourir dans la solitude et l’absence d’un accompagnement prolongé, permanent par des personnes dévouées, par une main qui se tend, qui caresse, qui démontre la valeur de chaque être qui souffre en tant qu’individu unique avec son histoire, son passé, son accomplissement dans une vie pleine, souvent aussi consacrée à l’autre, sinon aux autres. Au carrefour de la vie et de la mort, se situent la route qui mène à la conservation du corps à tout prix, ce qu’on appelle l’acharnement thérapeutique et celle qui permet au mourant d’envisager son « passage » avec le plus de sérénité possible, de dignité, et le moins de souffrance. Faut-il un observatoire pour constater et entériner ces évidences ou bien renforcer les dispositifs des soins et de l’accompagnement des mourants à l’hôpital, dans les maisons de retraite ou à domicile à condition que les pouvoirs public consentent à financer aussi largement cet agir qu’ils le font pour l’acquisition des machines sophistiquées propres à éradiquer la maladie et à promouvoir la vie ?
Comme on le dit maintenant, "si vous voulez en savoir davantage", n’hésitez pas à lire un ouvrage déjà ancien mais sans doute pas encore dépassé qui répond à une titre trop simpliste : « Les soins palliatifs » affiché sur ce site.

Questionnement éthique :

1. Est-il légitime et même éthique de juger les attitudes des pays comme la Suisse, la Hollande ou la Belgique comme coupables de favoriser la mort plutôt que la vie ?

2. N’y a-t-il pas des transitions douces entre la volonté de calmer la douleur et de maitriser la souffrance et celle d’un certain dépassement dans l’efficacité de ces mesures et celle d’un pilotage progressif de transition entre une fin de vie dans la sérénité et une mort adoucie ?

3. Quels sont les objectifs des promoteurs de la création d’un "observatoire" du mourir surtout à l’hôpital ?

4. Quelles sont les mesures à prendre pour que soit transféré l’impact des investissements dans la haute technologie dans celui du confort de vie au cours du mourir ?