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Encore un chef religieux en France

La respiration d’un chef religieux

Quel défilé de spiritualités ?

lundi 11 août 2008, par Picospin

A quel choix chronologique correspond ce curieux calendrier dans le créneau duquel s’insinue ce chef religieux dont on espère qu’il n’a pas d’autre objectif ou d’autre intention que de visiter une jolie terre encore en paix et dont les éléments les plus représentatifs sont partis respirer un autre air, même si on murmure qu’il est plus pollué, plus difficile à inhaler que le nôtre et dont l’oxygène risque de poser des problèmes d’extraction aux pauvres alvéoles endommagées par des années d’inspirations et d’expirations citadines.

Une visite impromptue ?

Quand le dalaï-lama franchira, jeudi 14 août, les portes de Vajradhara Ling, - le "jardin du bouddha Vajradhara", les fidèles, mains jointes, se prosterneront, offriront à leur hôte illustre les écharpes de soie blanche, symboles de bienvenue et de pureté. Des fumigations d’encens accompagneront la procession, comme au Tibet au passage de tout grand lama. Les bannières tibétaines claqueront au vent. Retentiront les sonneries du hautbois au timbre étrange, des tambours et des cymbales. Actuellement, on ne devient plus bouddhiste sur un coup de tête ou un coup de coeur, bouddhiste tibétain par solidarité avec un peuple persécuté, bouddhiste zen par confusion avec toutes les pratiques de relaxation et mieux-être. On fréquente la centaine de centres qui quadrillent la France d’abord pour y suivre des enseignements et étudier des textes anciens. Le succès d’un centre bouddhiste vient de la conjonction entre un moine charismatique, un lieu inspiré et la qualité d’attente d’un public comme c’est le cas d’une congrégation en Normandie qui réunit ces trois éléments. Dans ce lieu inspiré du bocage normand sans doute contaminé par la spiritualité qui se dégage de Lisieux, la vie bouddhiste s’organise autour du moulin à prières de trois tonnes, décoré par des divinités finement ciselées, une statue du bouddha de la purification, et le Bouddha historique. Face aux cellules de retraitants se dressent le dôme doré du stûpa qui fut longtemps l’un des plus hauts d’Europe, sa statuaire flamboyante, les marches du sanctuaire qui abrite les rituels et qui représentent autant de "marches sur la voie de l’Eveil" et qui symbolise un phare propre à dégager des énergies positives.

Prières

On prie pour la délivrance d’un cycle des renaissances réputé être source de souffrances. La matérialisation par le gong, les cymbales, les cloches ont pour but de mettre le pratiquant en état de "vacuité", de le mener sur la voie de la sagesse, de la compassion, de l’Eveil qui représentent les piliers du bouddhisme. Beaucoup de gens sont à la recherche d’autre chose car déçus par une société qui se rétrécit sur le matériel. En rupture avec l’image urbaine du bouddhisme, ils viennent du Calvados, de l’Orne et de tout un tissu rural. Certains sont "dans une grande souffrance", confie le lama : dépression, tentative de suicide, deuil, rupture. Les pratiquants sont des ingénieurs qui aiment le bouddhisme pour son côté "expérimental", essentiellement basé sur des techniques de méditation. Certains éprouvent à l’égard du shanga un véritable coup de foudre même si sa vie n’est jamais un long fleuve tranquille. Malgré cette condition, le lama est toujours là pour régler la moindre difficulté matérielle ou spirituelle. Malgré ou à cause de son éducation chrétienne, une jeune femme interrogée n’a jamais pu se résoudre à la rencontre avec l’image terrifiante d’un Dieu acceptant la souffrance des enfants. Elle vit le rituel comme un "ancrage" quotidien : "Ce n’est pas comme d’aller à la messe le dimanche. Je peux réciter des mantras, tout en faisant la vaisselle. Quand on choisit la Voie, tous les événements de la vie s’interpénètrent et prennent un autre sens." Le bouddhisme rencontre encore résistance, scepticisme, ironie au point que sa ma mère la croit intégrée dans une secte. Mais ces pratiquants se disent "sans espoir excessif, mais sans crainte". Le bouddhisme serait loin d’avoir fait le plein en France. Quelles sont les véritable visées de ce système religieux, quels seraient ses avantages et ses inconvénients ?

Contradictions

Les opinions à ce sujet sont d’autant plus contradictoires que le monde « désenchanté » qui nous est livré actuellement favorise la recherche de nouvelles spiritualités d’autant mieux accueillies qu’elles ont pris naissance ailleurs, sur un territoire un peu mystérieux, situé à l’écart du monde considéré comme celui de la modernité, du scientisme ou de l’industrialisation de la société. La quête d’un ailleurs d’une part et son refus de l’autre déterminent des opinions contradictoires. Pour en citer une, il n’est que de lire le rapport élaboré par une association allemande qui a rédigé il y a une vingtaine d’années une étude critique vigoureuse contre ce qu’elle considère comme proche d’une secte. Le bouddhisme tibétain n’est ni philanthropique ni tolérant, et son plus haut représentant, le Dalai Lama, n’est pas un saint. Cette déclaration émane de deux anciens collaborateurs du Prix Nobel de la Paix. « Le bouddhisme tibétain est centré sur la magie, la croyance aux esprits et les rituels de sacrifice dans lesquels l’invocation d’esprits impurs joue un rôle vital. En fait, la " déesse protectrice personnelle " du Dalai Lama serait un démon dont le rôle est de détruire " les ennemis de la vraie doctrine ». « Lors de réunions inter-religieuses, il est parfois affirmé que les bouddhistes sont des chrétiens en mieux. Pour des raisons politiques et religieuses évidentes, les représentants officiels du bouddhisme tibétain et leurs disciples occidentaux ne tolèrent aucune critique sur le Dalai Lama et sur l’exploitation des femmes en leur sein. Les contrevenants sont calomniés et reçoivent même des menaces de mort ».

Un moine ?

D’où vient ce moine dont la représentation semble attirer de plus en plus de sympathie, de respect, de déférence et d’espoir de la part d’une société qui a de plus en plus de difficultés à entendre et accepter le message chrétien de la souffrance du Christ, rédempteur de l’humanité, de l’idée de sa mort, même si elle a été suivie d’une résurrection dont la phénoménologie offre moins de prise à la rationalité toujours en vigueur dans les cachettes de notre inconscient, de notre conscience, depuis que les « Lumières » sont censées nous avoir éclairées. Est-ce sur ce territoire fragile que vient se greffer le message du lama et si oui, comment ? Sur un plan spirituel, les dalaï-lamas sont considérés comme des émanations du bodhisattva de la compassion. Les bodhisattvas sont des êtres éclairés qui ont choisi de renaître pour le bien de tous les êtres. Les dalaï-lamas constituent une lignée de maîtres réincarnés. Après le décès d’un dalaï-lama, ses moines et maîtres spirituels engagent une enquête pour rechercher sa réincarnation et la consultation d’oracles. Les enfants candidats sont interrogés pour rechercher des signes de reconnaissance des possessions du précédent dalaï-lama. Le jeune tulku est alors amené à un monastère pour qu’il reçoive les Enseignements bouddhistes. L’histoire contemporaine donne des reflets moins éclatants de cette spiritualité qui attire tant les déçus du christianisme. En 1949, Mao Zedong, à la tête du parti communiste chinois nie les revendications d’indépendance du Tibet, y envoie des troupes militaires en 1950, officiellement pour « libérer » le Tibet de la présence étrangère avant 1950, date à laquelle le dalaï-lama devient chef d’État et du gouvernement tibétain passe les neuf années qui suivent à la recherche d’une solution pacifique à la crise, avant d’être contraint de fuir en Inde, où il établit un gouvernement tibétain en exil.

Destruction de monastères

Comme dans toute la Chine à cette période, les monastères sont détruits, moines et nonnes emprisonnés et torturés. Aujourd’hui encore, les Tibétains sont sévèrement réprimés et empêchés de s’exprimer et subissent la forte pression d’une politique de colonisation. "Si rien ne change, la culture tibétaine risque de disparaître d’ici quinze ans", affirme le dalaï-lama. Ce dernier est dénoncé systématiquement par le gouvernement chinois qui le qualifie d’indépendantiste ce qui ne l’empêche pas de persévèrer dans la voie de la non-violence et de demander à la Chine de négocier pour aboutir à un compromis politique. Après un appel à l’ONU en faveur d’une restauration de l’indépendance du Tibet et après l’ouverture de Deng Xiaoping qui déclara qu’en dehors de l’indépendance tout était discutable, le dalaï-lama ne demande plus qu’une autonomie réelle du Tibet au sein de la République populaire de Chine. Si des discussions entre des émissaires du dalaï-lama et des représentants du gouvernement chinois ont débuté en 2002, aucune négociation directe entre le dalaï-lama, son gouvernement en exil et le gouvernement chinois n’a encore débuté. Actuellement, le culte bouddhiste tibétain de l’école Gelugpa est officiellement autorisé par le gouvernement central, même à Pékin dans le très ancien temple de Yonghe. Cependant, les moines tibétains sont contraints de dénoncer le dalaï-lama. Des associations internationales dénoncent une répression de la religion au Tibet, comme l’illustrent la détention en résidence surveillée du jeune panchen-lama, la destruction de l’institut bouddhiste de Serthar mis en résidence surveillée et disparu dans des circonstances douteuses, ou encore la condamnation à la prison à vie de Tenzin Delek Rinpoché en 2005. La plupart des grands maîtres du Bouddhisme tibétain ont été contraints de s’exiler. Si « le mouvement pour le Tibet a attiré un large soutien mondial, c’est en raison des principes universels que le peuple tibétain a incorporés dans sa lutte. Ces principes sont la non-violence, la démocratie, le dialogue, le compromis, le respect des préoccupations sincères des autres et de notre environnement commun. Qu’est en réalité le bouddhisme ? Une religion, une philosophie, une aventure spirituelle, une aventure humaine, l’histoire d’une flamme qui se répand ou aussi et surtout une leçon valable pour notre époque ou bien une doctrine qui n’est pas que théorie mais aussi pensée proche de nous et qui aider certains d’entre nous à en vivre.