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Rien ne sert d’avoir raison...

La rhétorique d’un Président

...Si l’on ne persuade pas...

mercredi 17 novembre 2010, par Picospin

Au contraire, elle est enveloppée d’un voile de pudeur sinon d’un silence inhabituels. On ne sait pas encore pour quelles raisons un tel voile a brouillé les déclarations, les projets, les constats et les contritions d’un homme qui jusqu’à présent était convaincu de son bon droit et convaincant auprès de la population sur la qualité exceptionnelle de ses actes et les parcours sans faute qu’il établissait à chaque instant pour rassurer le peuple, le réconforter dans sa certitude d’avoir choisi le meilleur président qui soit.

Tâche facile

Pourtant lors des rencontres de ce type, auxquelles il faudra bien un jour donner un classement, (2ème ou 3ème...) la tâche du Président est relativement facile. Il n’a devant lui et en perspective, au-dessous de lui que des journalistes plutôt dépendants directement de ses décisions et dont les connaissances et le niveau de rhétorique ne sauraient se trouver à ceux d’un avocat qui s’installe avec délectation dans le fauteuil des arguments d’un juriste, bien plus que de celui d’un Président de tous les Français. Il cherche à vaincre et à convaincre en désarmant les pauvres salariés d’une institution peu persuadée qu’elle doit se battre pour chercher la vérité en face du responsable principal de l’état. Ils paraissaient bien pâles et terrorisés hier soir, ces gentils faire-valoir qui ne disposaient que d’un armement rudimentaire pour faire bonne figure devant l’auditoire devant la science de la rhétorique intelligemment montrée par le locuteur qui était assis devant eux, sur un siège d’apparat, derrière des meubles et des tissus somptueux qui montraient le bon gout de la République désormais présidée par un homme de qualité au savoir suffisant, sinon excédentaire, pour contrer des arguments maladroitement exprimés du bout des lèvres.

Une bonne formation

Ils n’avaient manifestement pas reçu la formation minimale nécessaire pour combattre à armes égales dans des joutes oratoires qui constituaient la ration quotidienne du personnage qu’ils avaient en face d’eux. Si bien que d’échange il n’y en eut guère, sauf à de rares moments où la personne interrogée ne pouvait se sortir d’affaire qu’en esquissant un pas de côté comme le fait le boxeur au bord du K.O. obligé de se réfugier dans les cordes du ring ou d’entrer en corps à corps pour éviter que l’adversaire ne se dégage pour porter des coups gagnants ou au moins briser progressivement la résistance de l’adversaire. On peut à tout moment changer de registre pour introduire l’élégance de l’art de bien parler ou de décocher des coups en dansant comme l’avait fait autrefois Ray Sugar Robinson. On peut aussi persuader l’adversaire qu’on est le meilleur comme l’exposé d’arguments proposé par Aristote, sinon manipuler l’auditoire comme le recommande Platon.

Leçons de boxe

C’est manifestement devant la télévision que le « média » joue le plus grand rôle par la combinaison qu’il propose des effets rhétoriques entre image, musique et langage parlé. Unis, servis synchroniquement sur le même plateau – ce peut être celui de la télévision – ces moyens techniques frôlant le domaine artistique s’unissent pour livrer un produit complet, facile à digérer après avoir été absorbé avec délice. Le bon orateur, celui qui a bénéficié pour la réalisation de son entretien de la préparation la plus complète et la plus astucieuse, la plus pertinente, sera dans cette circonstance le juriste, entrainé depuis le début de ses études à se défendre, à attaquer quand il voit, sent et estime que l’adversaire a mis un genou à terre. Cette métaphore a été présentée hier soir lors de l’émission des « Guignols de l’Info » au cours de laquelle les auteurs n’ont pas hésité à se servir de la métaphore montrant les journalistes tombant les uns après les autres en pamoison devant la difficulté de poser les questions tirées au sort du chapeau qui vient de leur être présenté.

Du logos à l’ethos puis à l’éthique

Si Aristote s’en tient au logos pour persuader l’auditoire par la force de l’argumentaire et la beauté du style capable d’émouvoir, Platon s’accroche au pathos plus qu’à la vérité, au jeu de langage, aux effets et aux positions prises quitte à défendre des avis opposés et à rechercher des résultats contradictoires. Quand toutes ces stratégies sont épuisées, il reste l’ethos pour se tirer d’affaire, pour tenter de remporter une victoire éventuellement compromise par quelque maladresse antérieure. On s’approche à cette occasion de l’éloquence romaine qui cherche à mettre en avant la vertu de l’orateur, ses moeurs exemplaires, l’éloquence, le bien parler qui confèrent légitimité et autorité morale. Le bien-dire atteste de la moralité de l’orateur puisqu’il est entendu qu’on ne saurait véritablement parler sans être un homme de bien.

Mobilisation générale de l’éthique

Faire appel à la rhétorique c’est provoquer sinon accroitre l’adhésion des esprits aux thèses que l’on présente à leur assentiment. On en vient donc, à partir des stades évolutifs des techniques de l’art du parler, des plaidoiries, des plaidoyers et des accusations des procureurs à opposer, comme au bon vieux temps la raison aux passions. Les élèves de l’école littéraire classique retrouveront dans ce dualisme les éternelles discussions qu’ils ont eu à subir devant les devoirs et dissertations traitant du conflit de la raison avec les passions, entre Corneille si prompt à rêver des comportements humains comme il aurait voulu qu’ils fussent et Racine, l’observateur attitré de l’âme et du cœur qui préférait s’en tenir à décrire l’être humain comme il se présentait avec ses écarts, ses inconduites, ses faiblesses, ses excès et ses oublis du devoir.

Questionnement éthique :

1. Peut-on parler de rapports entre rhétorique et publicité, séduction et désir ?

2. Quel est le rôle de l’icône ou du symbole dans les moyens de séduction avancés par la publicité pour la promotion d’un produit ?

3. Est-ce que la séduction permet à elle seule d’abolir ou de réduire la distance entre les acteurs d’un débat, d’une tentative de persuasion ou de la confrontation entre des intérêts opposés ?

4. Est-ce que le contexte concerne un savoir partagé que doivent connaitre à la fois l’orateur, l’auditoire et a fortiori le discutant ?