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Un jugement équitable ?

La royauté des aigles, la médiocrité des pigeons, l’injustice des hommes

La beauté et la laideur des animaux

vendredi 2 mai 2008, par Picospin

C’était un couple bien assorti, dont la femelle plutôt grosse qui portait des œufs, était sur le point de les poser dans un autre nid, dans l’attente un peu naïve que les hôtes de ce nouveau lieu allaient la nourrir, lui donner à manger à elle, la mère, au détriment de leur propre portée. "Allons, parasites, partez de là", pensais-je, "enlevez vite vos becs hors de ma portée avant que je ne me mette en colère".

Une mangeoire disponible

Cette mangeoire est à la disposition des bons oiseaux, ceux que j’aime, les cardinals, les piverts, les sittelles. Elle est là pour nourrir les oiseaux qui travaillent dur, ceux qui ont assez de fibre morale pour élever leur propre famille et se faire photographier à ses côtés. "Elle n’est pas faite pour des parasites comme vous". Je me suis mis à ramper le long de la fenêtre sans que cette manoeuvre eût le moindre effet sur le comportement des oiseaux dont les becs se serrèrent et les yeux noircirent. J’allai jusqu’à m’imaginer que, en leur for intérieur, ils allaient m’injurier en me recommandant de décamper au plus vite. Autrement dit, j’étais en train de souffrir d’une crise sévère de bigoterie envers les espèces animales. C’est comme le désir persistant et souvent irrationnel de vouloir n’être entouré que des espèces animales que l’on aime, que l’on accepte dans son entourage tout en excluant les animaux et les plantes ou toutes les autres formes de vie considérées comme agressives. Ce fut la première manifestation d’un désordre dont, apparemment, je ne suis pas le seul à souffrir. Tout au long de l’histoire, on a vu des animaux diffamés et totemisés comme l’a expliqué le fameux anthropologue John Frazer qui était par ailleurs très conservateur.

Diffamation des animaux

Il y a les animaux que vous n’aimez pas et que vous rejetez comme de la vermine et des animaux dont vous voudriez vous approprier les caractéristiques que ce désir s’incarne dans les tigres ou les ours. Cette caractéristique que l’on peut appeler la biobigoterie est sans doute différente des impulsions que nous pouvons ressentir contre des organismes susceptibles de nous agresser ou de nous rendre malades, comme ce peut être le cas des moustiques, des guêpes, ou encore des animaux qui vivent avec nous dans les maisons comme les souris et les cafards. Cette aversion est plutôt dirigée envers des créatures qui vivent plutôt à l’extérieur des maisons, s’occupent de leurs propres affaires mais affichent néanmoins un comportement qui tient davantage d’une certaine rudesse, d’une irritation, d’un orgueil associé à un certain mépris. Les écureuils sont gloutons, les corbeaux jouent les terreurs des écoles, les moineaux ennuyeux et ressemblent à des souris lorsqu’ils rampent sur le sol. Par contre, combien avons-nous d’attrait pour les nobles faucons et les aigles royaux qui nous bénissent en construisant leur nid au sommet des gratte-ciels et des ponts. Parfois, notre biobigoterie est purement comportementale. Lors d’un entretien sur les hyènes, un chercheur de l’université de Californie est allé jusqu’à déclarer que les gnous sont chassés pour être transformés en hamburgers sauvages et que ces pauvres bêtes se comportent de façon aussi passive que les vaches en se laissent traîner jusqu’à ce qu’elles soient déchiquetées.

Les lâches gnous et les courageux zèbres

Comparez ce comportement à celui des zèbres qui ne s’avoueront jamais vaincus et se battront jusqu’au bout quitte à faire craquer la mâchoire des prédateurs s’ils en ont la possibilité. Nous sommes tous capables d’interpréter des faits selon notre vision des choses a affirmé un autre spécialiste qui se rappelle sa première rencontre avec un singe pour lequel j’ai immédiatement ressenti une sympathie en raison de leur personnalité faite de courage et de grandeur contrairement aux animaux qui se cachent dans les buissons. Souvent nous privilégions nos animaux favoris et les considérons comme des héros à l’instar de certains boucs sélectionnés dont le plus grand crime est d’être très doué pour jouer à leur jeu favori. Nous éprouvons les mangeoires que nous avons installées pour savoir si elles résistent aux attaques des écureuils et au besoin plus tard aux armes à feu. Un de mes amis qui se trouve être un expert en oiseaux, passe la plus grande partie de son temps à tirer sur les moineaux et à attraper des étourneaux qu’il traite de diables. Nous avons toujours une bonne histoire à raconter pour justifier notre agressivité à l’encontre des animaux antipathiques. Il s’agit dans tous les cas d’un animal indésirable qui n’a rien à faire là où on le rencontre et où il se niche parce qu’il a été chassé de son logis habituel par l’action délétère des hommes comme c’est le cas lorsque l’homme se livre à des actes de déforestation. D’autres chercheurs expliquent certaines attitudes humaines fabriquées à partir d’une situation dans laquelle on voit les oiseaux se répandre, les renards manger des oiseaux en danger, ce qui ensuite nous permet de proclamer que l’heure est venue de sortir pour les tuer tous, oiseaux sauvages et renards compris. Ce que ces attitudes traduisent avant tout, c’est l’instinct que nous avons de nous regarder au sein de la nature comme si elle nous appartenait, que nous ayons le droit permanent et les moyens de la contrôler.

Tout contrôler ?

Quand nous jetons un regard en arrière pour contempler notre passé, et que nous discutons des possibilités de l’exploiter, nous avons toujours considéré que c’était une bonne chose. Maintenant, conclut M. Frazer nous nous rendons parfaitement compte que cette attitude est néfaste, contre productive au succès de l’espèce humaine. Nulle part ailleurs que dans ce domaine notre sens du droit du roi n’est plus manifeste que dans attitude paradoxale envers les animaux domestiques. D’une part, ils représentent les figures tant aimées de notre enfance. De l’autre, la majorité des comparaisons que nous établissons sont bien nés dans la basse-cour comme « toi, cochon paresseux, horrible vache, toi minable poulet ». Ceux qui s’efforcent de garder des traces des attitudes les plus répandues du passé envers les animaux reconnaissent qu’ils sont en permanence à l’affût de la reconnaissance de la prochaine idole animale – qui pourrait devenir une créature destinée à prendre une importance écologique si elle revêt les caractéristiques d’un grand animal tape-à-l’oeuil, charismatique et digne d’être adoré. Si vous avez deux oiseaux provenant de la même région, par exemple d’Amérique latine, d’un côté un ara macao qui ressemble à un bijou volant et chante comme un être humain et de l’autre un pétrel marron qui braille avec un cri à la fois rauque et aigu et couvre la côte de guano, devinez quel sera votre préféré ? Ne sera-t-il pas difficile de modifier ces attitudes humaines ? Les chauves-souris ont été considérés pendant longtemps comme de la vermine mais maintenant au moment où s’éveille le goût pour un livre d’enfants atteignant la célébrité elles ont pris un air magique à l’instar des mendiants itinérants qui, si vous avez de la chance vont rapidement s’installer chez vous. Jusque là, restez à distance de ce moineau et ne me faites pas tirer sur lui.

Glossaire :

Ecologie : Science des relations de l’organisme avec l’environnement comprenant toutes les conditions d’existence.
Techniques humaines et techniques chimpanzés : les outils de l’Oldowan et leurs procédures de fabrication des outils ont été retrouvés dans le répertoire des singes vivants
Rapports entre techniques matérielles et techniques sociales : il suffit de donner à des mésanges des bouteilles qui sont déjà décapsulées pour que l’animal se mette à ouvrir celles qui ne le sont pas encore.

Questionnement :

1. Dans quelle région ou structure du cerveau a-t-on placé le siège de l’esprit et de la conscience ?

2. Qu’en dit la Bible ? La Bible place ce centre dans le coeur d’après les livres des Rois, de Jérémie et d’Isaïe.

3. Où voyait-on la source de la vie ? Les Grecs ont considéré le coeur comme l’organe de la pensée et du contrôle des mouvements.

4. Comment en est-on arrivé à cette hypothèse ? Comme la pensée précède la parole, qui vient du thorax, il semblait que c’est de là que provenait aussi la pensée et que l’organe qui l’élaborait devait être le coeur.


New York Times
April 29, 2008
Basics
Noble Eagles, Nasty Pigeons, Biased Humans
By NATALIE ANGIER
Lestel D. Les origines animales de la culture. Paris, 2001 Champs- Flammarion.
Denton D. L’émergence de la conscience. Paris, 1993, Champs-Flammarion.