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Des boucs émissaires ?

La sagesse des banquiers

Une violence ou du sacré ?

samedi 28 mars 2009, par Picospin

Ils se complaisent à affirmer par la voix tonitruante des hautparleurs que ces responsables des deniers publics et privés ont sacrifié leur temps, leur activité, leur patience au bien du peuple, entendez par là qu’ils se sont sacrifié pour que leurs clients puissent augmenter la valeur de leur portefeuille et bénéficier des avantages que confère leur épaisseur à leur bien-être leur confort, voire celui de leur descendance susceptible de jouir de plus de richesses, de disposer de meilleurs soins, d’une habitat plus luxueux et de déplacements plus lointains pour observer le monde de plus loin et de plus haut.

Héros en trois pièces

Ce faisant, ces nouveaux héros en trois pièces, portant des serviettes Hermès deviendraient maintenant l’objet de la vindicte populaire parce qu’ils sont diffamés, attaqués en permanence et rendus responsables de tous les malheurs - et Dieu sait s’il y en a dans le monde - particulièrement en cette période troublée quand l’économie pose à tous des problèmes si difficiles, si nouveaux, si originaux que personne ne sait au juste d’où vient cette punition qui a du être envoyée sur terre par on ne sait quel dieu vengeur. René Girard, le penseur déjà fort âgé qui exerce ses talents dans l’hexagone et sur la côte ouest des Etats-Unis, plus exactement à Stanford, en Californie, élabore et affine son système, organise l’édifice théorique à partir duquel se dessine une nouvelle image de l’homme à partir de laquelle il est permis d’imaginer les linéaments d’un ordre du social enfin épuré de quelques unes de ses tares constitutives. De Socrate à nos modernes Goulags, il traque la grande constante des sociétés humaines, le fait de la persécution comme principe originaire et structurel de tout ordre social pour tenter d’en formuler l’antidote. L’idée force prône que l’homme n’est jamais à la source de son propre désir qui émane toujours mimétiquement d’un tiers, d’un médiateur constitué à la fois comme modèle et comme rival.

Désirs

On ne désire que ce qu’un autre désire. C’est cette chimie particulière qui explique la concurrence entre les hommes et rend compte de l’éternelle dont sont pétris leurs rapports. Cette proposition d’une certaine explication du monde, tout au moins du décryptage des fonctionnements psychiques de l’homme seraient vérifiables par certains grand héros de la littérature animés par la vanité comme chez Stendhal, le snobisme comme chez Proust ou l’idôlatrie haineuse chez Dostoievski. On pourrait répliquer aux tenants de cette théorie si bien construite qu’elle en paraît par certains côtés imaginaire ou du moins invraisemblable, que ces personnages sortent tout droit de l’imaginaire littéraire et on pourrait discuter à l’infini de leur chance d’accéder à une certaine réalité des faits. Pour aller plus loin, ajouter de l’eau à son moulin et apporter des arguments massue, notre analyste apporte dans son panier des produits de consommation courante trouvés dans l’histoire, les mythes, le matériau ethnologique, les écrits religieux. Pour donner encore plus de consistance à sa théorie, il ajoute qu’en cas de crise, quand dans une société se déchaîne le mimétisme, tous les désirs tendent vers l’indifferencié ce qui a pour conséquence de faire vaciller la cohésion du groupe, de fissurer et de faire éclater l’unité sociale. Le malheur risque de survenir bien vite si dans un effort sublime de conservation de soi, les membres du groupe ne s’entendaient pour se priver ensemble de leur désir commun afin de se livrer à une catharsis collective par la médiation du sacrifice d’une victime émissaire.

Un guichet bien protégé

Dans le cas qui nous préoccupe, ce pourrait être le banquier, lui que rien ne prédestinait à jouer ce rôle, confortablement installé dans ses bureaux, à l’abri des guichets protégés par de solides grilles, de la colère, de l’amertume, du ressentiment populaire. Les sociétés humaines agiraient comme Œdipe par la conquête de la seule pérennité au prix de la régulation des violences réciproques. Au delà, on atteint le rite sacrificiel des religions par l’instauration d’une violence fondatrice qui supplante toutes les autres. Pour échapper à ce destin tragique, plus ou moins mortifère, avec l’alphabet du mal, est enseigné le moyen d’y remédier en faisant appel à un médiateur connu sinon reconnu à condition de faire l’effort de briser les obstacles à son application. Il s’agirait du pardon qui ouvre tout droit et surtout très largement à la sagesse.

Questionnement :

1. Est-ce que l’incitation à accomplir de hautes performances commerciales et financières pour son entreprise justifie une récompense aussi disproportionnée que celle des parachutes dorés ?

2. Est-ce que pour l’homme aspirant à la vertu, il ne peut y avoir d’autre incitation que celle de la récompense matérielle ?

3. Dans quelle mesure est-il justifié que les clients mécontents des banques dirigent leur agressivité et leur colère contre les employés de ces établissements ?

4. Est-il plus important de chercher à découvrir les responsables de la crise actuelle que d’en prévenir le retour éventuel ?

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