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La stèle d’Hammourabi : quelle justice avant celle de Rawls ?

vendredi 17 août 2007, par cristof

Qu’est devenue la ville de Babylone au milieu d’un pays labouré par les bombes et les grenades, imprégné du sang des victimes massacrées par les conflits politiques et religieux ? Peu de nouvelles en émanent depuis que dure l’invasion de l’Irak pour libérer le pays d’un dictateur sanguinaire mais dont le résultat a été pire qu’après destitution de sa statue. Pourtant, dans ce paysage encadré par le Tigre et l’Euphrate, les choses avaient plutôt bien commencé vers les années 1700 av. J.C.

On est sans nouvelles de Babylone ?

Il avait bénéficié de la présence et de l’œuvre d’un roi d’exception qui avait livré à sa descendance un code de lois qui est sans doute le premier recueilli par l’humanité et la première esquisse d’une volonté de légiférer pour apporter plus de justice et d’égalité aux citoyens. Le long texte qui le constitue avait été gravé sur une stèle de basalte haute de 2 mètres et composé d’un prologue, d’un épilogue et de plusieurs centaines d’articles de loi. C’est sur cette stèle que l’on peut lire la fameuse phrase « oeil pour œil, dent pour dent » dont la formule a été attribuée bien plus tard aux auteurs de l’Ancien Testament. Les méchantes langues affirment qu’elle a été créée par les Hébreux dans un esprit de vengeance qui se situerait aux antipodes de la charité chrétienne. Cette interprétation qui a pénétré en profondeur dans l’esprit de la majorité chrétienne pourrait bien servir d’argument à l’hostilité engendrée en permanence par la religion juive.

Antisémitisme ?

Cette dernière serait celle d’une justice implacable par contraste à la charité, à la générosité et à l’empathie qui imprègnent le message chrétien. Il se trouve qu’une autre interprétation peut être acceptée : c’est celle de l’hypothèse d’un œil crevé à un homme libre, acte auquel répondra celui crevé à son auteur comme existe une réplique du même type s’il s’agit d’une dent cassée, dont, on l’avouera, les conséquences sont moins catastrophiques. Il suffirait dans ce cas de demander au prothésiste de son dentiste de se procurer au moindre coût une dent fabriquée en Chine dont le prix reviendrait nettement moins cher que celui proposé par les prothésistes des pays riches. Le code d’Hammourabi a été diffusé dans tout le pays pour rappeler aux habitants des provinces même les plus éloignées qu’une loi existe et qu’elle vise à protéger les plus faible à l’instar des femmes pour lesquelles des droits avaient été prévus au cas où elles seraient répudiées.

Un code de conduite

Dans la perspective de cette monarchie ancienne la formulation d’une loi déposée sur une stèle constitue la meilleure façon pour le roi d’établir sa légitimité. A l’époque, ce dernier n’avait rien des figures sanguinaires, dessinées par Shakespeare mais se situait plutôt du côté des juges dont le rôle essentiel est de rendre la justice à l’instar de ce qu’avait fait si brillamment le Roi Salomon même si son Temple avait été détruit. Mais son esprit demeurait pour le bien de tous même si les décisions étaient difficiles à prendre et à rendre. Nous sommes en pleine éthique, comme on le voit. Avec la distance dans le temps, ces procédures accomplies avec discernement et sagesse étaient sans doute fort éloignées de celles de quelques juges d’instruction contemporains, de procès conduits avec précipitation, de libérations prématurées, dangereuses pour certaines cibles, d’erreurs de jugement qui avaient envoyé dans les geôles glacées ou les carrières surchauffées des innocents plus souvent que des coupables. Pour ceux qui en avaient échappé, la guillotine d’un côté, la pendaison ou la chaise électrique de l’autre avaient parfait ce qui n’était qu’une ébauche de condamnation.

Quel passé enchanteur ?

Il est assurément facile de glorifier, de sanctifier, d’adorer les faits et symboles du passé. Cette tendance ressemble fort à celle que l’on rencontre de notre temps chez les écologistes où « la nature » est considérée comme bienfaitrice comme le pensait Aristote. Le retour à un passé nostalgique tente les vieux comme les plus jeunes. Elever des moutons serait le nouveau rêve de l’humanité. Ils brouteraient une herbe pure, saine, dépolluée, à l’écart des usines électriques, surtout celles qui fonctionnent grâce à l’énergie nucléaire. On ne verrait plus jamais des explosions comme celle de Tchernobyl qui avaient marqué pour des générations les stigmates des irradiations dans les corps, les gênes, les chromosomes des enfants. Leur seul tort avait été de jouer à proximité des cités édifiées à proximité du cœur du réacteur. Tous ces ennuis, le roi Hammourabi ne les avait ni supportés, ni subis.

Sérénité et sagesse

Vivait-il dans une sérénité qui augmentait à mesure que le grand âge s’approchait ? Rien n’est moins sûr si l’on songe à la rigueur sinon à la férocité des châtiments dont on trouve encore des exemples ou des modèles dans certaines civilisations modernes : des mains coupées, des langues arrachées, des seins coupés. Qu’importe la sévérité de la punition si elle a été compensée par une représentation du roi Hammourabi. Ce dernier se tient debout devant le dieu-soleil Shamash qui, à l’instar de certains ministres actuels occupe une double fonction et gère deux portefeuilles en même temps. Des esprits imaginatifs ont supposé que cette figure pouvait ressembler à celle de Moïse recevant de la part de Yahvé les Tables de la loi sur le mont Sinaï. On connaît le destin qu’elles ont subi lors de la descente du prophète du haut de la montagne sacrée et de sa déconvenue quand il rencontra les adorateurs du Veau d’Or…

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