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Emprisonnement des neutrinos et libération de Mussolini

La terre tremble Emprisonnement des neutrinos et libération de Mussolini

La montagne magique

lundi 6 avril 2009, par Picospin

En effet, les noms donnés au relief particulier dans lequel se trouve le territoire fortement endommagé par les secousses telluriques d’hier sont « Le petit Tibet » dont les liens avec le véritable Tibet ne semblent pas évidents. En tout cas, ce territoire est proche de celui du « Gran Sasso » appartenant à la chaîne des Apennins qui y atteint sa largeur et sa hauteur maximales. La région des Abruzzes a connu de graves tremblements de terre dans son histoire car, située à la jonction des plaques tectoniques de l’Europe et de l’Afrique elle subit d’intenses pressions et déplacements.

Des séismes en série

Le 2 février 1703, un séisme se produit à L’Aquila, le jour du Carnaval. La fête est interrompue, et il y a des milliers de morts. Dorénavant, pour commémorer ce tremblement de terre, le carnaval aura toujours lieu le 3 février, contrairement au reste de l’Italie.
En 1915, un gigantesque tremblement de terre se produit au sud des Abruzzes, à Avezzano. Ce séisme, ressenti aussi à Rome, à 100 km du lieu de son épicentre, a fait 33 000 victimes, et la ville d’Avezzano perdit 82% de sa population. C’est le 20e tremblement de terre le plus meurtrier de l’histoire de la planète. En 2009, le 6 avril, un tremblement de terre de magnitude 6.3 se produit dans les Abruzzes. Ce séisme, dont l’épicentre se situe à proximité de la ville de L’Aquila, a fait au moins 50 victimes et plus de 50 000 sans-abris. Deux particularités marquent cette région déjà tourmentée. L’une, d’ordre scientifique, concerne la recherche de petites particules appelées neutrinos dans la profondeur du Mont Gran Sasso est le lieu privilégié d’expériences pratiquées à l’initiative de l’institut de Physique des Particules dont les fonds sont soutenus par l’UE. L’autre est d’ordre historique et concerne la libération de Mussolini par un minuscule commando allemand. Les travaux scientifiques sont menées sous cette haute cime pour capter puis étudier les propriétés des neutrinos.

Histoire de neutrinos

Des neutrinos créés au Cern, à Genève, ont été interceptés près de Rome après un voyage souterrain de 732 kilomètres. L’expérience concerne la physique fondamentale mais certains ont suggéré de se servir des neutrinos pour communiquer à distance, voire pour trouver du pétrole. Bien que destiné avant tout à des études de physique fondamentale, le détecteur de neutrinos Opera, près de Rome, confirme sa capacité à recevoir un signal sous forme de paquets de neutrinos créés au Cern, à 732 kilomètres, après leur traversée au sein de la croûte terrestre. Le neutrino est l’une des particules les plus fascinantes de la physique des particules. Postulée dans les années 1930 par Pauli pour sauver le principe de la conservation de l’énergie dans certaines réactions nucléaires, alors que Niels Bohr proposait de l’abandonner, cette particule, baptisée « petit neutron » ou neutrino en italien. Neutre, interagissant si faiblement avec la matière qu’elle pourrait traverser 300 fois l’épaisseur de la Terre sans s’arrêter, cette particule fantomatique est pourtant plus abondante que les photons du rayonnement fossile dans l’Univers qui, eux-mêmes, sont environ un milliard de fois plus nombreux que les atomes d’hydrogène. Les étoiles les produisent aussi en grande quantité tout comme notre Soleil. Or, d’après la compréhension théorique que l’on avait d’eux dans les années 1960, le flux arrivant sur Terre en provenance de notre étoile devait être trois fois plus élevé que celui mesuré. Pour sortir du dilemme, on fit l’hypothèse que les neutrinos devaient avoir des masses différentes et osciller entre différents états au cours de leur trajet dans l’Univers. Comme les détecteurs sont spécifiques d’un des trois types de neutrinos connus, même avec une source n’en émettant qu’un seul initialement, un déficit apparent sera mesuré provenant du fait que la composition du faisceau change au cours du temps et donc ne sera pas la même en fonction de la distance séparant source et détecteur.

Faisceaux

L’étude des faisceaux de neutrinos devrait permettre de produire au Cern un faisceau étroit de neutrinos à différentes énergies et de voir ce qu’il devient après un parcours de plusieurs centaines de kilomètres. Pour créer des neutrinos on lance des protons de haute énergie sur une cible ce qui provoque une collision puis une grande énergie disponible, au cours de laquelle une multitude de particules se forment, parmi lesquelles des pions qui sont ensuite focalisés par des aimants afin de former un faisceau pointé vers le Gran Sasso. Les pions du faisceau se désintègrent en muons dont la désintégration en vol produit davantage de neutrinos qui sont arrêtés par un bloc de fer. Au final, on a obtenu un faisceau pur constitué de neutrinos qui poursuivront leur route jusqu’au Gran Sasso pour la majorité d’entre eux. Comme le bruit de fond sous forme de neutrinos naturels est important, un détecteur a été enterré dans un tunnel sous la montagne du Gran Sasso afin d’obtenir le rapport signal/bruit le le plus élevé possible. Depuis 2006, ce sont plus de 300 événements causés par l’interaction des neutrinos avec la matière du détecteur qui ont été enregistrés par des dispositifs électroniques. Pour avoir des détails fins sur la trajectoire des muons, les dispositifs électroniques précédents devront être complétés par des plaques photographiques enregistrant les trajectoires des particules, comme au début de l’emploi des émulsions photographiques en physique des particules. Dès qu’un événement est détecté électroniquement, un robot peut retirer une des briques du détecteur et un microscope peut scanner automatiquement la photographie obtenue.

Capture ou libération ?

Le 12 septembre 1943, le monde apprend avec stupéfaction l’enlèvement de Benito Mussolini. Après le débarquement allié du 10 juillet 1943 en Sicile, l’ancien dictateur italien avait été renversé par le Grand conseil fasciste, désireux de conclure au plus tôt un armistice avec les Anglo-Saxons. Le roi Victor-Emmanuel III l’avait assigné à résidence dans le nid d’aigle du Gran Sasso. Mais Hitler n’était pas disposé à laisser l’Italie se retirer de la guerre et il était convaincu que son ancien allié serait encore capable de galvaniser les forces nationalistes italiennes pour reprendre la lutte à ses côtés. Le Führer demande à l’aviation allemande d’organiser son évasion. C’est l’opération « Eiche » (Chêne), confiée à un commando de SS et de parachutistes aux ordres du capitaine Otto Skorzeny. Les Allemands ont d’abord quelque difficulté à localiser le détenu qui a été plusieurs fois déplacé. Ils le repèrent finalement dans le Gran Sasso, où Mussolini est retenu à l’hôtel Campo Imperatore, en haut d’une falaise accessible seulement par téléphérique. Le 10 septembre, un vol de reconnaissance permet d’identifier un alpage à proximité de l’hôtel ce qui incite Skorzeny à utiliser des planeurs pour y accéder. Un autre commando est chargé de s’emparer de l’aérodrome d’Aquila et de prendre le contrôle du téléphérique. Le raid a lieu deux jours plus tard par temps nuageux. Des 12 planeurs mobilisés, seuls 8 parviennent sur les lieux.

Petit avion, grande manoeuvre

La zone d’atterrissage se révèle moins favorable que prévue mais 7 des appareils réussissent un atterrissage satisfaisant et les gardes italiens n’opposent pas de résistance. Pour exfiltrer le Duce, Skorzeny recourt à un petit appareil de reconnaissance ce qui crée un effet de surprise, grâce auquel un atterrissage de fortune sur l’alpage est réussi de même que le décollage plus difficile encore avec ses deux passagers, le Duce et Skorzeny, sans oublier les bagages du dictateur. L’opération est si rapide que le prisonnier se retrouve libre avant que le dernier planeur ne se soit immobilisé. Le Duce retrouve un peu plus tard sa famille à Vienne pendant que Skorzeny reçoit la décoration de la Croix de fer. La propagande nazie ne se fait pas faute d’exploiter la nouvelle de la libération de Mussolini qui paraît si extraordinaire qu’elle est annoncée en séance de la Chambre des Communes. Empêché par Hitler de prendre sa retraite en Allemagne, Mussolini doit regagner très vite l’Italie du nord et se mettre à la tête d’une éphémère « République sociale italienne ».

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