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La vérité...

Qu’est-ce que la vérité ?

dimanche 14 avril 2013, par Picospin

L’idée de base qui se profile derrière cette théorie est la correspondance entre ce que nous croyons et disons et les choses telles qu’elles sont en réalité, les faits. Au début de cette histoire qui commence vers les années 1898 et 1910 sous l’influence de Moore et Russell ces auteurs voient dans cette théorie la source de l’idéalisme et la rejettent pour en adopter une autre, celle de l’identité de la vérité. Dans cette dernière, il est fait mention de la proposition de l’existence d’une identité à un fait, d’attitudes dites propositionnelles qui constituent ce qui est cru, le contenu des croyances.

Vraies propositions

Quand une proposition est vraie, elle est identique à un fait et la croyance en cette proposition est correcte. A cet égard, elle deviendrait la propriété des propositions sans qu’il y ait de différence entre la vérité et la réalité à laquelle elle est supposée correspondre. Cette théorie a fait long feu à partir du moment où l’on s’est mis à considérer les porteurs de la vérité plus comme des propositions mais comme des croyances. Ce qui a donné en substance un autre abord de la vérité en stipulant qu’une croyance est vraie seulement si - ou à condition - qu’elle corresponde à un fait. Autrement exprimé, une croyance n’est vraie que dans la mesure où elle fait partie d’un système cohérent de croyances. Du côté du pragmatisme ou des positions pragmatistes, quelques slogans sont offerts à l’appréciation de ses utilisateurs comme peuvent l’être la vision que la vérité est le point final d’une enquête ou que elle constitue la solution satisfaisante à l’envie de croire. Les théories pragmatistes ont une certaine affinité avec les théories de la cohérence dans la mesure où nous attendons que la fin d’une enquête devienne un système cohérent de croyances. D’autres penseurs nous conduisent à suivre une autre logique, celle de l’importance des phrases en tant que porteurs les mieux appropriés de la vérité, à conditions qu’elles soient interprétées en fonction de la totalité de leur contenu et que celui-ci ait un sens qui soit un invariant au cours de ses opportunités et qu’elles ne sont en aucune façon dépendantes du contexte dans lequel elles se révèlent.

Vérification

Une autre théorie récemment avancée mérite qu’une incursion y soit faite, celle de la « vérification » que l’on peut exposer de la façon suivante. Prenons pour exemple le fait qu’il existe quelque part dans l’univers une substance comme l’uranium en un lieu trop éloigné de notre position actuelle pour être étudié au cours de la durée attendue, de l’univers. Même si cette assertion n’est pas vérifiable nous n’avons aucune raison valable de prétendre qu’elle vraie ou fausse d’après les critères proposés par la théorie de la vérification de la vérité. Cette dernière est-elle unique ou multiple ? Certains l’affirment, qualifiant la vérité de la qualité d’ambiguë. Il y aurait donc un pluralisme de la vérité ce qui ferait d’elle un concept dans lequel un rôle majeur pourrait être joué par la fonctionnalité. A propos des objets matériels, la vérité pourrait être concrétisée par la propriété d’une correspondance intimement liée à des représentations alors que les affirmations d’ordre moral se manifesteraient à l’aide d’assertions moins réalistes. La vérité est définie comme la conformité ou la fidélité d’une idée ou d’un jugement avec son objet, autrement dit comme la conformité de ce que l’on dit ou pense avec ce qui est réel. Il désigne également une connotation juridique, entendue d’un point de vue judiciaire au sens de « ce qui est vrai », à savoir ce dont on peut rapporter la preuve. La diversité des interprétations du mot a engendré par le passé et jusqu’à maintenant bien des controverses. Les réflexions de penseurs et de philosophes au cours des siècles constituent autant d’écoles différentes.

Vérité et réalité

Le mot « vérité » a longtemps eu le même sens que le mot de « réalité ». Les deux termes sont équivalents. On entend par « vérité » un caractère de la connaissance, et de la connaissance seulement. Ce caractère, dont l’erreur est l’opposé, appartient aux perceptions, idées, aux représentations, ou au jugement, et réside dans l’affirmation ou la négation de ce qui est. La vérité matérielle est l’adéquation entre ce qui est et le jugement que l’on énonce dans une proposition : cette adéquation est validée par l’expérience. Mais la nature de ce type de vérité est variable, car elle peut être qualifiée de vérité objective, relative, subjective, ou projective suivant la théorie de la connaissance que l’on soutient qu’il s’agisse du réalisme, relativisme, criticisme ou constructivisme. La vérité formelle est la validité des conclusions d’un système hypothético-déductif, procédant suivant des règles de déduction à partir de postulats et d’axiomes admis. Cette vérité est indépendante du contenu des propositions logique et dépend de son accord avec les lois de l’entendement. Dans ce cas, la vérité est une vérité de correspondance. Elle est a priori car elle ne dépend pas de l’expérience.

Des vérités

Ce dernier point permet d’introduire une distinction entre les vérités purement formelles et celles déclarées a priori, appelées des vérités analytiques. Celles-ci sont nécessaires et ne nous apprennent rien sur le monde. Les vérités tirées de l’expérience sont des vérités synthétiques, car nous lions des termes supposés convenir pour des êtres dont l’existence est contingente. La vérité métaphysique remontant d’une hypothèse à ses conditions, suppose l’existence d’un référent ontologique existant en soi. Dans ce cas, on distingue vérité absolue et vérité relative. La vérité d’une croyance ou d’une opinion, est la vérité d’une proposition qui s’accorde à un ensemble de croyances qui lui préexistent. Ce genre de vérité est souvent appelé vérité cohérente. Selon l’une des plus anciennes conceptions de la vérité, que l’on trouve chez Aristote, la vérité est « l’accord de nos jugements de perception ou de connaissance avec la réalité. » Une idée peut être appelée fausse, si elle ne correspond à rien de réel ni de possible comme des idées de chimères, de centaures, de dieux ou vraie si elle correspond à des choses réelles comme les idées d’homme ou de cheval. Dans cette conception classique, la vérité est une « qualité ». Selon William James, il y a d’une part la réalité, d’autre part des jugements qui sont en accord avec celle-ci ; il n’existe pas une troisième « chose » qui serait la vérité. La vérité est le caractère que prennent certains jugements. Par suite, la vérité n’est pas une donnée toute faite, elle se fait, elle est le fruit de l’effort et de la recherche. Mais c’est dans le jugement exprimant une connaissance seule que semblent résider l’erreur et la vérité proprement dites.

Erreurs

Il n’y a erreur que pour celui qui affirme l’existence de la chimère et du centaure, de même il n’y a vérité que pour celui qui nie leur existence, ou qui affirme celle de l’homme ou du cheval. Une telle théorie de la vérité repose sur l’idée que celle-ci doit être en adéquation, ou en correspondance, avec un état de choses réel. La vérité est l’affirmation de ce qui existe ou la négation de ce qui n’existe pas, donc l’accord de nos jugements avec la réalité. Le problème est de savoir ce que l’on va tenir pour réel. On objectera que la réalité métaphysique et absolue n’est point accessible à la connaissance. À quoi l’on peut répondre que la plupart de nos jugements ne concernent en rien la réalité métaphysique et absolue, mais simplement les différents êtres et phénomènes qui sont objets d’expérience, de perception. Les différents objets et phénomènes se ramènent à nos représentations et à celle des autres sujets conscients ; la vérité ne consiste donc pas dans l’accord de nos jugements avec une réalité extérieure à notre esprit, mais bien plutôt dans l’accord de la pensée avec elle-même, par conséquent avec ses propres perceptions et avec les perceptions des autres esprits. Une proposition exprime une pensée qui contient des mots renvoyant à des concepts, dotée d’une structure interne, mais en même temps elle forme un tout : dès qu’elle exprime la pensée elle l’unifie en appelant de la part du récepteur une option qui prend la forme d’une acceptation ou d’un refus. De là les deux alternatives de la logique classique : une proposition est vraie ou fausse4. Le schéma binaire vrai-faux n’est pas pertinent du fait qu’il n’y a pas que des chats blancs et des chats noirs, mais beaucoup de chats de couleurs diverses.

Le vrai et le faux

Ce serait oublier que le faux s’oppose au vrai, non comme le noir s’oppose au blanc, mais comme le non-blanc s’oppose au blanc. Cependant, cette dichotomie vrai-faux pourrait être contestée d’un autre point de vue : que se passe-t-il si la réponse à la question posée n’est pas connue ? La vérité des choses est indépendante de nos moyens de les atteindre ; tel n’est pas l’avis des intuitionnistes qui refusent d’appliquer le principe du tiers-exclu aux objets mathématiques infinis. Un autre problème a été soulevé depuis les Grecs : certaines propositions ne peuvent sans paradoxe se voir attribuer une valeur de vérité ; la plus connue est sans doute le paradoxe du menteur : « Cette phrase est fausse » (où l’expression « cette phrase » désigne l’affirmation elle-même) ; des variantes plus sophistiquées et connues de ce paradoxe, qui, convenablement formalisé, a donné naissance aux célèbres théorèmes d’incomplétude de Gödel. À l’époque moderne, on se mit à dégager des structures : Boole fut le premier à écrire la logique en symboles maniables ; il avait en vue une algébrisation du langage dans ce contexte sans cependant se préoccuper outre mesure des fondements ; Frege interpréta tout connecteur comme une fonction, inventant le terme « fonction de vérité6 » pour signifier qu’en logique propositionelle la valeur de vérité d’un énoncé composé ne dépend que des valeurs des énoncés simples à partir desquels il est formé, et non du contenu. En d’autres termes, les connexions sont utilisées au sens matériel ; car Frege avait ressuscité le conditionnel philonien dont il avait découvert l’efficacité. Quand on tente d’expliquer le sens d’une expression, on emploie nécessairement d’autres expressions ? Dans un cadre déductif il est impossible que tous les mots d’une théorie puissent recevoir une définition ; au début d’une théorie il y a nécessairement des termes premiers.

Question de choix

On peut d’ailleurs observer que c’est là une affaire de choix : il serait erroné de croire que certaines expressions ne peuvent en aucune manière se définir8. Une fois les termes premiers choisis, il faut une méthode pour construire les énoncés, et des règles de déduction, ce qui constitue la syntaxe. La « réalisation » d’un langage du premier ordre, ou encore structure pour ce langage, associe un élément sémantique - individu, relation ou fonction - à chaque élément syntaxique - respectivement symbole d’individu, symbole de prédicat ou signe fonctionnel9. Une formule est dite « valide » dans une structure si elle est satisfaite - donne lieu à un énoncé vrai - pour tous les individus de la structure10. Un « modèle » d’un ensemble de formules est une structure qui rend valide chaque formule de l’ensemble. Une théorie est un ensemble de formules et si elle a un modèle elle est dite « compatible ». Une formule est « universellement valide » si elle est valide dans toute réalisation du langage sur lequel elle est construite11. La question de savoir si tout énoncé sémantiquement vrai est syntaxiquement démontrable, ainsi que la possibilité ou non d’effectuer un test automatique de vérité ou de fausseté, dépendent de la théorie concernée.

Quine et nominalisme

Quine introduit des schémas d’énoncés qui jouent en sémantique un rôle analogue à celui que d’autres auteurs font jouer aux « formules » de la syntaxe. Les énoncés, qui sont des instances particulières de ces schémas, en résultent par substitution, la même expression étant substituée à toutes les occurrences d’une même lettre. Ainsi il peut arriver qu’un énoncé soit vrai en raison de sa structure logique seulement, par exemple : « S’ils drainent l’étang mais ni ne rouvrent la route ni ne draguent le port ni n’assurent aux montagnards un marché, et par contre s’assurent à eux-mêmes un commerce actif, alors on aura eu raison de dire que s’ils drainent l’étang et rouvrent la route ou s’ils draguent le port ils assureront aux montagnards un marché et à eux-mêmes un commerce actif. » Malgré les apparences, c’est en effet une lapalissade, comme l’on s’en assurera sans peine, son schéma est du type : Si P et non-Q et non-R et non-S et T, alors [(P et Q) ou R] seulement si (S et T). Quine qualifie de tels schémas de « valides » ; il nomme « implication » un conditionnel valide, donc chez lui « implication » et « conditionnel » ne sont pas synonymes ; mais on retrouve bien le même concept de validité, implémenté différemment de la théorie classique. Cette primauté de la sémantique provient de la philosophie nominaliste de Quine : les schémas sont des mannequins - « dummies » - qui n’appartiennent pas à un langage-objet ; les valeurs de vérité ne sont pas des objets abstraits mais des manières de parler des propositions vraies et des propositions fausses ; ces dernières sont les énoncés déclaratifs eux-mêmes plutôt que des entités invisibles cachées derrière eux.

Utilité des applications

Les applications utiles que l’on peut tirer des théories scientifiques en sont une vérification partielle et indirecte. Une théorie n’est pas « vraie » dans ce sens seulement qu’elle est matériellement utile : c’est plutôt qu’on ne pourrait en tirer aucune application utile si elle ne contenait pas une part de vérité. Les sciences empiriques se caractérisent par le fait qu’elles utilisent des méthodes inductives, partant de propositions singulières pour aboutir à des propositions universelles. Cependant, prise à la lettre, une telle extrapolation induit des risques d’erreur : peu importe le nombre de cygnes blancs que l’on a observés, rien ne pourra nous permettre d’affirmer que tout cygne est nécessairement blanc ; aussi Reichenbach adoucit-il cette prétention en avançant que les énoncés scientifiques ne peuvent atteindre que des degrés continus de probabilité dont les limites supérieure et inférieure, hors d’atteinte, sont la vérité et la fausseté. À défaut de pouvoir prouver une théorie, on peut s’attacher à la réfuter. La théorie est corroborée si elle réussit les tests de réfutation. À la « logique inductive » et ses degrés de probabilité, Popper oppose ce qu’il appelle une méthode déductive de contrôle car il croyait à la vérité absolue comprise comme une catégorie logique mais pas au fait que notre science puisse l’atteindre, ni même qu’elle puisse accéder à une probabilité du vrai ; en fait, il alla jusqu’à douter qu’elle constitue une connaissance : « La science n’est pas un système d’énoncés certains ou bien établis, non plus qu’un système progressant régulièrement vers un état final.

Science et connaissance

Notre science n’est pas une connaissance (épistêmè) : elle ne peut jamais prétendre avoir atteint la vérité ni même l’un de ses substituts, telle la probabilité. » Par là, il s’oppose directement aux « pragmatistes » qui définissent la vérité scientifique en termes de « succès » d’une théorie. Il ne doutait pas que cette vérité existât quelque part. Il s’appuie pour cela sur les travaux de Tarski concernant la validité et les modèles, en particulier le concept de « fonction propositionnelle universellement valide » qui aboutit à l’existence d’énoncés vrais dans tous les mondes possibles. Il en donne une traduction dans le domaine des sciences de la nature : « On peut dire qu’un énoncé est naturellement ou physiquement nécessaire si et seulement si on peut le déduire d’une fonction propositionnelle satisfaite dans tous les mondes qui ne diffèrent de notre monde, s’ils en diffèrent, qu’eu égard à des conditions initiales. » L’activité scientifique normale, dit Kuhn, est fondée sur la présomption que la communauté scientifique sait comment est constitué le monde. Aussi a-t-elle tendance à occulter toute nouveauté propre à ébranler ses convictions de base. Quand les spécialistes ne peuvent ignorer plus longtemps de telles anomalies, alors commencent les investigations extraordinaires qui les conduisent à un nouvel ensemble de convictions : c’est ce que Kuhn nomme une révolution scientifique.

Science normale et révolution

Ainsi le développement historique de la science est-il fait d’alternances entre ce que Kuhn appelle des « périodes de science normale » où le savoir est cumulatif à l’intérieur d’un système conceptuel donné ou paradigme, et de « périodes révolutionnaires » qui voient s’opérer les changements de paradigme. Les paradigmes sont extrêmement résistants. On pourrait s’attendre à ce qu’il suffise d’une seule preuve pour rendre fausse une théorie ; l’observation du comportement de la communauté scientifique montre que face à une anomalie, les savants préféreront toujours élaborer de nouvelles versions et des remaniements ad hoc de leur théorie. On ne dit jamais qu’un paradigme est faux avant de l’avoir remplacé par un autre. L’acte de jugement qui conduit les scientifiques à rejeter une théorie antérieurement acceptée est toujours fondé sur quelque chose de plus qu’une comparaison de cette théorie avec le monde. La recherche de la vérité historique pose différentes questions relatives à la méthodologie historique sur la recherche et la critique des matériaux, la prise en compte interdisciplinaire (étendue du champ d’investigation), la recherche des matériaux et sources, la critique des matériaux et sources (fiabilité, mise en correspondance), la méthode d’interprétation de ces matériaux pour l’écriture de l’histoire.

En histoire

L’historien Marc Bloch avait une conception de l’histoire qui reposait sur deux idées centrales le refus constant de confondre le métier d’historien et celui de « procureur », l’« éthique professionnelle », ce qui l’amène à souligner que l’historien doit « rendre des comptes » à ses lecteurs. Il a fourni des pistes de réflexion sur la correspondance entre la réalité et sa représentation et le jugement « humain » : comment comprendre des hommes ayant vécu dans un passé lointain, à partir des seules traces inertes qu’ils nous ont laissées de leur passage sur la terre ? Il rejetait le positivisme de l’ école méthodique et fut un précurseur, en diversifiant les sources de l’historien, l’étendant aux faits économiques, et s’intéressant à d’autres matériaux que les seuls documents écrits comme l’archéologie, l’art, la numismatique. Dans l’affirmation de la vérité, faut-il tenir compte de la qualité et des quantités de connaissances impliquées, dont la présence reste le fondement de l’affirmation, mais pas nécessairement de la vérité ? Ce qui conduit certains penseurs à défendre la thèse selon laquelle on ne doit affirmer que ce que l’on connaît.