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La vie a-t-elle un sens ?

mardi 12 février 2013, par Picospin

Quand on interroge les gens sur leur conception du sens qu’ils donnent à la vie, les réponses ne fusent pas toujours directement et sans hésitation à partir du plus profond d’eux-mêmes. Cette situation ne s’améliore pas toujours lorsque cette même question est posée ou ce thème abordé avec les malades qui voient s’approcher avec angoisse et interrogations l’heure de la mort. Qu’à ces moments là, la question prenne un relief particulier reste un point d’interrogation qu’il importe d’éclaircir avec d’autant plus de rapidité et de pertinence que la réponse ne doit pas tarder.

Une pesante interrogation

Il faut au plus tôt libérer le mourant de la pesanteur que fait peser sur lui cette interrogation car le temps manque pour qu’il puisse y consacrer ses derniers instants de vie. Certains répondent à cette sollicitation en faisant appel à la valeur finale positive de la vie que l’individu est en mesure de diffuser. A cette occasion, on pense à l’importance de la vie biologique sur terre et plus particulièrement à celle de l’espèce humaine. Doit-on considérer la vie comme une aventure individuelle ou celle d’un groupe ou de groupes d’individus ? Si on élargit le spectre de ce questionnement, on peut être tenté de classer son sens ou son intensité, sa crédibilité, sa signification selon que l’on se place du point de vue des périodes de sa mesure et des différences entre individus, voire de celles qui se dessinent à mesure que la vie se déroule. Ne peut-on alors se demander s’il est de vies qui ont plus ou moins de sens que d’autres, ce qui n’empêche nullement de penser que tout le monde est équipé pour mener une vie dotée d’un statut moral équivalent.

Faire des choix

On peut aussi s’interroger sur la théorie kantienne selon laquelle tout le monde est doté d’une capacité égale à faire des choix mais que cette dernière est fonction des l’entrainement personnel à s’en servir, à exercer cette capacité. Savoir si une vie est pleine de sens c’est aussi séparer la vie bonne conceptuellement différente de la vie heureuse ou morale. Ne faut-il pas considérer ces jugements comme plus dynamiques et évolutifs que statiques. Une vie peut être parfaitement heureuse ce qui ne signifie nullement qu’elle soit candidate à se remplir de sens ce qui peut survenir pour peu que l’on consente à sacrifier une partie de son bienêtre au bénéfice des autres. A l’inverse, penser que l’existence d’une personne a du sens n’est pas la même chose que considérer qu’elle a été moralement droite. Il est d’autres moyens d’améliorer le sens de la vie qui n’ont que peu de rapports avec la moralité. C’est en particulier le cas de ceux qui ont la chance de faire des découvertes scientifiques propres à améliorer la condition humaine. Un grand nombre des penseurs, philosophes, sociologues ou religieux pensent que pour mieux comprendre le sens de la vie, le mieux serait de le découper en tranches puis de les soumettre à un classement en périodes de la vie dont certaines auraient davantage de signification que d’autres.

Plus ou moins de sens

Cette position n’empêche pas les tenants de cette théorie de croire que certaines vies ont moins de sens que d’autres ce qui ne les empêche pas de croire en l’existence d’une égalité de statut pour tous. Ce qui rend la vie pleine de sens est différent des facteurs qui jouent un rôle dans une vie droite, quitte à recourir à des réponses variables selon le type de question posée. Si on ne peut invoquer ni le bienêtre ni la moralité, de quoi s’agit-il réellement ? Une première réponse peut être avancée qui consiste à prétendre qu’une vie pleine de sens est accomplie si elle a consisté à faire des choix et à prendre des décisions pour les transformer en buts. C’est par ce moyen qu’il est possible de rendre une vie cohérente, intelligible pour soi-même et les autres, capable de transcender la nature animale blottie, voire cachée au fond de chacun d’entre nous, toutes considérations qui font du sens de la vie une entité distincte de la moralité ou du bonheur. Ce questionnement conduit à en envisager un autre sur la validité de la notion de bienêtre et de moralité comme équivalent ou définition du sens de la vie. On peut toujours tenter de s’accorder sur la place à réserver aux objectifs dignes ou suffisamment valides ou valeureux pour engendre des choix.

Sens et projets de vie

En ce cas n’aurions-nous pas besoin d’un compte-rendu sur la question de savoir quels types de projets relèvent du sens et quels autres appartiennent à une catégorie qui ne possède pas de valeur positive intrinsèque mais peut aussi rendre une vie cohérente, intelligible et susceptible de transcender la part animale de notre nature, toutes marques qui connotent quelque chose de différent de la moralité et du bonheur. Le sens peut être inhérent à certaines actions, expériences, états ou relations qui n’ont pas été adoptés en tant que fins mais qui pourraient constituer une ramification, un dérivé d’une force spirituelle qui amarre l’univers physique comme c’est le cas dans l’hindouisme. En dehors de ces concepts, s’agitent ceux qui ont fait la réputation de certains textes de Sartre qui reste ancré sur sa propre position sur un existentialisme constitué par tout ce qui est soumis à notre choix et de Richard Taylor qui soutient à propos du mythe de Sisyphe que tout sens de la vie est lié à la satisfaction des désirs qui importent le plus, ceux qui prennent une place prioritaire dans la vie de chacun. De telles expériences rendent compte du sens de la vie mais n’impliquent nullement la réalisation d’objectifs capables de favoriser la cohérence, l’intelligibilité ou la transcendance.

Des idées ?

Il est une autre catégorie d’idées qui peuvent traverser notre cerveau comme celles qui méritent fierté ou admiration, les valeurs qui justifient dévouement et amour, toutes qualités qui rendent une vie compréhensible ou des fins à l’écart de toute satisfaction subjective et de devoir moral qui sont les plus propres à susciter les premiers choix. Parler d’une vie valeureuse n’est pas identique à l’évocation d’une vie qui ait du sens. A l’inverse parler d’une vie dépourvue de sens mais pleine de plaisirs d’ordre bestial n’est pas davantage une vie qui vaut d’être vécue ou d’avoir été vécue. Ce type d’existence ne signifie pas seulement qu’elle n’a pas de sens ou qu’elle a été absurde ou déraisonnable, futile ou gâchée. L’envers de la question se situe dans les interrogations concernant les principes généraux permettant de viser à l’obtention d’une signification attachée au sens. Ce dernier devient en ce cas tributaire de l’existence ou non de Dieu ou d’une âme à la condition expresse que l’individu contracte avec le premier et la seconde un certain type de relation, faute de quoi la vie devient vide de sens. Les théories "naturalistes" supposent que leurs vues sur la nature et le sens de la vision de la vie reposent sur un cadre spiritualiste, faute de quoi on se rapproche des théories naturalistes qui relève seulement d’une connaissance par la science.

Autre théorie

Ces considérations opposées laissent cependant une place logique pour une théorie non naturaliste selon laquelle le sens est fonction de propriétés abstraites qui ne sont ni spiritualistes ni physiques. Les penseurs supernaturalistes appartenant à la tradition monothéiste se partagent entre les visionnaires centrés sur Dieu et ceux qui le sont sur l’âme. Dans le premier cas, il existe un lien avec Dieu entendu comme personne spiritualiste qui sait tout, est plein de bonté et de puissance et qui se situe à la base de l’univers physique pour constituer un sens de la vie construit en tant que substance immortelle et spirituelle. Dans le second, on estime qu’on a une âme à mettre dans un certain état propice à donner un sens à la vie même su Dieu n’existe pas.

Dieu a-t-il un plan ?

L’idée la plus répandue chez les adhérents de la première position est que Dieu a un plan pour l’Univers et que sa propre vie réalise ce dessein, sans doute dans le sens dans lequel Dieu souhaite qu’il en soit fait ainsi. Remplir les intentions de Dieu serait en ce cas la seule source de sens ce qui ne sous-entend nullement qu’il faille pour cela posséder la conviction d’une existence après la mort. Cependant, si une personne n’accomplit pas ce que Dieu voudrait qu’il fasse de sa vie, alors, sa vie devra être considérée comme dépourvue de sens.