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Un patriote intansigeant

La vie tragique et romantique de Chopin de Pologne en France

Où est son coeur voyageur ?

samedi 3 octobre 2009, par Picospin

Cette réaction équivalait à celle des Américains au lendemain de l’attaque du 11 septembre. Il est pratiquement impossible de ne pas rencontrer des fantômes du passé ici dans la ville de Varsovie même si vous n’êtes qu’un touriste de passage.

Chopin à Varsovie

L’autre jour, je me suis permis de suivre les traces laissées ici par Chopin. On célébrera l’année prochaine le 20è anniversaire de la naissance de Chopin. Le programme de cette journée est en voie d’élaboration, basé sur des concerts, des réunions, le très célèbre concours de Piano qui se tient ici tous les 5 ans, l’ouverture d’un Musée Chopin entièrement rénové, situé tout près du conservatoire de Varsovie où le compositeur avait suivi ses études. « Chopin est notre symbole et notre plus belle production touristique mais il est en même temps plus que cela » dit le Directeur de l’Institut Chopin qui veille à l’organisation du concours et qui est resté le garant de la culture musicale et nationale même pendant la période difficile de la présence communiste. Ce fut notre fenêtre sur le monde. Et c’est aussi l’envers de ce regard du dehors vers la Pologne de l’intérieur. Varsovie est la ville dans laquelle Chopin a passé la majorité de son temps et dans laquelle il s’est installé lorsqu’il est venu de la campagne comme un tout petit enfant au moment où son père a commencé à enseigner le français au lycée de la capitale avant que le fils ne commence sa carrière d’enfant prodige du piano et de la composition musicale.

Leçons de Français

La ville qu’il connut à l’époque n’était qu’un amas de décombres et commençait à peine sa reconstruction. Paris détient la tombe du musicien. A Londres, c’est une plaque qui marque la maison dans laquelle il a passé quelques semaines misérables, alors qu’il était gravement malade et qu’il vivotait, enveloppé dans son vieux manteau près d’un feu de cheminée d’où il peinait à s’extirper pour donner son dernier concert au bénéfice des « Amis de la Pologne » en 1848. Cette présence en demi-teinte n’a laissé que peu de souvenirs authentiques du passage de son artiste le plus célèbre. Ce qui reste des endroits où il a grandi révèle moins de souvenirs plutôt flous de son passé que d’un palimpseste de ruine et de mémoire. Le palimpseste « gratté de nouveau » est un manuscrit écrit sur un parchemin préalablement utilisé, et dont on a fait disparaître les inscriptions pour y écrire de nouveau. Cette méthode fut utilisée entre le VIIe siècle et le XIIe siècle, par des copistes qui, en raison du prix trop élevé du parchemin, réutilisaient d’anciens manuscrits pour y copier de nouveaux textes.

Les palimpsestes

Pour cela, les vieux manuscrits étaient préalablement désencrés ou effacés grâce à de la pierre ponce. À cause de cette méthode, plusieurs écrits ont été momentanément ou irrémédiablement perdus tels que les textes juridiques tombés en désuétude, mais aussi des textes de penseurs grecs pré-chrétiens, ou d’écriture gothique. On est parvenu toutefois à retrouver l’ancien texte dans certains palimpsestes grâce aux techniques modernes de restauration de documents par des techniques chimiques, l’imagerie aux rayons ultraviolets, ou encore à l’aide du rayonnement synchrotron. Par extension, on parle parfois de palimpseste pour un objet qui se construit par destruction et reconstruction successive, tout en gardant l’historique des traces anciennes. Le terme est également utilisé en architecture, ou dans l’analyse paysagère. En art, on parle de "biopalimpseste" pour une oeuvre d’art issue du bio-art qui met en jeu les questions relatives à la réécriture du vivant. Pour suivre les traces du passage de Chopin dans Varsovie, bien après sa mort et la tragédie du ghetto, le plus important de la Seconde Guerre mondiale, avec 380 000 personnes, situé au centre de Varsovie, créé en 1940 et détruit en mai 1943 après l’insurrection de ses occupants contre les nazis.

Soulèvement

Celle-ci a été marquée par un soulèvement qui a commencé le 19 avril 1943, a été déclenché par 400 insurgés de l’Union Militaire Juive et 40 combattants de l’Organisation combattante juive. Durant les combats 7.000 résidents du ghetto ont été tués, 6 000 ont été brûlés vifs ou gazés durant la destruction totale du quartier, après quoi les Allemands déportèrent les survivants dans les camps d’extermination de Treblinka et de Majdanek. L’impact psychologique de l’insurrection du ghetto de Varsovie a été très important. La résistance a été plus forte que prévue par les Allemands, même si l’issue était certaine vu le déséquilibre des forces - Nous ne voulons pas sauver notre vie. Personne ne sortira vivant d’ici. Nous voulons sauver la dignité humaine. Maintenant, après ces évènements inhumains que ni l’Europe ni le monde n’a encore oubliés, la vie reprend dans une ville reconstruite à l’identique et que l’on visite sous le guidage de jeunes garçons expérimentés, depuis peu équipés de GPS et qui suivent à la lettre les points de repère des séjours de Chopin. C’est ici que le compositeur a commencé sa vie affirme le guide en essuyant sa main sur une pierre désignant seulement la Tombe du Soldat Inconnu.

Un lycée où on enseigne le Français

On peut retrouver aussi le lycée où le père de Chopin enseigna d’abord et près duquel se dressent quelques appartements autrefois occupés par des enseignants de cet établissement. Quand les Allemand réoccupèrent la Pologne, ils n’ont pas hésité longtemps avant d’appeler ce lieu la Place Adolf avant de la faire sauter en même temps que l’ensemble de la ville en représailles au soulèvement de la capitale en 1944, au moment où les forces soviétiques n’esquissèrent pas un geste pour entrer dans la ville et porter secours aux insurgés. On retrouve également un salon et un immeuble Chopin où le compositeur a écrit ses deux concertos pour piano et les mazurkas dans le palais d’origine qui n’a jamais été reconstruit. L’épilogue de son histoire fut le legs de son cœur à sa ville que sa sœur, après sa mort à Paris rapporta pieusement selon les dernières volontés du défunt. Un général allemand mélomane qui était par ailleurs un criminel de guerre aida à sauver cette relique après que l’église fut rasée au décours de l’insurrection. Chopin était un nationaliste fervent qui ne voulut même pas entendre parler d’un éventuel retour en Pologne aussi longtemps que ce pays était occupé par la Russie. Cette obstination signifie que parti en 1830 à l’âge de 20 ans, il ne revit jamais plus le pays qui le vit naitre. Peut-être bien qu’il aurait grandement apprécié le souvenir et l’aura que son absence a déclenchés ici, à Varsovie, bien plus tard.

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