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Quelles mesures ?

La voie royale pour des soins médicaux de qualité

Quelles options ?

vendredi 25 octobre 2013, par Picospin

Dans cette perspective, des innovations sont nécessaires pour réduire le nombre des infections importées dans le corps des malades par les procédures de ventilation, la mise en place des sondes intraveineuses, toutes mesures qui d’ores et déjà ont largement démontré leurs bons résultats.

Une surcharge

Pour toutes ces raisons, il est temps de s’intéresser à un paramètre souvent trop négligé qui est celui de la surcharge en patients dont la réduction est susceptible d’accélérer une voie fiable, sécurisée et efficace pour une dispense de soins de bien meilleure qualité. Un système de santé fiable est caractérisé par un fonctionnement correct même lorsque les circonstances de son application sont difficiles dans des circonstances imprévues, voire imprévisibles aussi bien que lorsque ces dernières sont favorables à l’exercice, la praxis plus aisée, survenant dans un contexte plus clément. Les centres de soins sont destinés à appliquer et à subir des incitations et des contraintes afin de parvenir à la réalisation de ces objectifs. Il en va ainsi pour la réduction des infections dues à l’usage de la ventilation ou à l’insertion de cathéters veineux. Il est un paramètre trop souvent négligé par les responsables de la gestion des soins, c’est celui de la surcharge temporaire des services hospitaliers par un afflux attendu ou inattendu de population brusquement aux prises avec l’éclosion d’épidémies ou d’endémies plus ou moins légères comme celles consécutives à la diffusion d’infections rhino-pharyngées en cours de grippe par exemple.

Une activité débordante

Cette activité soudainement débordante, nécessaire pour faire face au remplissage excessif, disproportionné des lits hospitaliers disponibles est de nature à perturber sérieusement le fonctionnement routinier des services et à créer un certain désordre dans l’ordre du soin. Toute surcharge de travail et d’activité est de nature à augmenter le risque de maltraiter les patients dont le taux d’hospitalisations, de réhospitalisations et l’augmentation de la durée du séjour sont les principaux responsables, constatation confirmée par près de la moitié des hôpitaux qui rapportent qu’à un moment donné de leur fonctionnement, le taux d’hospitalisation est devenu dangereux. Cette conjoncture est liée aux fluctuations extrêmes des entrées et sorties des malades et à la surcharge de travail des soignants qui, associées, engendrent une nette diminution de la qualité des soins dispensés. Cette situation défavorable évolue de la même manière, quelle que soit par ailleurs la rigueur d’application des protocoles tous susceptibles d’être perturbés par l’afflux inopiné des patients et le manque de lits disponibles.

Mauvais moral

Une telle situation contribue à miner le moral des acteurs du soin dans la mesure où ils sont trop souvent confrontés à la nécessité de recourir à des impasses et à des délais d’interventions néfastes pour la qualité, la quantité des soins imposées ce qui contribue à réduire globalement le niveau de la prise en charge des malades. Le caractère instantané des pics d’affluence oblige les directions des hôpitaux à faire appel à des ressources supplémentaires en personnel et en matériel ce qui détermine le devoir impérieux d’augmenter les capacités de traitement et de soin, sinon à recourir à des moyens comme ceux de la construction de nouveaux centres de santé pour étancher la soif de guérison de la part d’une population angoissée par la montée des dangers sanitaires. Les organisateurs des soins ne disposent que de moyens limités pour étaler les exigences des montées de flux des populations atteintes par la diversité des pathologies conduisant à l’hospitalisation. C’est de disposer d’un personnel en nombre suffisant à tout moment ce qui est difficile à réaliser devant l’insuffisance de disponibilités en nombre d’infirmières, tolérer des diminutions momentanées de la qualité des soins, ou établir un roulement en disponibilité de personnel soignant, solution difficile à appliquer lorsque la demande devient disproportionnée avec les moyens de la satisfaire.

Disproportions

Cette situation fait des heureux lorsque l’afflux de patients à satisfaire correspond à une période de désaffection hospitalière et des malheureux lorsque l’inverse se produit, conjoncture plus rare. Heureusement cette situation n’est pas toujours aussi dramatique car le flux des patients à hospitaliser reste relativement constant et se situe à un niveau élevé même si ces admissions sont hautement planifiées sur rendez-vous. Cette programmation rigoureuse n’empêche pas les hôpitaux d’accueillir un nombre inégal de patients pour des raisons diverses qui tiennent à un certain laxisme dans la planification des interventions et aux exigences parfois démesurées des malades qui exigent que telle intervention soit faite ici et maintenant. Certains hôpitaux se tirent très bien d’affaire devant tout afflux inopiné de patients en utilisant une méthode consistant à séparer les indications des salles d’opération selon qu’il s’agit d’interventions programmées et urgentes, en fonction de la situation locale, des conventions avec le personnel soignant, des données statistiques relevées dans chaque région et des prévisions d’activité recensées.

Une bonne politique

Cette politique a permis d’épargner des sommes considérables et d’améliorer nettement la qualité des soins. Il devient impératif de transformer le flux des malades de telle sorte qu’il cesse de faire faire aux statistiques des entrants et sortants des sauts exagérés pour permettre d’obtenir enfin un aplatissement des courbes définitivement plus lissées ce qui aurait pour effet non négligeable d’augmenter la qualité des soins, mesures que nous devons aux patients actuels, à la communauté des malades et à celle des prochaines générations. La situation est bien plus grave quand il s’agit de soigner les patients en fin de vie pour en reculer l’échéance qui concerne des êtres humains en fin de parcours avec tout ce que cette perspective de finitude comporte d’angoisse, de peine, de séparations et de solitude. Cette situation est exactement celle qui s’est produite à Paris lors de la canicule de l’été 2003.

Smoothing the Way to High Quality, Safety, and Economy

Eugene Litvak, Ph.D., and Harvey V. Fineberg, M.D., Ph.D.

N Engl J Med 2013 ; 369:1581-1583October 24, 2013
Traduction : version française : Herbert Geschwind