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Langage, écriture et parole sous le prisme de l’informatique

samedi 24 août 2013, par Picospin

Encore faut-il préciser de quel genre de littérature il s’agit avant de se laisser aller avec un enthousiasme délirant aux nouvelles perspectives lancées avec optimisme sinon délire par une jeunesse ardente à se livrer aux plaisirs des SMS et autres formes scripturaires offertes par les technologies modernes.

Les adeptes de cette nouvelle littérature se targuent de remplacer la lenteur des concepts par la rapidité de leur exécution pratique à l’aide des divers appareils, logiciels et doigts interposés entre cerveau et machines pour aboutir aux textes définitifs prêts à être cueillis par lecteurs et internautes comme fleurs dans les jardins et fruits sur les arbres. Charlotte passe son temps à taper avec ses deux pouces, si vite qu’au lycée elle a gagné un concours organisé entre sa classe et le professeur de techno. Elle envoie " une centaine de SMS par jour ", et en reçoit tout autant. Une propension à prendre la plume numérique qui la dessert actuellement dans son stage en agence de publicité. Allant au bout de son raisonnement la dite Charlotte, citée dans l’article du Monde sous le titre de Homo Numericus ne craint pas d’ajouter que la parole est source de " mal-compréhension ". " En écrivant, on peut remanier les phrases, travailler le ton sans être dans une instantanéité absolue. Je préfère écrire, relire et envoyer. Contrairement à Eugénie et Charlotte, Corentin n’a d’ailleurs pas l’impression de perdre son temps en écrivant des SMS. " Depuis la classe de 1re, je prends mes cours sur ordinateur. J’écris quasiment à la même vitesse que la parole. En fait, je parle par écrit ", résume-t-il. Corentin n’écoute pas les messages téléphoniques, son répondeur expliquant à l’interlocuteur que " la messagerie n’est pas en fonction ". " Les SMS me permettent d’éviter certaines personnes, de régler des problèmes de loin... ", énumère le futur médecin, qui veut réserver le téléphone à la vraie intimité, comme celle avec son amie. D’ailleurs, avant de l’appeler, " je lui demande par SMS si je peux le faire ", précise-t-il. D’autres affirment de façon péremptoire que parce qu’ils ou elles sont d’un naturel assez introverti, alors SMS et mails me facilitent la vie. A l’oral, je peux bafouiller, chercher mes mots. Par écrit, je prends le temps pour être bien comprise. Ecrire m’incite à la prudence ", explique Pierre qui envoie tranquillement 5 ou 6 SMS par jour, plutôt " utiles et courts ", explique-t-il. Heureusement des voix s’élèvent qui insistent sur la facilité avec laquelle pour un oui ou un non, on peut envoyer un message qui, contrairement à ou dans la continuité de la parole est consacré à tout ou rien et finit par perdre de son intérêt, de sa signification et même de la forme syntaxique et orthographique dans laquelle il est rédigé ce qui exige pour être « réfléchi », revu et corrigé, soumis à la critique d’un cerveau en parfait état, libre d’influences pharmacologiques, phytothérapiques, mimétiques pour mériter le classement en produits naturels, peu ou pas dopants. Le monde actuel, celui dans lequel nous vivons, essayons de vivre ou de nous adapter à la vitesse de son déroulement impose à tous une course à la frénésie de la réussite, de la performance, de l’excellence pour gagner dans la compétition à l’échelle mondiale les galons qui permettent de figurer au firmament des vedettes du succès en tous genres depuis les patrons des multinationales des technologies de la communication jusqu’aux figures moins glorieuses des balbutiements par voie écrite ou parlée, sinon chantée, discipline dans laquelle on aura le plus grand mal à séparer l’innovation créatrice, l’élégance, l’intelligence de la conception et la rigueur de la réalisation. Que deviendrait une langue dot les modes d’expression sont en permanence défigurées par l’écriture en SMS dépourvue de verbes, de noms et réduites à une simagrée de signes ayant perdu toute signification logique ou sémantique ? Parler une langue de ce type consisterait à ne plus en retenir que des borborygmes tant il est vrai que les articulations se sont aplanies dans la monotonie des sonorités émises par une bouche à la fois inutile et incapable de s’ouvrir pour former les mots indispensables à la compréhension. Le retour au langage du singe est-il inéluctable avant la disparition de toute forme d’idéation et d’expression humaine que des esprits ambitieux promu au rang de l’excellence par le seul apport des technologies modernes imaginées pour résumer, abréger, accélérer la compréhension avant de la noyer dans le néant ?

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